1863 – ⚖️— Le Progrès du Mans du 18 nous apporte, sur le déraillement d’un convoi de matériel survenu dans les landes de Broons et qui avait occasionné la mort de plusieurs ouvriers, les renseignements que voici :
On nous apprend un fait incroyable.
M. JULLIEN, directeur de la compagnie des chemins de fer de l’Ouest, partit hier matin de Paris, dans le but d’inspecter la voie. Son train devait aller jusqu’à Guingamp.
Le bruit de son voyage s’étant répandu, des habitants de nous ne savons quelle localité des Côtes-du-Nord entassèrent sur les rails des poteaux télégraphiques, des masses d’obstacles tels qu’une véritable barricade en fut formée.
Pour vérifier sans doute l’état de la voie avant le passage de M. JULLIEN, un train de ballast se dirigea vers Guingamp. Il se heurta contre la barricade, et, nous dit-on, trois employés de ce train, lancés en l’air par le contre-coup, sont morts de leur chute.
Des signaux furent faits, et le train de M. JULLIEN, où se trouvait un nombreux personnel, s’arrêta immédiatement.
On frémit en songeant au désastre qui serait arrivé, si la voie n’eût été explorée par le train de ballast. Déjà trois personnes ont été tuées. Le train de M. JULLIEN en transportait soixante environ.
Quel a été le mobile d’un acte de sauvagerie sans précédents ? Nos premiers renseignements, qui sont fort incomplets sans doute, ne nous permettent de l’attribuer qu’à l’esprit arriéré de toute une population, car l’effort d’un seul homme n’a pu accumuler sur la voie tous les obstacles qui s’y trouvaient.
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 26 août 1863, page 3/4
— Nous recevons de M. BOUILLET la lettre suivante qui rectifie les détails que nous avons publiés dans notre numéro du 21 août, d’après le Progrès, du Mans, concernant l’accident arrivé le 15 de ce mois sur le chemin de fer de l’Ouest, près de la station de Broons (Côtes-du-Nord).
Voici les faits tels qu’ils se sont passés Dans cette circonstance périlleuse, il imprima à la machine un mouvement de recul. Les cinq premiers wagons heureusement se détachèrent de ceux qui les suivaient et furent seuls broyés : autrement l’accident aurait été bien plus grave ; en effet, vingt hommes seulement se trouvaient sur les premiers wagons, tandis qu’il y en avait quarante sur les derniers.
Malgré la manœuvre du mécanicien, la machine fut poussée en avant par les wagons qu’elle traînait à sa suite et vint se heurter contre le poteau télégraphique, qu’elle coupa en deux morceaux en déraillant.
Le mouvement de recul donné à la machine a été la cause de la mort de deux hommes. Un troisième a été gravement blessé ; cependant on espère le sauver.
Mais c’est à tort qu’on rejette sur la population tout entière ce déraillement, en l’accusant d’avoir établi une barricade de poteaux sur la voie. Il est authentiquement constaté qu’il n’y avait qu’un seul poteau, qu’un homme a pu manier aisément.
Dès le 15 août, une enquête a été faite par M. le juge de paix de Broons, et le lendemain le tribunal de Dinan, accompagné du sous-préfet de cette ville, du lieutenant de gendarmerie et de M. le procureur impérial de Saint-Brieuc, a recommencé l’enquête.
Il en est résulté que deux hommes aux allures suspectes, étrangers au pays et portant le costume des ouvriers du chemin de fer, ont été vus sur la voie par un garde-barrière voisin du lieu de l’accident, dix à quinze minutes avant la catastrophe. Ces deux hommes marchaient à pas précipités, à environ cinquante mètres de distance l’un de l’autre. Le garde-barrière, qui avait vainement interpellé ces hommes pour leur faire quitter la voie, a pu donner le signalement de l’un d’eux.
La Police enquête sur le sabotage de Broons (22)
Le Petit journal, 12 septembre 1863
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k588337r/f2

Suite
Crimes et Dėlits.
Le Publicateur des Côtes-du-Nord apporte quelques détails sur l’arrestation à Rennes de deux individus soupçonnés d’être les auteurs de l’acte criminel commis sur la ligne de Guingamp, près Broons.
Ces deux hommes avaient été aperçus et signalés par une jeune fille de Broons, qui gardait ses bestiaux dans un champ voisin de l’événement. Sur cette donnée, le brigadier de gendarmerie SABAIL se mit à leur poursuite. Informé à Saint-Jouan-de-l’Isle que deux ouvriers terrassiers qui prenaient pension chez la femme GENDROT avaient quitté cette pension le 15, jour de l’événement, sans même avoir réglé avec l’hôtesse, à laquelle ils devaient chacun une somme de 24 fr., le brigadier se meut à Rennes, et là, quatre jours après l’événement, à la suite d’actives recherches, il se présenta dans une maison où prenaient pension un grand nombre d’ouvriers du chemin de fer. Il y attendit l’heure du repas, et au moment où ceux-ci entraient, en ayant fixé deux qui se rapportaient au signalement qu’il avait pris, il procéda à leur arrestation. Ces deux ouvriers, nommés Jean BANGÉ et Pierre TESSIER, tous deux natifs du département d’Ille-et-Vilaine, étaient ceux qui avaient annoncé aux ouvriers de Rennes l’accident du chemin de fer, ils avaient, à leur arrivée, changé de costume. Mercredi dernier, ils ont été extraits de la prison de Rennes et dirigés, par un train se rendant à Saint-Brieuc, sur le lieu de l’accident, où il a été procédé à des confrontations. Le bruit a couru, ajoute notre confrère, dont nous ne pouvons, bien entendu, garantir les renseignements, qu’ils avaient fait des aveux et signalé comme les ayant poussés au crime, des individus dont l’industrie allait être ruinée par l’établissement du chemin de fer.
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