Franois : L’accident a fait l’objet d’un encart dans le journal La Presse, le jour de Noël 1866 :

L’Union Bourguignonne du 26 décembre 1866
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t54619111/f2
CHRONIQUE LOCALE
CHEMIN DE FER DE DIJON A BESANÇON.
Nouveaux détails sur la catastrophe du 23 décembre.
Les conséquences de la collision sont horribles. Elle a été causée par l’oubli du sous-chef de gare de la station de Franois, M. TRICOT, qui a laissé partir le train de voyageurs sans attendre l’arrivée du train de marchandises qui devait croiser le premier train à cette gare. Cet oubli est d’autant plus inexplicable que le passage du train avait été annoncé par avis spécial à chaque gare. M. TRICOT est arrêté.
Le nombre des morts, indiqué comme étant de 12 dans les premières dépêches, est de 14, y compris un des blessés, qui a succombé en arrivant à Besançon. Les noms des personnes atteintes sont indiqués dans la liste suivante :
Décédés parmi les voyageurs :
Léon PERRONNE, négociant en vins à Dijon, frère de M. PERRONNE, inspecteur des domaines à Besançon ; [Léon PERONNE]
GRAPP, maître carrier à Valesmes, [Jean François GRAPPPE]
JULIEN, menuisier à Montagnoy, [Charles François JULIEN]
RORET fils, cultivateur à Velotte,
VIEILLE, fabricant de poteries à Etrepigney, [Jean Baptiste VIEILLE]
cinq militaires badois dont les noms sont inconnus, {noms retrouvés et ils étaient 6}
[Jean DEISSINGER] – [Jean KEIM] – [Frédéric KONARSKY] – [Charles OCHS] – [Jean PFISTERER] – [Jean SCHOENOMANN]
un militaire du 62e (n° 2561) [Georges ZUMSTEIM]
Parmi les agents de la compagnie :
GODEFROY, sous-chef de gare de remplacement à Besançon, [Charles GODEFROY de CREMERIES]
KUNTZ, conducteur-chef à Dijon (M. KUNTZ laisse une veuve et trois enfants), [Henri KUNTZ]
MARÉCHAL, facteur de 2e classe. [Eugène MARCHAL]
Les voyageurs blessés :
Wilhelm WURSCH, soldat badois,
Jean VAUGIR, cultivateur,
GRACCHINI, voyageur de commerce de Marseille,
ANGRELME, mécanicien,
Mme JULIEN, femme du menuisier tué,
Françoise BERTHAUD, femme de cultivateur,
Agathe PY,
MARÉCHAL, femme du facteur tué,
dix soldats allemands, qui sont à l’hôpital.
Les agents de la compagnie :
GENER, conducteur-chef,
TAILLARD, conducteur, (1)
FERIOT, chauffeur, (1)
PIDANCET, mécanicien à Dijon,
KLEINE, mécanicien.
Les trois premiers agents sont atteints grièvement.
(1) décédés de leurs blessures :
TAILLARD, conducteur, [Thimothé Julien TAILLARD]
FERIOT, chauffeur, [Claude Eugène FERRIOT]
Les mécaniciens des deux trains ont sauté à terre tous les deux quelques secondes avant le choc et ont été sauvés. Le brouillard et une courbe que fait le chemin les ont empêchés de s’apercevoir assez tôt pour renverser leur vapeur. Le serre-frein qui était à la vigie du train de marchandises a été jeté à vingt pas dans le bois et n’a pas eu de mal. Les caisses des premiers wagons ont été détachées du train inférieur de la voiture et refoulées successivement sur les wagons suivants : quelques-unes ont été broyées et réduites en petits morceaux. Une dame a vu son mari écrasé à ses côtés.
La scène qui a suivi le choc des deux trains a été navrante. Les blessés gisaient au milieu de débris sanglants, et il était impossible, malgré leurs cris, de leur venir sur-le-champ en aide. Ceux qui avaient échappé au fatal événement étaient paralysés par la difficulté d’agir au milieu de l’obscurité et par celle de soulever les wagons brisés, accumulés les uns sur les autres. La confusion était extrême et le tableau lamentable. La nouvelle de l’accident s’est promptement répandue dans les villages voisins. Toutes les cloches d’alarme ont sonné pour appeler les populations. De tous les côtés on s’est porté sur le lieu de l’événement, et l’on sest mis à l’œuvre avec ardeur pour relever les morts et secourir les blessés.
