
Le Petit Journal, 16 mai 1884
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k608306m/f2
ACCIDENT DE LA PLAINE SAINT-DENIS
Un grave accident de chemin de fer s’est produit avant-hier soir à dix heures douze minutes, sur la ligne du Nord, un peu après la station de la plaine Saint-Denis, avant d’arriver au pont de la route de la Révolte.
Il existe en cet endroit de vastes magasins appartenant à la compagnie du Nord, connus sous le nom de magasins du Landy. C’est là que la ligne de Chantilly forme une bifurcation, abandonnant la ligne principale sur la gauche, pour descendre en contre-bas à une profondeur de trois à quatre mètres.
Le train de marchandises 971, qui était parti de la Chapelle à dix heures trois minutes, à destination de Pontoise, arrivait au point kilométrique n° 4, qui se trouve au Landy, et le mécanicien Travaillé, voyant par le disque que la voie était libre, continua sa route sans ralentir la vitesse réglementaire. Mais une erreur de disque avait fait engager le train sur une voie de garage qui se détache à gauche et longe le haut du talus surplombant la voie de Chantilly et qui se termine par un heurtoir.
La machine arrivant sur le heurtoir, le brisa et, descendant la pente du talus, vint s’abîmer sur la ligne de Chantilly, culbutant les wagons, arrachant les traverses des rails et entraînant le terrain du remblai.
Au même instant, le train de voyageurs n° 37, parti de la gare du Nord à dix heures cinq minutes, arrivait à toute vitesse. Le mécanicien, entendant le bruit de la chute de la machine du train de marchandises, renversa la vapeur, mais ne put parvenir à arrêter son train assez vite. La machine du train 37 arriva donc sur le train culbuté, et vint heurter son avant, qui a été endommagé. Grâce cependant à la présence d’esprit du mécanicien, le choc n’a pas été très violent, et les voyageurs qui se trouvaient dans le train n’ont reçu que des blessures relativement légères.
Les secours ont été immédiatement organisés par les soins de M. le docteur LEROY-DESBARRES, médecin de la compagnie, et par le personnel des internes de l’hôpital Lariboisière conduits par M. Talle, directeur de l’hôpital. La plupart des blessés ont pu continuer leur route par un train spécial aussitôt organisé. Quelques-uns ont été reconduits à Paris, soit à leur domicile, soit à l’hôpital Lariboisière.
Si l’on considère quel nombre de victimes aurait pu être causé par cette catastrophe, il faut s’estimer heureux de n’avoir que 32 noms, à citer, parmi lesquels une seule victime a succombé.
C’est le mécanicien Travaillé, [François TRAVAILLÉ] qui, transporté à l’hôpital Lariboisière, y a expiré dans la nuit. Tous les autres blessés, ainsi qu’on le verra par la liste que nous publions, ne sont pas gravement atteints.
La voie de Chantilly étant interceptée par la machine brisée et renversée, a été rétablie par la communication de Saint-Denis. Pendant toute la journée d’hier, des équipes d’ouvriers ont travaillé sous les ordres des ingénieurs de la compagnie, à creuser dans le talus une place qui permettra de relever la machine couchée sur le flanc gauche, et de la replacer ensuite sur la voie, pour la ramener en gare.
L’opération sera difficile, car cette machine est du plus fort modèle et d’un poids très considérable. L’émotion produite par l’annonce de cette catastrophe a, comme toujours, donné naissance à des exagérations regrettables sur le nombre des victimes et la gravité des blessures.
Afin de calmer les alarmes et de rétablir les faits dans leur exacte vérité, nous croyons utile de publier la liste officielle des victimes, avec les indications relatives à chacune — Lire la suite —
François TRAVAILLÉ, mécanicien du train 971, transporté aussitôt après l’accident à l’hôpital Lariboisière ; mort à deux heures du matin.
Emile LESCOUET, chauffeur du train 971, transporté à l’hôpital Lariboisière, admis salle Saint-Ferdinand, lit n° 15 bis ; brûlures produites par l’eau de la chaudière, contusions sur diverses parties du corps.
