FAITS DIVERS
La catastrophe de Saint-Romain.
Onze victimes. — On télégraphie de Villefranche (Rhône), 2 février :
Un terrible accident de chemin de fer s’est produit près de la gare de Saint-Romain-de-Popey. Voici à ce sujet les détails les plus précis :
La gare de Tarare expédie quotidiennement une machine isolée pour remorquer à l’Arbresle un train de marchandises sur Roanne avec arrêt à Saint-Romain, afin de laisser passer le train de voyageurs 616 allant de Lyon à Saint-Germain-des-Fossés. En cet endroit, la voie est unique, c’est ce qui explique la catastrophe qui a eu lieu avant-hier soir vers 6 heures.
Au lieu de se garer à Saint-Romain, le mécanicien Viallet et le chauffeur Gautier, par un oubli inexplicable, ont continué leur trajet, malgré les signaux. La nuit était obscure; de plus il existait une grande courbe et une rampe. Un choc était donc inévitable.
La secousse a été telle que la commotion a été ressentie à plus de 2 kilomètres. Le tender de la machine isolée a pénétré dans le foyer de la locomotive qui a défoncé le fourgon et fait littéralement emboîter deux voitures de seconde classe. Plus de trente voyageurs, emprisonnés dans ces débris, poussaient des cris déchirants.
Après une effroyable panique que les agents de la compagnie ne parvinrent à calmer qu’à grand’peine, le sauvetage commença à la lueur des torches; les secours furent promptement organisés, car le bruit de la collision s’était entendu au loin. Les blessés furent transportés à la ferme Jusseraud.
Deux personnes sont mortes : MM. de Berchoux (de Saint-Symphorien-en-Lay) et Chatillon, chauffeur de la machine du train 616. Sont blessés grièvement : Mme Rossel, MM. Ducret et Vilalis, conducteur-chef; Sernesson, mécanicien; de Pontcharra, Gautier, chauffeur; Béchotte, Monnier, Viallet mécanicien. Il y a un grand nombre de contusionnés.
Un train de secours a été envoyé de Lyon-Vaise; la circulation est rétablie; le parquet de Villefranche s’est transporté sur les lieux.
Le Progrès de Lyon
3 février 1883
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t52684676g/f2
CATASTROPHE à Saint-Romain-de-Popey
DEUX MORTS — NEUF BLESSÉS
Hier matin, dès la première heure, nous étions informés qu’une collision avait eu lieu, dans la soirée de jeudi, sur la ligne du P.L.M., près la gare de Saint-Romain-de-Popey.
Voici les renseignements que nous avons recueillis sur cette lugubre affaire : Jeudi, à quatre heures du soir, le train de voyageurs, numéro 616, quittait la gare de Perrache, se dirigeant sur Paris par le Bourbonnais. Ce train se composait de huit voitures; après la machine, le tender et le fourgon, venaient deux voitures de deuxième classe, une voiture de première, quatre voitures de troisième et un wagon-fourgon.
De Saint-Germain-au-Mont-d’Or à Roanne, la voie ferrée est unique. A environ deux kilomètres et demi de la gare de Saint-Romain-de-Popey, cette voie passe sous un tunnel, appelé tunnel de Saint-Romain, puis elle subit une courbe accentuée, en même temps qu’elle suit une pente ascendante assez prononcée, la rampe, en cet endroit, étant de dix millimètres par mètre.
Jeudi soir, à cinq heures quarante-cinq, le train 616 venait de déboucher de ce tunnel et arrivait au poteau kilométrique 473 k. 500 m., lorsqu’il fut tamponné par une machine isolée se dirigeant vers l’Arbresle. Cette machine venait de faire renfort, jusqu’à Tarare, au train 614 et rentrait au dépôt.
Par suite de la vitesse acquise par la machine isolée, à la descente de la rampe, le choc fut terrible. Les deux locomotives furent broyées; le tender de celle du train 616 rentra complètement dans le fourgon, dont les parois latérales avaient été brisées et avaient volé en éclats. La première voiture qui suivait, un wagon de deuxième classe, fut coupée en deux parties et projetée de chaque côté de la voie; son plancher fut lancé sur la voiture suivante et y causa de grandes détériorations. Le tumulte devint alors indescriptible; on n’entendait que le craquement des planches qui se brisaient, les cris des blessés et les appels des autres voyageurs, criant : au secours ! et s’efforçant de sortir de leurs compartiments.
L’arrivée de prompts secours mit fin à cette scène d’épouvante. M. Figuier, chef de gare à Saint-Romain-de-Popey, accompagné de quelques agents de la Compagnie et de plusieurs personnes de bonne volonté, arriva immédiatement sur les lieux de la catastrophe, distante de la gare de 1,600 mètres environ.
