Le Petit Journal du 3 août 1867
Saint-Albain,
Nous avons reçu hier, de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, la note suivante :
Un train de plaisir parti de Marseille pour Paris, le 31 juillet, a déraillé entre les gares de Pontanevaux et de Senozan (Saône-et-Loire) ce matin, 1er août, vers quatre heures quarante minutes. D’après les premières dépêches annonçant cet accident, il y aurait eu sept morts et deux blessés grièvement ; la voie était coupée pour des réparations, et le mécanicien du train n’aurait pas aperçu les signaux indiquant l’obstacle.
Notre correspondant de Mâcon nous a envoyé par dépêche télégraphique, sur ce terrible accident, des détails complémentaires qui diffèrent seulement sur quelques points de la note de la Compagnie.
Voici cette dépêche :
« Le train de plaisir parti de Marseille a déraillé à Saint-Albain, commune distante de 14 kilomètres de Mâcon, entre Senozan et Fleurville.
La voie avait été coupée pour changer quelques rails. On suppose que la courbe, assez forte en cet endroit, a empêché le mécanicien de voir les signaux qui lui étaient faits.
La locomotive et deux fourgons ont eu leurs chaînes brisées ; néanmoins, par suite de la force d’impulsion, le train, après le déraillement, a continué sa marche sur un parcours de 30 mètres environ.
Les wagons sont allés se briser contre les murs du presbytère de Saint-Albain. Le choc a été d’autant plus terrible pour les voyageurs que le train était au grand complet.
Les secours ont été organisés avec la plus grande promptitude. Tous les habitants sont accourus et ont aidé M. le curé à opérer le sauvetage.
Deux médecins sont arrivés presque aussitôt sur le lieu du sinistre, et, avec l’aide des sœurs, ils ont donné les premiers soins aux blessés.
Ceux-ci sont au nombre d’une vingtaine ; neuf avec des blessures graves.
M. Allemand (Ernest), de Marseille.
Mme veuve Ficher, de Marseille.
Mme veuve Moiren, de Marseille.
M. Roux (Louis), de Marseille.
M. Ferrand (Pierre).
Y. Pinet, de Marseille.
M. Plumier (Joseph), de Saint-Zacharie (Var).
M. Allemand (François), de Marseille.
M. Pichoux (Mathieu), d’Aubagne.
M. Arfonse (Jean), de Marseille.
Mme Arfonse-Ponsard (Louise).
Mme Bérard (Batine), de Marseille.
M. Anselme (Jean-Baptiste), de Marseille.
M. Empereur (Félix), de Marseille.
M. Ferréol (Erhmann), de Marseille.
M. et Mme Magnan (François-Joseph), de Toulon.
M. Dufour (Emile), de Toulon.
M. Baumier (Joseph), de Bausset (Var).
Mme veuve Casimir Arbaud, de Paris.

On a retiré des décombres 6 cadavres :
MM. Canillon, de Toulon [Joseph Antoine DANILLON]
Balzan (Henry), de Marseille. [Henri BALSAN]
Roux (Jean-Antoine), de Marseille. [Jean Antoine ROUX]
Mlle Pascal (Thérésine), des Aygalades. [Thérèse PASCAL]
Baudin (Angrassie), de Marseille. [Augrassie BAUDIN]
Un inconnu. [Pierre Marius André PASCAL] (pas de lien avec Thérèse)
Le préfet, le secrétaire général, le procureur impérial, le juge d’instruction, le maire et d’autres autorités, ont été prévenus par dépêche télégraphique et se sont rendus de Mâcon à Saint-Albain.
Les cadavres ont été transportés dans l’église de cette localité ; les personnes blessées gravement ont été recueillies au presbytère et à la mairie. Quant à celles qui ont pu supporter le voyage, elles ont été ramenées à Mâcon, où elles sont arrivées le soir à quatre heures ; elles reçoivent des soins à l’hospice. Une enquête a été immédiatement commencée.
On nous communique ce matin une lettre adressée à un de ses amis à Paris par un des voyageurs du train de plaisir :
« Nous étions partis huit de Saint-Rémy (Bouches-du-Rhône), dit-il ; aucun de nous n’a été blessé ; nous avons été seulement fortement secoués, comme tout le monde. Je dois te dire qu’un de nos concitoyens, M. BONEIN, a rendu en cette circonstance de très grands services. Il avait avec lui une caisse de bouteilles de l’élixir qu’il a inventé, et qu’il venait présentement faire connaître à Paris; il a soigné un grand nombre de blessés, et son élixir, employé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, a fait merveille. Je n’ai que le temps de te rassurer en ce qui concerne les voyageurs de Saint-Rémy. Je te raconterai en arrivant à Paris cette épouvantable catastrophe. »
Le Salut public dit que le train de plaisir n’avait pas pris de voyageurs à Lyon. Ce journal ajoute qu’un médecin militaire, M. LESGUILLON, qui se trouvait dans le train, a donné les premiers secours aux blessés.
Toutes les précautions ont été prises pour empêcher que les trains en circulation vinssent se briser contre le train déraillé. Il a fallu trois heures pour déblayer la voie.
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