Joseph FISCHER, vingt-neuf ans, chauffeur du train 37, demeurant à Amiens ; brûlures aux jambes.
Joseph WATTEBLED, cinquante-deux ans, caissier à la manufacture de Creil ; contusions à la jambe gauche.
Louis LEFÈVRE, quarante-huit ans, cordier à Creil ; contusions à la face et aux jambes.
Anatole DORDRON, quarante ans, représentant de commerce à Creil ; contusion à la jambe gauche.
Georges DYSON, trente-deux ans, garçon d’écurie, chez M. Mils, à Chantilly ; douleur vive dans le côté gauche, fracture très probable de côtes.
PRÉVOST DE COURMIÈRES, juge de paix à Hesdin ; dents ébranlées.
Mlle PRÉVOST DE COURMIÈRES, vingt-trois ans, à Hesdin : contusion de la mâchoire, dents ébranlées.
Albert LEMAIRE, employé de commerce, demeurant rue Cadet, 1 bis, à Paris, contusion du nez.
Mme veuve Louise GUAY, cultivatrice, en résidence à l’asile de Clermont (Oise), plaie contuse de l’œil gauche.
Mlle Victoria PHALAMPIN, gardienne de l’asile de Clermont ; contusions de la face.
Armand DARROIS, quarante-neuf ans, serrurier à Amiens ; plaie contuse de la mâchoire et contusion au mollet droit.
Gustave BERNAULT, vingt-cinq ans, clerc d’avoué, demeurant 15, rue Morgan, à Amiens, contusion au front.
BOILEAU, garde-frein du train 37, contusions aux jambes.
Michel MARIÉ, conducteur-chef du train 37, contusions légères de la tête et au côté droit.
Toussaint GALLAIS, contrôleur du train 37, contusions à la tête, se plaint d’une douleur profonde à la région hypogastrique.
Maurice HENNEBAIN, demeurant 10, rue Gérando, à Paris, contusions sur diverses parties du corps.
BERNET, demeurant, 44, rue de l’Echiquier, à Paris ; contusions multiples.
DEGUINGATTE, restaurateur, place de la Gare, à Clermont ; plaie contuse du front.
PEUPLIN, soldat à la 2e section d’ouvriers d’administration à Amiens ; contusions à la tête.
BODLESSER, serrurier, demeurant, 44, rue de Torcy, à Paris, contusions à la jambe gauche.
DUSARAT, 4, cours Saint-Benoit, à Saint-Denis ; contusions à la jambe droite et au pied.
JACK, portier-consigne à Amiens ; contusion au front.
Jean RINALDI, dix-neuf ans, venant de Gagny, et se rendant à Boulogne ; contusions à la tête et à la jambe gauche.
LIEBLANC aîné, trente-deux ans, serrurier, 7 rue des Haudriettes, à Paris ; contusions aux reins et à la tête.
Mme Eugénie BOLEZ, à Liancourt ; fracture de la mâchoire inférieure, quatre dents brisées, déchirure de la lèvre supérieure, contusion au genou gauche.
M. BOLEZ, à Liancourt ; contusions au sourcil gauche et au nez.
Mme SOMMÉRSONT, à Clermont, rue de Condé, 7 ; contusions de l’arcade sourcilière gauche et de la jambe.
Mlle SOMMÉRSONT, à Clermont ; contusion du nez.
M. BLOCHIÈRE, entrepreneur de plomberie, à Liancourt ; luxation du coude droit.
Mme THUILEAU, à Liancourt ; contusion de la jambe droite.
D’après nos renseignements, il n’y aurait danger de mort pour aucun des blessés ; leur état cependant nécessite des soins très sérieux ; nous pouvons citer notamment M. et Mme Bolez, qui ont été transportés à l’hôtel du Nord, en face de la gare ; ils ont fait appeler immédiatement leur parent, M. le docteur de Beauvais, de la rue de Trévise. M. de Beauvais leur a donné des soins et ne met pas en doute leur guérison ; mais la secousse a été extrêmement violente.
Il en est de même pour le plus grand nombre des blessés.
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