1868 – Accident dans la tranchée de Gagny (93)

Le Figaro, édition du 23 mars 1868
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k271069t/f2

Accident du chemin de fer de l’Est dans la tranchée de Gagny :

Le train n° 9 de la Compagnie du chemin de fer de l’Est, parti vendredi matin pour Meaux à neuf heures trente minutes du matin, venait de quitter la station de Gagny, lorsque la locomotive a déraillé, et, après avoir labouré la terre et le talus en pierre, l’espace d’une portée de fusil, a été arrêtée par la colline qui en cet endroit encaisse la voie ferrée.
Le mécanicien a été écrasé sous la locomotive.
Le chauffeur, blessé très grièvement, oubliant ses propres souffrances, ne songeait qu’au mécanicien, qu’il aurait voulu retirer de dessous la locomotive.
Outre un certain nombre de blessés et contusionnés, on parle de deux voyageurs, le mari et la femme, qui ont été transportés dans un état désespéré à la maison municipale de santé. Un maréchal-des-logis des guides et le chef du train seraient également très grièvement blessés.
Le déraillement a été si violent que les wagons chargés de charbon et des bagages ont été brisés, que la première voiture de 2e classe a enfoncé le wagon des bagages, qu’enfin la 2e voiture des voyageurs a enfoncé la voiture des voyageurs qui la précédait. C’était un bien affreux et triste spectacle qui s’offrait aux yeux des voyageurs frappés de terreur après un si terrible choc.
On présume que cet affreux accident a été causé par un gros bloc de pierre de taille qui serait tombé d’un train de marchandises qui venait de passer sur la voie presque au même instant où le train n°9, se rendant à Meaux, venait de quitter la station de Gagny.
Déjà, dit-on, pareil accident est arrivé, également causé par une énorme pierre tombée d’un train de marchandises.
On frémit à la pensée des tristes conséquences d’un accident pareil à celui qui vient de se produire, si, au lieu d’arriver un jour de la semaine, il avait eu lieu un dimanche ou jour de fête.
Signé : A. Legendre.

Liste des victimes :

Les nouveaux détails qui nous parviennent confirment ce que nous avons raconté dans notre dernier numéro sur l’épouvantable catastrophe du chemin de fer de l’Est, au lieu dit la tranchée de Gagny.
Après les premiers soins donnés aux blessés par MM. Grillot et Langlois, médecins de la compagnie, assistés de M. le docteur Sulikowski, de Gagny, les victimes, au nombre de vingt-deux, furent transportées à leurs domiciles par les soins des agents du chemin de fer.

Voici la triste nomenclature de ces victimes :

  • Lavabre (Louis), mécanicien, tué; [Louis LAVABRE]
  • Mme Marigault, bouchère, rue de Lévis, 6, à Batignolles, tuée; [née Celestine Marie Rose ODAM]
  • M. et Mme Cotin, de Coupvray (Seine-et-Marne), brûlés très grièvement; [Jean Henri Edouard COTTIN] et [Henriette LANSKIN]
  • Un maréchal-des-logis des Guides, brûlures graves aux mains;
  • Verjot, chef du train, contusion grave à la colonne vertébrale;
  • Mme Feriat, 26, rue Marie-Antoinette, à Montmartre, contusions à la tête et au genou;
  • Mme Pigeon, à Chelles (Seine-et-Marne), contusion à la jambe;
  • Robert, du Carnetin (Seine-et-Marne), contusion légère au genou;
  • Coumy, rue Oberkampf, 132, Paris, bosse sanguine au front;
  • Laloyau, rue Popincourt, 74, Paris, légèrement blessé;
  • Kereker, boulevard Magenta, 103, Paris, contusion au genou;
  • Giso, passage de l’Alma, 7, Paris, contusion au mollet;
  • Petit, rue Croix-des-Petits-Champs, 11, Paris, contusion au genou;
  • Morblant, à Vitry-sur-Seine, plaies contuses sur les tibias;
  • Sgrena, rue Simon-le-Franc, 15, Paris;
  • Chelilei, boulevard de la Villette, 159, Paris;
  • Reyjal, rue de Grenelle-Saint-Germain, 28, Paris, plaies légères aux jambes;
  • De Vandeuvre, rue de Penthièvre, 4, Paris, blessé au bras;
  • Louis…, bosse sanguine au front;
  • Mersmann…, contusion au genou;
  • Rutishauser, chauffeur, gravement blessé à la main.
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