Le Petit Journal, édition du 17 janvier 1893
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k612673d/f3
Accidents de chemin de fer (Dépêches de notre correspondant)
Carcassonne, 16 janvier, 11 h, matin
Un accident est arrivé ce matin sur la ligne de Toulouse. Le train de marchandises no 2,143 n’a pu arriver à temps à Pézens; où il devait se garer pour laisser passer le rapide. Cependant le mécanicien de ce dernier train à pu apercevoir les signaux et ne pas tomber sur le train en détresse. Malheureusement un autre train de marchandises, le no 1,103, n’apercevant pas à travers la tourmente de neige les signaux d’arrêt qu’on lui faisait, est venu tamponner fortement le train rapide, dont plusieurs wagons ont été complètement mis en pièces. On parle de plusieurs morts et de nombreux blessés.
à 8 heures du soir
Je vous annonçais ce matin qu’un accident s’était produit sur la ligne de Toulouse. C’est dans la nuit qu’il s’est produit, à trois kilomètres de la gare d’Alzonne. Les derniers wagons du train rapide 121 ont été tamponnés si violemment par le train de marchandises 1,103, qu’ils ont été littéralement réduits en miettes; le chef de train a été tué, et quatre voyageurs ont reçu de très. graves blessures. La voie est encore encombrée de nombreux débris de toute sorte. Le vent a empli de neige le fossé de Villesèque, le train de secours organisé par le chef de gare de notre ville, après plusieurs départs infructueux, à réussi néanmoins à se mettre en route vers onze heures, pour arriver à Pézens deux heures après parcourant ainsi quatre kilomètres à l’heure; mais là, il s’est arrêté et n’a pu franchir l’énorme amoncellement de neige entassé sur la voie. Des officiers de dragons ont essayé dès la première heure de gagner Alzonne, mais inutilement, leurs chevaux refusant d’avancer. A Pézens, trois trains de marchandises sont arrêtés.
La Dépêche du 17 janvier 1893 page 3/4
Grave Accident de chemin de fer
(Un mort, plusieurs blessés)
De notre correspondant particulier :
Carcassonne, 16 janvier.
La neige est tombée, dans la nuit, avec une telle abondance que la circulation est interrompue sur les voies ferrées et que de graves accidents ont été occasionnés en plusieurs endroits. Entre Alzonne et Pezens, en face de Villesèque, ce matin, à quatre heures environ, le train rapide 121, qui avait été obligé de stopper derrière un train qui le précédait, a été tamponné en queue par un second train de marchandises, n° 155, qui arrivait derrière lui et n’avait pas vu les signaux. Le choc fut terrible ; le mécanicien du 155 a été tué et on dit aussi que quatre voyageurs ont été blessés.
Un train de transbordement, envoyé en secours de la gare de Carcassonne et emmenant trois médecins et les autorités, est resté en détresse avant d’arriver à l’endroit de la catastrophe ; un second train de secours, parti ensuite, est également resté en détresse. On ignore encore les détails complets à cause de l’impossibilité des communications : les voitures ne peuvent sortir. Nous n’avons pas pu arriver à Pezens. D’autre part, du côté de Trèbes, tous les trains sont en détresse depuis la nuit ; on signale, sous le tunnel de Trèbes, un tamponnement de deux trains de marchandises. Les wagons ont été brisés, mais il n’y a pas eu d’accidents de personnes. On s’occupe de déblayer la voie, mais la besogne avance lentement.
On attend ici impatiemment des nouvelles : ni journaux ni lettres ne sont arrivés. Des secours ont été demandés à Toulouse. Dès la première heure, M. LALANDE, inspecteur principal de la compagnie, s’est rendu sur les lieux pour procéder, de concert avec l’autorité judiciaire, à une enquête sur les causes de l’accident et diriger les opérations de déblaiement. Le service des trains est interrompu sur la ligne de Cette à Toulouse, entre Carcassonne et Castelnaudary. Les trains partant de Cette ne prennent pas de voyageurs pour les stations au delà de Carcassonne, et ceux partant de Toulouse ne vont pas au delà de Castelnaudary. A l’heure où nous mettons sous presse, on ne sait pas encore quand les communications pourront être rétablies.
Le malheureux mécanicien du train 155, qui a été tué, est originaire de Toulouse. Il se nomme BÉGUÉ, [Félix BÉGUÉ] est âgé de 40 ans, marié et père de deux enfants. Dès que la nouvelle de sa mort est parvenue à Toulouse, M. le chef de service des trains s’est rendu à son domicile, 6, rue des Tuileries, pour annoncer à sa jeune veuve l’irréparable malheur qui venait de la frapper. On juge du désespoir de la malheureuse femme. Le corps de BÉGUÉ n’a pu être encore dégagé. Le malheureux mécanicien, qui était à son poste, dans le premier fourgon suivant la locomotive, a été écrasé entre les parois de ce fourgon qui a été télescopé. M. DANET, père du mécanicien du train rapide 121, inquiet d’être sans nouvelles de son fils, a fait télégraphier à Alzonne par les soins de M. TURLAN, chef de gare. A sept heures du soir, on n’avait pas reçu de réponse à ce télégramme.
