1871 – La catastrophe de Seclin [Mise à jour]

1871 Seclin : 26 morts et 69 blessés

Avec l’aimable autorisation de la Bibliothèque Municipale de Lille – référence de l’image : carton 52/11/8

Le Français, édition du 08/09/1871
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1674689m/f4

L’accident de Seclin.

L’Echo du Nord rectifie quelques détails donnés par lui sur l’accident de Seclin. Voici le nouveau récit qu’il en publie :
La catastrophe de Seclin a produit dans notre ville un immense effet de colère. Parallèlement à l’enquête poursuivie par l’autorité judiciaire, les parents, les amis des victimes, au nom de ceux qu’ils ont perdus, le public en général, en présence des dangers presque quotidiens que ce désastre lui révèle, ont entamé de leur côté une enquête où viennent se grouper tous les griefs privés et tous les épisodes inédits de cette lugubre tragédie.
Notre devoir est de les réunir, afin de faciliter l’œuvre de la justice et la recherche de la vérité.
Nous devons tout d’abord rectifier quelques erreurs qui s’étaient glissées hier dans l’énumération que nous avons faite des circonstances de l’accident.
Le train omnibus, après avoir déposé à la gare de Seclin les voyageurs qu’il portait à cette destination et avoir perdu un temps précieux pour laisser monter ceux qu’il y devait prendre, s’avança de quelques mètres dans la direction de Lille pour permettre à ses derniers wagons de dépasser l’aiguille qui lui ouvrait la voie oblique conduisant à la voie de garage dans laquelle il devait entrer à reculons. Le machiniste se trompa une première fois sur la longueur du train qu’il conduisait, et qui se trouvait, ce jour-là, plus considérable que de coutume. C’est alors que se produisit le premier mouvement de recul inexpliqué jusqu’à présent. C’est alors que, sur un premier cri de terreur poussé par les voyageurs, qui apercevaient déjà les fanaux de l’express, qui courait à toute vapeur sur eux, se produisit cette minute de tâtonnement, après laquelle, une nouvelle manœuvre tentée, les derniers wagons du train omnibus s’engagèrent dans la voie de garage qui les aurait peut-être sauvés cinq minutes plus tôt.
Il était trop tard;la locomotive arriva, tandis qu’un immense cri d’horreur s’échappait de toutes les poitrines, et écrasa sur son passage les voitures du train-omnibus qui lui présentaient leur flanc. Cinq furent ainsi broyées. La dernière, qui était un wagon vide, fut respectée. Nous n’avons pas à revenir sur la scène qui se produisit alors;nous en avons décrit les effrayants épisodes d’après le récit des voyageurs qui frémissaient encore en nous les racontant, et le tableau que nous en avons fait est vrai dans toute sa sinistre horreur. D’ailleurs, quelque sombre que nous l’ayons fait, l’exagération n’était malheureusement pas possible.
Quoique nous n’ayons vu son nom sur aucune liste, nous savons que le machiniste de l’express a reçu des blessures très-douloureuses, et peut-être très-graves.
Le machiniste du train-omnibus a été lui-même assez grièvement blessé;en cherchant à atténuer autant qu’il était en son pouvoir l’immensité du désastre qu’il apercevait trop tard. Malgré le mouvement de recul qui animait sa machine, il tenta, dans un effort suprême, de changer son excentrique pour renverser la vapeur dans ses pistons et fuir, sauvant au moins la partie intacte de son train que l’express devait séparer des wagons sur lesquels il courait, et qui étaient fatalement condamnés. C’est dans cet effort qu’il a gagné la hernie dont nous avons déjà parlé.
Bien des circonstances malheureuses ont concouru, du reste, à cette catastrophe.
C’est ainsi que les signaux que faisait le machiniste du train omnibus, masqués derrière le hangar qui sert d’abri aux voyageurs des trains quittant Lille, ne purent être aperçus de l’express, qui ne put ni arrêter sa marche, ni même modérer sa vitesse, quand il les aperçut, après avoir dépassé la courbe qui les lui cachait.
Justice doit être faite, mais il importe de juger sans passion, sans parti pris, et surtout, comme nous le craignions tout d’abord, il ne faut pas que les petits soient condamnés à payer pour les grands. L’enquête a établi que le disque qui devait ralentir le train express à 1,200 mètres de la gare, n’était pas tourné quand il fut dépassé par la machine. L’employé qui avait pour mission de manœuvrer ce signal a été arrêté. Nous l’avons vu, lors de notre visite à Seclin, passer entre deux gendarmes. Interrogé depuis, il a prétendu qu’il avait tourné le disque, quoiqu’il avoue avoir constaté lui-même que sa position n’indiquait pas l’arrêt quand s’est produite la collision, et, sans expliquer en aucune façon par quelle cause il put reprendre sa position centrale, il s’obstine à se renfermer dans ce système de défense. Il est, du reste, écrasé par l’énormité de l’accusation qui pèse sur lui.
Il était, à notre avis, un moyen d’éviter le désastre : c’eût été de faire immédiatement garer le train-omnibus dès son arrivée à la gare de Seclin, au lieu de laisser aux voyageurs le temps d’en descendre et d’y monter. Un simple ordre du chef de cette gare eût suffi pour conjurer le danger. Les voyageurs, il est vrai, ont la fâcheuse habitude de se précipiter aux portières, avant même que le train soit complétement arrêté;mais la marche devant les quais est assez lente pour lui permettre de continuer sa route sans accident, tandis que l’heure parfaitement connue du passage de l’express devait révéler aux chefs de manœuvre l’imminence de la catastrophe qui s’est produite. Nous donnons, d’ailleurs, ces simples réflexions sous les réserves les plus expresses.
À l’heure qu’il est, plus de cent blessés sont à Séclin soignés dans l’hôpital ou recueillis dans des maisons particulières. Des renseignements précis nous manquent sur leur état, mais, d’après les indications que nous possédons sur la gravité de leurs blessures, nous devons redouter qu’un nombre relativement considérable de décès ne viennent s’ajouter à la liste actuelle des morts.
Aujourd’hui a eu lieu, à Seclin, une double cérémonie funèbre : à neuf heures du matin, une foule émue et recueillie accompagnait à leur dernière demeure quatre des victimes de l’accident de l’avant-veille. Nous avons remarqué dans la foule des assistants, outre les autorités civiles et militaires de notre ville, un assez grand nombre de soldats venus pour rendre les derniers devoirs à leurs deux camarades qui avaient péri. L’un de ces deux soldats avait été, nous dit-on, l’ordonnance du général Colson.
A midi, le cimetière a reçu de nouveau le cadavre d’une femme qui avait succombé.

