1883 – Retard, vitesse sont les raisons de l’accident de Maâtz

Le Progrès de la Côte-d’Or, 17 août 1883 – page 3/4

ACCIDENT DE CHEMIN DE FER de Viollet
Nous avons annoncé hier l’accident de chemin de fer qui est arrivé le 14 août sur la ligne de Chalindrey. Voici de nouveaux renseignements :
C’est entre la gare de Chalindrey et celle de Maatz, au poteau 313 que s’est produit l’accident.
Le train 48-33 était parti de Chalindrey à 4 heures, avec un retard de près de 30 minutes. Il était composé de six voitures, de deux cents voyageurs, de deux fourgons, etc., etc. Le mécanicien ayant voulu rattraper le temps perdu, lança sa machine à toute vitesse.
On fait actuellement des réparations à la voie, entre les deux stations que nous avons indiquées plus haut. Arrivée à une forte courbe, la machine dérailla, puis le train, et, sur une distance de 200 mètres environ, le parcours se continua sur le bord d’un talus, puis le train roula dans une tranchée de plusieurs mètres de profondeur.

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Ce fut un pêle-mêle épouvantable, impossible à décrire : la machine alla s’enfoncer dans la terre, les wagons roulèrent les uns sur les autres.
Un seul wagon, celui du serre-frein, était resté sur la voie, et l’employé qui se trouvait dans ce wagon était projeté à une grande distance, mais il se relevait sans blessures.
Les premiers secours furent portés par les habitants du village de Viollet, situé au-dessus de l’endroit où cet accident venait de se produire ; un express partit immédiatement pour Maatz.
On s’empressa de retirer les blessés, qui poussaient des appels déchirants, de dessous les débris des wagons et de les transporter dans le village de Viollet.
Deux heures après, le train allant de Champlitte à Chalindrey était transformé en train de secours à la gare de Maatz et arrivait avec des ouvriers et des habitants de ce village.
Dès le premier moment, et même à l’heure à laquelle je suis allé à Viollet, il est impossible de se rendre compte du nombre exact des victimes.
Le mécanicien, nommé Gardot [Jean Claude GARDOT] a été tué sur le coup ; la tête de ce malheureux était séparée du tronc.
Le mécanicien Coudray, un jeune homme de 23 ans, sorti récemment de l’école des arts et métiers de Châlons, a eu les deux jambes coupées.
Le conducteur Suettot a eu une jambe et un bras cassés et des côtes enfoncées.
Parmi les voyageurs, on évalue à 50 environ le nombre des blessés, dont plusieurs grièvement, et principalement Mme Fontaine, de Langres, qui se trouvait dans le train avec son mari, et qui allait à Gray consulter un médecin.
Un capitaine du 109e a été assez gravement contusionné à la tête.
Sur les 50 blessés, 19 sont blessés grièvement, les autres ne sont que contusionnés ou légèrement atteints, et ils ont pu, après un premier pansement fait sur place, continuer leur route.
Les autres ont été transportés chez les habitants de Viollet, notamment chez le curé, chez Mme veuve Claudot et M. Jolliot, aubergiste, où M. le docteur Fargues, de Chalindrey, médecin de la Compagnie, et deux médecins de Champlitte et de Gray leur ont donné des soins.
Ce matin, la plupart de ces blessés ont été conduits à Gray. En arrivant dans cette ville, le chauffeur Coudray et le conducteur Suetto auraient, dit-on, ici, succombé à leurs blessures.
Une enquête pour connaître la cause de cet accident a été ouverte ce matin.
Le procureur de la République de Chaumont s’est rendu sur les lieux ainsi que M. le sous-préfet de Langres, des ingénieurs de la compagnie de l’Est, et deux commissaires spéciaux.
Cette enquête semble établir que toute la faute retombe sur le malheureux Gardot, qui a payé de la vie l’imprudence qu’il a commise de marcher à une trop grande vitesse dans un passage dangereux.
Dans tous ces accidents, il y a des particularités incompréhensibles.
Ainsi, dans un wagon de troisième classe, celui qui a le plus souffert du déraillement, car la toiture et les côtés ont été arrachés et il n’en reste que le truc, il n’y a pas eu un seul voyageur blessé, tandis que dans d’autres compartiments à peine endommagés, on a retiré des mourants.
Au dernier moment on assure qu’un jeune enfant a été trouvé mort dans les débris d’un compartiment.
L’état de Mme Fontaine est très grave, tout espoir de la sauver semble être perdu.


La République Française, du 20 août 1883 – page 3/4

Nous avons annoncé qu’un accident de chemin de fer s’était produit sur la ligne de l’Est, entre Chalindrey et Mâatz.
Le Petit Comtois donne sur cet accident les renseignements suivants :
Le train avait quitté Chalindrey avec 45 minutes de retard. Entre cette dernière station et Mâatz, la voie forme une courbe très prononcée, et la pente, assez roide, est de 6 mm par mètre. La voie était, en outre, en réparation, et l’on avait enlevé le ballast pour remplacer les rails de fer par des rails d’acier. Le mécanicien, pour gagner la prime, força-t-il la vapeur ? Ou bien le mauvais état de la voie fut-il la seule cause du sinistre ? C’est ce que l’enquête établira.
Quoi qu’il en soit, le mécanicien s’aperçut tout à coup que la machine donnait des coups de lacet et siffla au frein, mais il était trop tard. Cette précaution eut pourtant cela de bon, qu’elle amena la rupture du train. La locomotive, le tender et cinq wagons seulement tombèrent dans le ravin, d’une hauteur de cinq mètres. Le mécanicien Gardot fut écrasé par le tender [Jean Claude GARDOT]. Les autres wagons, quoique sortis des rails, restèrent sur le remblai, et les voyageurs qui s’y trouvaient ne reçurent que quelques contusions, résultant du contrecoup.
Le nombre des blessés est de cinquante ; mais, dans ce nombre, vingt-cinq n’ont que des égratignures sans aucune importance. Parmi les personnes qui ont le plus souffert, citons un enfant de dix-huit mois qui a eu le bras cassé, un voyageur de commerce de Rouen qui a reçu des contusions très graves, et la femme d’un employé de chemin de fer qui a eu la clavicule luxée.
Le chef de train qui était dans le wagon des marchandises en a été quitte pour une contusion à la jambe, et le serre-frein, dont on ne saurait trop louer le dévouement avant et après l’accident, a été projeté de sa guérite ; heureusement, sa chute fut amortie par les fils du télégraphe. Enfin, l’état du chauffeur, qu’on avait présenté comme très grave, s’est considérablement amélioré. Il est maintenant hors de danger.
D’après sa déposition, le mauvais état de la voie est la seule cause du sinistre. En effet, si la vitesse trop grande du train avait déterminé le déraillement, la chute se serait produite suivant une tangente à la courbe et en dehors de la circonférence, tandis qu’au contraire la chute a eu lieu à l’intérieur. Le parquet de Langres est chargé de l’instruction de l’affaire.


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