Des secours sont arrivés de Besançon à la première nouvelle de l’événement. La compagnie a dirigé sur le lieu du sinistre une foule d’employés et des secours de toute nature. Les premières autorités sont aussi arrivées et ont pourvu ou fait pourvoir aux besoins les plus pressants. Nous extrayons d’une lettre de Saint-Vit, une des gares les plus voisines du lieu de la catastrophe, les passages suivants : Un chauffeur est resté de 15 à 20 minutes enseveli sous sa briquette (combustible), une jambe appuyée contre le foyer de la locomotive. Il est peu probable qu’il survive à de pareilles souffrances.
Le dimanche, heureusement, on sort peu. Il n’y avait de Saint-Vit que deux femmes : une PIALORDY, à peine contusionnée à la figure, et cette femme BERTHAUD, bien souffrante et bien meurtrie, tellement qu’elle a dû rester à l’hôpital, où l’on a d’abord transporté les blessés qui pouvaient être transportés. Cette malheureuse est restée impuissante pendant trois heures sous six cadavres et les décombres. Huit personnes se trouvaient dans son compartiment : un fermier de Mme MAZOYHIÉ (bras cassé et contusions légères) ; les six autres personnes ont été tuées sur place. Dans celles-ci se trouvait un nommé GRAP, de Saint-Vit, père de six enfants, dont trois filles en pension ici. Ce malheureux exploitait une carrière qui lui appartenait, aux Essarts-Martin. Il occupait une cinquantaine d’ouvriers du pays, et était très aimé et estimé.
J’étais à Besançon, hier, pour affaires ; j’ai vu les décombres, que je renonce à vous décrire ; il faut avoir vu ces wagons, dont quelques-uns moulus comme des allumettes, les autres, moins gravement atteints, brisés par panneaux, par quartiers, renversés, culbutés dans toutes les positions ; des morceaux de fer comme la cuisse, tournés en tire-bouchons, et puis du sang, du sang partout ; les provisions des voyageurs : cabas, pommes, bouteilles, verres, pain ; — casquettes, lambeaux de jupes, cuisses de pantalons, caisses d’oranges brisées et répandues, mêlées aux marchandises de toute espèce.
On avait allumé de grands feux qu’alimentaient les débris du matériel. A l’heure où je suis passé, les deux locomotives étaient remises sur rails, un tender seul obstruait encore la voie ; il était chargé de 8 paires de roues appartenant aux voitures qui lui avaient monté dessus. Nous avons mis deux heures et demie à faire le trajet ; au retour, le passage se faisait sans encombre, tout était rentré dans le calme. Il est mort dans l’après-dîner un conducteur-chef (TAILLARD), et probablement depuis, le chauffeur aura grossi le chiffre des morts.
Le train de marchandises montant est facultatif ; le sous-chef de Franois, seul de service avec un homme d’équipe, a prétendu l’avoir oublié ; puis après il a imaginé des dépêches y relatives avec le chef de gare de Dannemarie. Les cahiers de ce dernier chef de gare et ses négations correspondant avec le cahier de dépêche de Franois, on s’est borné à l’incarcération du sous-chef de Franois, nommé TRICOT.
Un nommé GODEFROY, sous-chef de remplacement à Besançon, que nous connaissions beaucoup, parce qu’il a, à diverses reprises, remplacé nos chefs de gare, faisait depuis deux jours l’intérim de celui que nous avons actuellement. Pressé de rentrer à Besançon, il a fait arrêter le train de marchandises, puis est monté dedans. Il y a là double infraction :
1° le train ne devait pas s’arrêter ;
2° GODEFROY ne devait pas quitter son poste avant l’arrivée de notre chef, qui n’est rentré que trois heures après.
Cet infortuné a payé cher sa précipitation ; il est resté enseveli sous les décombres, n’a été retrouvé que quatre heures après l’événement, et tellement défiguré, qu’il n’a été reconnu qu’à ses vêtements.
En revanche, le conducteur chef du train de marchandises, entendant le coup de sifflet sauve-qui-peut ! s’est penché pour voir ce qu’il y avait d’extraordinaire ; c’était juste à l’instant du choc qui l’a jeté sur la voie, tout meurtri et contusionné, le sauvant ainsi d’une mort certaine.
Le site Wikipédia, consacre une page à cette catastrophe et je vous laisse la lire pour avoir tous les éléments et les références utiles. https://fr.wikipedia.org/wiki/Accident_ferroviaire_de_Franois
DEISSINGER , KEIM , KONARSKY , OCHS , PFISTER , SCHOENOMANN ; sont des jeunes gens âgés d’environ une vingtaine d’années, qui sont nés en Allemagne et partaient pour l’intégration à la Légion Étrangère à Aix-en-Provence.
Voisins européens, je donne tout ce que j’ai trouvé à partie de leurs acte décès – Merci à ceux qui pourront compléter.
*** Les suites judiciaires ***
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