1899 – Erreur d’aiguillage à Maisons-Laffitte (78)

Le Matin : derniers télégrammes de la nuit, 30 septembre 1899
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k557943f/f1


À Maisons-Laffitte
Le train des lads et des chevaux
Tués et blessés.


Cet accident s’est produit hier soir, à six heures, en gare même de Maisons-Laffitte ; en de moindres proportions, il rappelle celui qui eut lieu, il y a quatre ans, à la gare Montparnasse, où une locomotive et un fourgon passèrent au travers de la façade vitrée et tombèrent sur la place.
Il y avait course, hier à Maisons-Laffitte, on le sait ; on sait aussi qu’après chaque réunion un train se forme — depuis lundi dernier — sur le champ de courses même et se dirige sur Maisons-Laffitte, passe en gare sans s’arrêter, va rejoindre la ligne de grande ceinture et se dirige sur Chantilly. Ce train transporte les chevaux qui viennent de prendre part à la réunion et le personnel des écuries.
Le train d’hier portait le numéro 3 912, il arrivait à toute vitesse en gare de Maisons-Laffitte, quand, par suite d’une faute d’aiguillage, il ne prit pas la voie de raccordement et s’engagea sur la voie qui va aboutir aux heurtoirs.
Le mécanicien s’aperçut bientôt de la fausse direction qu’il suivait ; mais, soit que le frein n’eût pas fonctionné, soit qu’il fût trop tard pour faire machine en arrière, la locomotive vint donner en plein sur les heurtoirs, qu’elle enleva et projeta à plusieurs mètres.
La machine alla s’enfoncer dans le sol pendant que les wagons télescopaient.
Le fourgon de tête était renversé et deux wagons passaient par dessus.
Une panique effroyable se produisit en gare et, pendant quelques minutes, on n’entendit que des cris d’appels.
Les portières s’ouvrirent et les lads (palefreniers anglais) s’enfuirent de tous les côtés.
Cependant, les secours s’organisaient. On retirait bientôt des wagons télescopés six personnes blessées grièvement et on les transportait immédiatement dans les pharmacies de Maisons-Laffitte. Une dizaine d’autres, plus ou moins grièvement atteintes à la tête et aux jambes, allaient se faire panser elles-mêmes.

Le mécanicien avait pu sauter de sa machine, mais le chauffeur, M. GIQUEL, [ Louis Alphone RIDEL ] était tombé sous le fourgon, où il avait été écrasé. Le conducteur-chef, M. LEPRONT, [ Gustave LEPRON ] qui se trouvait dans le même fourgon, avait été pressé entre les parois de sa cabine. On le retira évanoui et on le transporta dans la salle d’attente de la gare, où des soins lui furent donnés. Le malheureux a survécu cinq heures à ses horribles blessures. Il est mort à onze heures du soir, sans avoir repris connaissance. Sa femme a assisté à l’agonie du conducteur.
On retirait ensuite des wagons deux autres cadavres, celui d’un lad connu sous le nom de GEORGES, [ Georges Alexandre LAYLAND ] et celui d’un autre lad, dont l’identité n’a pas encore été établie. [ Paul CUSSON ]
Les corps étaient littéralement aplatis.

Concernant Georges LAYLAND , il est né en Angleterre; je n’ai donc pas fait de recherches conformément à mon plan de travail, je donne toutes les informations que j’ai pu trouver.
N’hésitez pas à compléter. (Commentaires ou message – Merci)