Les voyageurs qui n’avaient éprouvé aucun mal furent conduits à la gare de Saint-Romain, pendant que le personnel de la Compagnie s’empressait auprès des victimes.
Au milieu d’anfractuosités creusées sur la voie, et dans des amas de fer, de bois, de verre, de coussins tachés de sang, onze personnes furent trouvées. Quelques-unes de ces victimes étaient grièvement blessées et respiraient à peine. D’autres, moins atteintes, imploraient du secours et cherchaient, soit à soulever la masse de débris de voitures brisées dont elles étaient recouvertes, soit à se débarrasser de la couche de terre sous laquelle elles se trouvaient ensevelies.
Les secours furent promptement organisés; des brancards avaient été improvisés, et, en moins d’une heure, les onze blessés étaient déposés dans la ferme du sieur Nove-Josserand, au hameau du Tinot. Deux de ces malheureux succombèrent quelques heures après.
LES VICTIMES
Voici les noms des victimes, au nombre desquelles se trouvent cinq voyageurs et six agents de la Compagnie P.L.M.
Gabriel de Berchoux [Louis Charles Marie de BERCHOUX] vingt ans, domicilié à Lyon, place Gensoul, est mort quelques heures après la catastrophe. Il avait eu les deux jambes broyées.
Dutel, commis en soieries, domicilié à Saint-Romain-de-Popey, blessé légèrement.
Mme Roscel, buraliste, à Pontcharra, graves contusions à la face et à l’épaule gauche.
Ducrais, courrier convoyeur, nombreuses contusions à la poitrine.
X…, voyageur, blessé légèrement, a disparu après la catastrophe; on soupçonne qu’il s’est réfugié dans un hôtel voisin.
Chatillon, chauffeur de la machine de renfort du train 614, qui avait eu le bassin fracturé, a succombé, dans la journée d’hier, aux suites de ses blessures.
Gauthier, chauffeur du train 616, blessé grièvement à la face.
Viallet, mécanicien de la machine de renfort, et à qui revient la responsabilité de cette catastrophe, blessé au bras droit.
Vitalis, conducteur en chef du train 616, trois plaies contuses.
Beuchotte et Monnier, conducteurs, blessures légères.
M. le docteur Sainclair, médecin à l’Arbresle; les médecins de la Compagnie des gares de Vaise et de Tarare furent prévenus immédiatement et arrivèrent quelques heures après à Saint-Romain, par les trains de secours venus de Lyon et de Tarare. Ils s’empressèrent de prodiguer aux blessés tous les secours de l’art; mais, malgré leurs soins, Gabriel de Berchoux succombait hier, à cinq heures du matin, aux suites de ses blessures. A ce moment, son père, averti par une dépêche, arrivait à la ferme du Tinot. Ce pauvre jeune homme se rendait à Lay, faire part à quelques membres de sa famille de l’heureux résultat qu’il avait eu le matin même de la catastrophe. Il comptait au nombre des conscrits du deuxième arrondissement et avait, au tirage au sort, obtenu un bon numéro.
Quelques heures plus tard, Chatillon succombait également.
Dans la journée d’hier, les autres victimes ont été, par les soins de la Compagnie, transportées ou conduites dans leurs domiciles respectifs.
A dix heures du soir, c’est-à-dire trois heures après la catastrophe, le chef de section, le commissaire de surveillance de la gare de Tarare, les lieutenants de gendarmerie de l’Arbresle et Tarare arrivaient sur le théâtre de la catastrophe, surveillaient le déblaiement de la voie et procédaient à une première enquête.
Hier matin, le procureur de la République à Villefranche, le juge de paix de Tarare, accompagné de son greffier, se rendaient à St Romain-de-Popey, continuaient l’enquête commencée la nuit, visitaient les blessés, interrogeaient le chef de gare Figuier et procédaient à un interrogatoire sommaire de Viallet. Vu l’état de sa blessure, cet interrogatoire ne put être complété; mais d’ores et déjà nous devons dire qu’à lui seul revient toute la responsabilité de cette catastrophe. Ainsi que nous l’avons dit, le mécanicien Viallet, titulaire de la machine isolée, avait dirigé la machine de renfort du train de voyageurs n° 614, entre l’Arbresle et Tarare.
