Le Petit Journal
Édition du 20 décembre 1876
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k593140p/f3
LE TERRIBLE ACCIDENT D’AIX-LES-BAINS (EN SAVOIE)
La compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée nous communique la note suivante :
« A la suite de l’accident survenu dans la soirée de samedi à Montereau, qui a retardé l’arrivée à Paris des voyageurs et correspondances de Marseille et de Lyon, la Compagnie a été amenée à expédier un train spécial de Culoz à Modane, pour assurer la continuation sur l’Italie des voyageurs partis de Paris samedi soir par l’express de 8 heures 40, lequel avait dû attendre le rétablissement de la circulation à Montereau;le train spécial a malheureusement été rencontré, dimanche vers 6 h. 1/2 du soir, sur une voie unique entre Aix-les-Bains et Châtillon, le long du lac du Bourget, par un train ordinaire, et l’on a à déplorer la mort de huit personnes; quinze autres blessées. La compagnie n’a pas jusqu’ici de renseignements plus détaillés; elle s’empressera de publier ceux qu’elle recevra ultérieurement. »
Une deuxième communication de la Compagnie nous apprend ce qui suit :
D’après les dépêches reçues dans la soirée au sujet de la collision du lac du Bourget, le nombre des personnes tuées est de trois voyageurs, et de quatre agents de la Compagnie; celui des blessés, tant voyageurs qu’employés, est de quatorze, au lieu de huit tués et quinze blessés qu’indiquaient les nouvelles de la matinée. Le nom des victimes n’est pas encore connu.
Dix wagons ont été brisés. Il reste à débarrasser la voie des deux machines, ce qui exigera deux jours. Un transbordement est organisé.
L’accident paraît dû à une erreur de la gare de Châtillon.
Journal du département de la Marne
22 décembre 1876
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k69817877/f2
L’ACCIDENT D’AIX-LES-BAINS.
La Compagnie P. L. M. communique la lettre suivante au sujet de l’accident d’Aix-les-Bains, dont nous avons déjà parlé:
La liste des victimes de l’accident du lac du Bourget est parvenue à la Compagnie trop tard pour être publiée par les journaux du soir. La voici :
Morts :
MM. Naphen, de Londres; [Thomas MATHER]
Jacques,de Mâcon; [Jean Marie JACQUES]
un inconnu, de Londres, supposé être le domestique d’un voyageur; [Mathieu MARRUG]
six agents de la Compagnie.
Blessés :
M. Sterval, de Londres;
M. Hum, écossais;
M. Torrey, américain;
Mme Binin, de Bruxelles;
M. et Mme Bennefali et leur enfant, de Milan;
M. Sogen, de Turin;
M. Jaunez-Sponville, de Paris;
M. Milani, de Milan;
Mme Novi, de Milan;
M. Cliguin, de Lausanne;
deux agents de la Compagnie ce qui porte le nombre total des victimes à neuf morts et quatorze blessés.
Parmi ces derniers, le plus grièvement atteint, M. Jaunez-Sponville, qui a les deux jambes fracturées, est, de l’avis des médecins qui le soignent à l’hôtel Souchet, à Aix, en bonne voie de guérison, et conservera ses deux jambes.
La Compagnie fait les efforts les plus actifs pour rendre la voie à la circulation;on espère qu’elle sera rétablie dans la journée de demain mercredi.
Le chef de gare de Châtillon a été arrêté. Il avait sept ans de service à la Compagnie, dont deux et demi comme chef de gare sur des lignes à voie unique.
Les funérailles des neuf victimes de la rencontre des deux trains, le long du lac du Bourget, ont été célébrées hier à Aix-les-Bains avec une grande solennité. — Les neuf cercueils étaient placés à la suite les uns des autres;cette procession avait un aspect des plus lugubres, que les visages attristés de toute la population ne contribuait pas à diminuer.
La cérémonie était présidée par l’archevêque de Chambéry. Le préfet, le maire, le procureur général, à la tête de leur personnel, les autorités militaires assistaient à cette cérémonie. Deux discours ont été prononcés sur les tombes.
On nous apprend que la Compagnie a pourvu aux besoins les plus pressants de plusieurs familles des victimes et de celles des blessés.
Journal officiel de la République Française
1er janvier 1877 (page 91)
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62103712/f19
Le Patriote savoisien fait ressortir tout l’héroïsme d’un fait qui a passé presque inaperçu dans la catastrophe de Grésine :
L’aspect des lieux qui ont été le théâtre de ce drame effroyable et la rapidité avec laquelle les deux trains se précipitaient l’un sur l’autre démontrent, avec une terrible évidence, que les conducteurs de chaque locomotive n’ont pu prévoir le choc épouvantable au-devant duquel ils couraient se broyer que six ou huit secondes avant la sinistre rencontre.
Huit secondes! c’est-à-dire un espace de temps mille fois trop court pour réussir à atténuer la violence de la collision.
Huit secondes!!! c’est-à-dire huit fois le temps nécessaire au mécanicien pour tenter d’échapper personnellement au désastre, pour se jeter dans le fossé, pour fuir la mort certaine.
Faut-il une seconde pour sauter en bas de la terrible machine? On ne meurt pas toujours de la chute; le plus souvent, au contraire, on s’en tire avec quelques contusions, la fracture d’un membre tout au plus!
Au fond de la tranchée de Grésine, six braves gens, la plupart pères de famille :
Zanada, [Jacques ZANADA]
Goddard, [Michel GODDARD]
Fuzy, [Germain Louis Jean Marie FUSIL]
Lambert, [Eugène Jules LAMBERT]
Hidier, [Jean HIDIER]
Vincent, [Paul Mathieu VINCENT]
ont aperçu la mort en embuscade; ils avaient à choisir entre l’accomplissement d’un fatal devoir et l’abandon de leur poste.
Pas un n’a hésité, pas un n’a déserté. Ils sont mort broyés sur leurs locomotives.
Et que l’on ne croie pas que l’imminence du danger ait paralysé leur force, ait stupéfié leur esprit, troublé leur sang-froid.
Non, car la preuve de leur héroïsme est restée. On sait qu’ils ont fait leur devoir jusqu’au bout.
Ces huit secondes d’horreur ont été consacrées par eux au travail. La vapeur a été renversée dans les deux locomotives; on l’a reconnu. La dernière pensée et le dernier effort de ces hommes de cœur ont été donnés à une œuvre de dévouement stoïque
Concernant Thomas MATHER, il était citoyen anglais, je n’ai donc pas fait de recherches conformément à mon plan de travail, je donne toutes les informations que j’ai pu trouver.
N’hésitez pas à compléter. (Commentaires ou message – Merci)
Les suites judiciaires *** Cliquez ici ***
- FUSIL Germain Louis Jean Marie
- GODDARD Michel
- HIDIER Jean
- JACQUES Jean Marie
- LAMBERT Eugène Jules
- MARUGG Mathieu
- MATHER Thomas
- VINCENT Paul Mathieu
- ZANADA Jacques
