La Dépêche du Puy-de-Dôme, édition du 24 octobre 1891
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k83265489/f4
Tués en chemin de fer.
— Le train de voyageurs numéro 4, qui part de Mornant À 6 heures du matin était arrivé hier à Craponne à l’heure réglementaire. À cette gare, il croise le train numéro 3 de Lyon à Mornant. Le trajet s’étant effectué sans le moindre accident, le conducteur-chef et le mécanicien n’ayant rien signalé d’anormal, le chef de gare de Craponne à expédié sur Mornant le train numéro 3. Ce convoi a franchi la bifurcation et le pont d’Izeron à la vitesse réglementaire. A vingt-cinq mètres environ de cet ouvrage d’art, la voie est assise sur un remblai de deux mètres, mais ne présente aucune déclivité. Tout à coup la locomotive à déraillé et s’est enfoncée dans le remblai à la profondeur d’un mètre le premier véhicule, une voiture de troisième classe, s’est abattu sur la locomotive, le deuxième une voiture mixte est resté sur le bord du précipice et à en sa toiture enlevée.
A l’arrière de premier véhicule qui faisait saillie; quant à la troisième voiture elle était demeurée sur les rails en éprouvant une violente secousse et ayant à peine quelques glaces de brisées. L’accident s’est produit exactement à 7 heures. Le jour perçait à peine la buée humide qui se dirigeait de tous côtés et la pluie tombait à torrents, Dans le train se trouvaient cinq_ voyageurs, dont trois étaient partis de Lyon, deux étaient montés à Craponne en plus, le courtier convoyeur, le conducteur-chef, le mécanicien et le chauffeur. Les voyageurs se trouvaient avec le conducteur-chef dans la dernière voiture. Sous le coup d’une émotion facile à deviner, ils se précipitèrent sur la voie et furent les témoins épouvantés d’un horrible spectacle.
La voie est labourée sur une longueur de vingt mètres environ la locomotive, comme engloutie, est profondément enfoncée dans le remblai sur elle pèsent les débris informes de la première voiture et, suspendue sur les bords du précipice, la troisième voiture mixte démantelée. On ne peut se figurer, si on ne l’a vu, l’horreur du spectacle. Écrasés par l’amas de la voiture, on voit les cadavres mutilés et sanglants du mécanicien et du chauffeur du premier on aperçoit le ventre ouvert d’où sortent les entrailles, le cadavre est couché en travers de la machine : la tête du chauffeur apparaît exsangue sur le tender. Ces deux malheureux ont été écrasés sur le coup et leur mort horrible n’a pas dû avoir d’agonie. Dans la voiture mixte se trouvait seul le courrier convoyeur, un vieillard qui abasourdi par le choc, quoique n’ayant pas reçu la moindre égratignure, est resté un instant avant de recouvrer ses sens, Il est juste de dire qu’à peine revenu à lui, il a soigneusement ramassé ses sacs de dépêches, qu’il a accompagnés ensuite jusqu’à Lyon. Le mécanicien qui a trouvé la mort à son poste sans avoir pu prévenir l’accident ni éviter, se nomme [Séraphin Auguste DETOMASI] , âgé de 36 ans, marié, sans enfants, domicilié à la Demi-lune. DETOMASI était depuis quatre ans attaché à la Compagnie c’était un excellent agent, très laborieux et très attaché à son service, Le chauffeur, [Jean GAYET] , âgé de 50 ans, domicilié à Craponne, marié et père de quatre enfants, était également un bon serviteur. Les familles de ces deux malheureux ont été prévenues. La femme du mécanicien avertie, est allée jusqu’au point où se trouvaient encore les restes de son infortuné mari, mais on n’a pas voulu la laisser approcher; la pauvre femme est en proie à une extrême douleur et les défaillances succèdent aux défaillances. La femme de GAYET a été retenue à Craponne, elle fait peine à voir. Dans la soirée deux cercueils ont été dirigés de Lyon sur Craponne pour y recevoir les restes des deux infortunés. L’accident a causé à Lyon et auprès des riverains de la ligne une grande émotion. Les accidents de chemin de fer deviennent décidément trop fréquents.