La voie, entre ces deux gares, présente une très forte rampe, et la plupart des trains y sont remorqués par deux locomotives. A son arrivée à Tarare, Viallet reçut l’ordre, ainsi que cela a toujours lieu, de retourner au dépôt de l’Arbresle. A cet effet, on lui remit un bulletin de circulation en machine isolée, portant bien la mention réglementaire : Arrêt à Saint-Romain-de-Popey pour garage du train 616. Hélàs ! cet ordre d’arrêt ne fut point exécuté, et l’on connaît l’horrible catastrophe qui résulta de cette faute. Lorsque lancé à toute vitesse, par suite de la descente de la rampe dont nous avons déjà parlé, le train franchit la gare de Saint-Romain, les signaux d’arrêt, disque et sémaphore, étaient parfaitement mis à l’arrêt. Les verres rouges étaient bien placés de telle façon que la machine isolée dût s’arrêter immédiatement, en admettant même que la mention utile eût été omise sur le bulletin de circulation délivrée par la gare de Tarare. Le chef de gare de Saint-Romain, M. Figuier, a déclaré et prouvé, par attestations de témoins, que les signaux avaient réglementairement été faits.
Comment, dans ces conditions, expliquer la coupable faute commise par le mécanicien Viallet ? Nous l’ignorons encore. Cet agent dormait-il pendant son service ou n’a-t-il point vu, par suite de distraction, les signaux d’arrêt immédiat de la gare de Saint-Romain ? Il y a évidemment lieu d’attribuer ce douloureux événement à l’une de ces deux causes. Mais, alors, comment s’expliquer que le chauffeur n’ait pas mieux vu que son mécanicien ? L’un des deux, au moins, devait, comme on dit, veiller au grain. Il n’en fut rien, malheureusement, et c’est à une vitesse très grande que la machine traversa la gare et continua son trajet dans la direction de l’Arbresle. On sait comment elle fut bientôt arrêtée dans sa marche ! Dans la relation de la scène d’horreur qui se produisit au moment du choc fatal, nous avons omis de signaler la belle conduite du mécanicien Gauthier, titulaire de la machine remorquant le train de voyageurs 616. Voyant, à une trop faible distance, hélas ! arriver sur son train, comme une flèche, la machine isolée, il ne perdit nullement son sang-froid et se jeta résolument sur son régulateur, qu’il s’efforça de fermer. Il ne put, en ces quelques secondes qui précédèrent l’effroyable tamponnement, ralentir beaucoup sa marche. Cela se conçoit, et d’ailleurs il lui eut toujours été impossible de s’arrêter complètement et de retourner assez vite sur ses pas pour éviter la machine isolée. Néanmoins, nous nous faisons un devoir de rendre hommage à la présence d’esprit dont a fait preuve M. Gauthier. A onze heures du soir, nous recevons de mauvaises nouvelles de quelques-uns des blessés transportés à l’hospice de Tarare. Notre correspondant nous dit que quelques-uns de ces malheureux sont dans un état très alarmant. La dame Roscel, de Pontcharra-Saint-Forgeux, a succombé, hier soir, dans son domicile, où elle avait été transportée.
Le nombre des morts serait donc de trois, et celui des blessés de huit. En terminant ce triste récit, nous reproduisons ci-dessous la note officielle que nous avons reçue, hier, de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée :
Lyon, le 2 février 1833
Monsieur l’Administrateur, J’ai l’honneur de vous informer qu’une collision a eu lieu hier, 1er courant, au kilomètre 473,500, entre Saint-Romain-de-Popey et l’Arbresle, entre une machine isolée et le train de voyageurs n° 616. D’après les renseignements que je possède actuellement, le mécanicien de la machine isolée a franchi sans arrêt la gare de Saint-Romain, où il devait croiser le train n° 616. Dans cet accident, huit personnes ont été blessées, dont quatre agents de la Compagnie. Veuillez agréer, etc. Pour l’inspecteur principal de l’exploitation (4e section) : L’inspecteur principal adjoint, RENART.
Nous donnerons demain, s’il y a lieu, de nouveaux détails.
Mme ROSCEL, buraliste, je n’ai pas trouvé d’acte de décès, ni à Pontcharra et ni à Tarare, mais j’ai trouvé celui de son mari quelques jours après l’accident (mort de chagrin ?) : Philippe Aimable ROSCEL, buraliste à Pontcharra et en remontant cette piste, j’ai trouvé le nom de jeune fille de son épouse : Marie POTHIER
Pour le chauffeur CHATILLON, aucun décès à ce nom sur la commune de Tarare pour l’année 1883
Je n’ai donc trouvé que le sieur de BERCHOUX

Voilà donc l’explication !
Je ne pouvais pas trouver les actes de décès.Les journaux avaient, heureusement, annoncé des faits inexacts.