Quant aux chevaux, huit avaient été tués sur le coup. Ils se trouvaient dans le fourgon renversé. D’autres étaient blessés.
Le bruit courut, dès sept heures, que *Ramadan*, un superbe poulain de deux ans, propriété de M. GADOLA, se trouvait parmi les victimes. La nouvelle était fausse.
Pendant toute la soirée, on a procédé au déblaiement. Travail difficile effectué sous la pluie et à la lueur de simples torches. À onze heures du soir, la locomotive était redressée.
On ne connaît pas encore le nombre ni le nom des chevaux tués ou blessés.
Parmi les lads blessés, l’un, BARIDAN, a été frappé à la tête assez grièvement ; l’autre, Sydney JOHNSON, a reçu de nombreuses contusions.
Aussitôt l’accident connu, M. DERVAUX, chef de traction, se rendit à Maisons-Laffitte, où se trouvait déjà le personnel de la gare d’Achères. Il organisa un service temporaire sur voie unique, entre la gare où avait eu lieu le sinistre et Achères. Les express ont dévié pendant toute la soirée sur Argenteuil. Les trains ont subi, par suite, des retards assez considérables.

Deux notes.
L’agence communique la dépêche suivante :
Maisons-Laffitte, 29 septembre. — Un accident s’est produit en gare, dans la soirée.
Un train qui ramenait des chevaux de courses et des palefreniers, a brisé un heurtoir.
Le chauffeur, le chef de train et deux étrangers, dont l’identité n’a pas encore été établie, ont été tués.
Il y a plusieurs blessés.

Et la note ci-dessous :
À la nouvelle de l’accident qui a eu lieu, ce soir, à Maisons-Laffitte, sur la ligne de l’Ouest, Pierre BAUDIN, ministre des travaux publics, empêché, a envoyé M. LAFARGUE, son secrétaire particulier, pour se rendre compte.
Les suites de cet accident ne sont pas aussi graves qu’on aurait pu le croire tout d’abord ; le train, qui a été jeté sur un buttoir, était un train de marchandises qui transportait des chevaux de course, et non un train de voyageurs, comme on l’avait annoncé par erreur.


L’Univers, 1 oct. 1899, p. 3/4
À Maisons-Laffitte.

Un grave accident de chemin de fer, qui a fait quatre victimes, s’est produit hier soir à six heures et demie en gare de Maisons-Laffitte (Seine-et-Oise). Le train spécial 3,912, parti du champ de courses de cette localité, ramenait aux écuries de Chantilly les chevaux qui avaient pris part aux épreuves de la journée. Le convoi transportait également un certain nombre de *lads* (palefreniers anglais).
À la station principale de Maisons-Laffitte, le train fut par erreur dirigé sur une voie de garage. Il faisait nuit à ce moment, et le mécanicien ne s’aperçut de la confusion que quelques mètres avant le heurtoir, placé à l’extrémité de la voie. Le machiniste renversa la vapeur, mais n’eut pas le temps de serrer les freins à bloc.
Le choc fut violent ; la locomotive fut détériorée, le fourgon fut brisé, ainsi que plusieurs wagons-écuries. Une panique effroyable se produisit et, pendant quelques minutes, on n’entendit que des cris de frayeur. Les lads s’enfuyaient de tous les côtés.
Le chauffeur RIDEL avait été pris sous les débris du fourgon et écrasé ; le conducteur LEPRONT, grièvement blessé, fut transporté dans une salle d’attente de la gare. Il mourut à onze heures du soir, après une agonie affreuse.
Peu après l’accident, on découvrit les cadavres de deux palefreniers anglais. L’un de ces malheureux répondait au prénom de Georges ; l’identité de l’autre est encore inconnue. Les blessés furent soignés dans les pharmacies de Maisons-Laffitte. Ils sont au nombre d’une douzaine. L’état d’aucun d’eux n’est inquiétant.
Huit chevaux avaient été tués sur le coup, et plusieurs autres blessés.
Pendant une partie de la nuit, les restes des wagons détruits ont obstrué la voie montante entre Maisons et Achères, et les trains venant de Mantes ont été dirigés sur Paris par Argenteuil. Il en est résulté quelques retards.
M. BAUDIN, ministre des travaux publics, empêché, a envoyé à Maisons-Laffitte M. LAFARGUE, son secrétaire particulier, pour se rendre compte des causes de l’accident.

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