La Presse, édition du 30 octobre 1895
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k547878t/f3
DERAILLEMENT ET TAMPONNEMENT
M. JAURÈS BLESSE
Le train express de Paris qui doit arriver à Toulouse à onze heures du matin a été tamponné hier vers dix heures un quart, entre Lexos et Laguépie, par le train omnibus de Limoges. Ce dernier avait déjà déraillé à Gaillac. Après Laguépie, à environ deux kilomètres de la gare, vers dix heures et quart, le train a été tamponné par le train omnibus qui ne va qu’à Limoges et qui avait déjà déraillé à Gaillac. Il y a eu un tel encombrement du télégraphe par suite des dépêches échangées entre les diverses gares à cause de ces retards, que le chef de gare de Laguépie a laissé partir l’express, après que le train omnibus avait déjà quitté la gare de Lexos depuis quatre minutes.
M. Jaurès qui était dans un compartiment, en compagnie de MM. Gérault-Richard et Viviani, a été blessé. Sa valise, pleine de livres, lui tomba sur le front au moment de la collision et provoqua un étourdissement de quelques secondes en lui occasionnant une légère contusion. M. Gérault-Richard cria : « Sautons sur la voie! » En même temps il ouvrait la portière et ils descendirent. Après avoir conduit M. Jaurès à la maison voisine; où il s’épongea le front, les trois députés se dirigèrent vers le théâtre de la catastrophe d’où s’élevaient des cris déchirants.
Les victimes
Deux malheureuses femmes étaient prises sous les débris du tender, du fourgon, d’un wagon de 3° classe et d’un de 2ème, littéralement réduits en miettes. L’une avait la jambe brisée. Le chef de train, qui n’avait plus figure humaine, songeait cependant à s’excuser des ennuis que, disait-il, il donnait aux voyageurs.
On a retiré aussi, un jeune homme de seize à dix-huit ans, inondé de sang, et une famille composée du père, mécanicien en congé, de sa femme, qui avait eu le cou pris entre les filets à bagages; et de deux petites filles, tous blessés assez légèrement.
Presque tous les postiers du train express 40, parti de Toulouse à 6 heures 55 du matin et qui a tamponné l’express 21, de Paris, ont été blessés. Ce sont :
MM. Daran, domicilié rue Franc, n° 6
Constant, boulevard Bonrepos, n° 10
Filhol, rue du Dix-Avril, n° 36
Massat, rue Blanche-de-Castille, n° 3
Serée, rue André Delieu, n° 8
Vergne, rue Tournant-Delupée, n° 52.
Mais les blessures reçues par ces employés des postes ne sont, heureusement, que légères. Quelques-uns des blessés sont contusionnés aux reins, d’autres aux jambes et aux bras. Ils ont été conduits, en voiture, à leur domicile et, dans la soirée, ils ont, sans doute, dû recevoir la visite du médecin de la Compagnie.
Enfin, on a retiré un cadavre, celui d’un ouvrier parisien qui habite rue Mouffetard et qui revenait de faire ses 28 jours à Castres. Il se nomme Fouillerat, [Adrien FLOUTARD] ainsi que l’établit le livret militaire trouvé sur lui.
D’autres blessés sont demeurés à Lexos ou ont été transportés à Teissonnières. De ce nombre sont le mécanicien Hoffer, du train 401, qui a eu un bras cassé, et son chauffeur Bonnet, assez grièvement contusionné. Tous deux comptent trente ans de service à la Compagnie et sont considérés comme des employés hors ligne. Ils ont été ramenés à Teissonnières, à cinq heures du soir, où Mme Hoffer était accourue pour soigner son mari.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6233557z/f8
Journal Officiel de la République Française, du 29 avril 1896, confirme 1 mort et 27 blessés
*** Les suites judiciaires ***