Etaient présents aux funérailles :
MM. le baron de Saint-Didier;
Kullmann, administrateur;
de Ronseray, chef du service du contentieux;
Mathias, ingénieur;
Lagarde, inspecteur principal.

A Lille, en l’église du faubourg Saint-Maurice, des parents et des amis venaient à la même heure dire adieu à deux autres victimes.

Nous recevons de la Compagnie du Nord la liste suivante, que nous publions sous toutes réserves :
Le nombre des personnes, victimes de l’accident de Seclin, mortes jusqu’ici, est de huit.
M. Carpentier, correcteur d’imprimerie chez M. Lefort, imprimeur à Lille.
M. Corbevie, Casimir, rue du Parse, à Rouen.
Mme Delmerre, à Fives.
M. Vasseur, Louis, de Seclin.
M. Lefebvre, Maximilien, boulanger, rue du Faubourg-de-Roubaix, à Lille.
Mlle Lefebvre, Estelle, sa fille.
M. Vanderhaeghen, Célestin, ouvrier de ferme à Schulbrades (Belgique).
Mlle Béguinet, Marie, domestique.

 

L’état des blessés soignés à l’hôpital de Seclin est aussi satisfaisant que possible.
On a omis d’indiquer, parmi les noms des médecins qui ont bien voulu prêter leur concours dévoué dans cette triste circonstance, MM. les docteurs Honnart, J. Chrestien et Daubresse.

Pour avoir différents point de vue de cet accident au travers des journaux d’époque

La Petite Presse – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4718761b/f4
L’Eclaireur de Coulommiers – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k44056486/f2
Journal Villes et Campagnes – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1813848w/f4
Le Messager du Midi – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73712039/f2
Le Petit Marseillais – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4896160p/f3
Le Journal de la ville de St Quentin – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1837317d/f3
L’Echo des Frontières – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t544641801/f2


Journal officiel de la République française, 5 septembre 1871, page 3/24Annonce de 75 victimes

dont 26 décéderont :


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2 commentaires sur “1871 – La catastrophe de Seclin [Mise à jour]

    1. Bonsoir,
      Merci Ludovic pour ces compléments d’informations. La fiche DELHAYE Benoît a été mise à jour avec vos données.
      Dominic

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