1881 – Deux morts dans l’éboulement du tunnel du Midon

Le Midi du 31 janvier 1881
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1490542p/f2

EBOULEMENT du TUNNEL de MIDON
Voici, d’après le Patriote, de l’Ardèche, quelques détails sur cet accident que nous avons signalé :
Deux victimes
Vendredi matin, à neuf heures, un éboulement considérable s’est produit sur la ligne de Saint-Rambert-d’Albon à Annonay.
L’embranchement qui relie cette dernière ville à la grande ligne de Lyon à Marseille, est assez accidenté.
La voie présente des déclivités et des courbes nombreuses ; l’assiette du chemin de fer a été pratiquée au milieu de rochers et d’éboulis de terrain.
Elle est pittoresque sur tout son parcours. Cette ligne, en raison de la nature du terrain, est l’objet d’une surveillance rigoureuse.
Le chef de section de la voie, en résidence à Annonay, est chargé de l’entretien et de l’inspection de cet embranchement, à voie unique, dont le trafic a une certaine importance, qui augmentera encore, lorsque Annonay sera relié à Firminy (Loire), par le réseau actuellement en construction.
Les conducteurs de la voie et brigadiers poseurs avaient fait, la veille, leurs tournées réglementaires sans rien signaler d’anormal.
Le train de voyageurs qui part d’Annonay à 5 h. 41 du matin, avait effectué son parcours jusqu’à Saint-Rambert sans trouver le moindre obstacle.
Les points de croisement avaient été franchis, avec les formalités réglementaires, et le convoi de marchandises 2842 poursuivait sa marche sur une voie qu’il avait lieu de croire libre, avec une vitesse de 30 kilomètres à l’heure.
C’est au moment même du passage du train 2842 que l’éboulement s’est produit à l’entrée d’un tunnel, au kilomètre 11,700, près la gare de Midon.
Environ 1,200 mètres cubes de rochers ou de terrains ont glissé et obstrué complètement la tranchée, où se trouve la voie, sur une longueur de 30 mètres.
Le mécanicien Ollivier, marié, père de quatre enfants, et le chauffeur Couturier, également marié, ont été broyés sur leur machine par le tender qui est monté sur la locomotive.
En entendant siffler au frein, le conducteur-chef, Mallet, s’est mis à la portière : au même moment, le choc s’est produit et a projeté cet agent dans un ruisseau qui longe la voie. C’est à cette circonstance qu’il doit probably la vie.
Le conducteur de queue Fraisse, et l’homme d’équipe Pourra, serre-frein, en ont été quittes pour la peur.
Le train était composé de 11 wagons, dont 4 ont été brisés.
Aussitôt prévenus, MM. Le Barbier et Roiland, inspecteurs de l’exploitation du chemin de fer P.-L.-M., sont immédiatement partis de Valence avec M. Joudou, commissaire de surveillance administrative, et M. André, chef de section de l’entretien de la voie.
A leur arrivée, ils ont trouvé l’ingénieur, M. Palharey, le piqueur de la voie, qui étaient déjà sur les lieux, dirigeant les travaux de déblaiement.
L’accident est certainement dû à la nature du terrain, qui, sur le parcours de cette partie de ligne, est très-friable. Les éboulements y sont fréquents, surtout après les pluies ou au moment du dégel.
Dans la crainte d’un nouvel éboulement, les travaux de déblai ont été suspendus pendant la nuit.
La quantité de blocs de pierre à enlever
est telle que, malgré l’activité qu’on pourra déployer, la circulation ne sera pas libre sur la ligne avait six à huit jours.
En attendant, la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée a organisé un service de voitures entre Saint-Rambert d’Albon et Annonay.
Le mécanicien Ollivier [Jules Alfred Eugène OLIVIER ]et le chauffeur Couturier [ François COUTURIER ]sont morts à leur poste, en remplissant courageusement leur devoir. Ces deux malheureuses victimes ont été trouvées : l’un ayant la main sur le régulateur et l’autre sur son purgeur pour faire contre-vapeur et arrêter leur train. Cela indique qu’avec un sang-froid héroïque, ils avaient pris toutes les mesures nécessaires pour prévenir l’accident dès qu’ils ont vu se dresser devant eux cet obstacle infranchissable.
On se demande, avec épouvante, à la vue de ces ruines, ce qui serait advenu, si l’accident était arrivé au train des voyageurs qui passe, à cet endroit, à 10 heures du matin, c’est-à-dire quelques instants après.
Le parquet de Tournon s’est rendu sur les lieux.

Le Mémorial des Pyrénées
du 4 février 1881
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5239187c/f3

NOUVELLES DIVERSES.

ÉBOULEMENT SUR LA LIGNE D’ANNONAY. – Le train 2842 était composé de onze wagons complètement chargés, et de la locomotive 1960 — Lire la suite … —

Voici le personnel qui composait le convoi:
Mallet, conducteur chef; Fraine, conducteur; Fourrat, wagonnier.
Ollivier, mécanicien; Couturier, chauffeur.
Le convoi avait quitté la gare de Midon à l’heure réglementaire. En sortant du tunnel, le mécanicien a dû apercevoir l’obstacle qui encombrait la voie; mais la pente est rapide, et, malgré les efforts énergiques accomplis par cet homme de courage, qui ont pu être constatés, le choc devenait inévitable.
Alors M. Ollivier a sifflé aux freins; ceux-ci, disposés comme le prescrit le règlement, jusqu’au frottement, ont été serrés jusqu’au refus, c’est ce qui a empêché une plus grande catastrophe.
La machine a heurté un énorme bloc de rocher; l’avant est resté intact, mais le tender s’est replié sur le devant et a serré comme dans un étau les deux malheureux employés : le conducteur et le mécanicien.
Le conducteur chef Mallet, qui s’était porté au moment du sifflet d’alarme sur la porte du fourgon, a été projeté dans une large tranchée pratiquée à droite de la voie, et qui sert à l’écoulement des eaux et n’a reçu dans ce bond redoutable que quelques contusions sans gravité.
Les deux serre-freins n’ont eu aucun mal.
Les survivants de la catastrophe n’ont pu porter aucun secours aux deux victimes, prises entre la machine et le tender et la machine et ensevelies dans un cercueil de fer.
Mallet se borna alors, comme le lui prescrivait le règlement, à faire prévenir la gare de Midon.
Au moment où nous arrivons sur les lieux, rien n’est plus désolant que l’aspect de ce train écrasé sous les débris de l’éboulement.
‘Des centaines d’hommes travaillent au fond de cette tranchée noire et humide, mais ces travaux de déblaiement sont lents et difficiles; il y a là des blocs de rochers de plus de vingt mètres cubes, que l’on ne pense pouvoir réduire qu’avec des charges de dynamite.
Et les cadavres sont encore là.
Enfin, au bout de quinze heures d’un travail assidu, on retire le chauffeur Couturier.
Cet infortuné a la tête complètement détachée du tronc, et le corps horriblement mutilé. C’est une bouillie sanglante.
Couturier effectuait son dernier voyage comme chauffeur. Ancien élève de l’Ecole des arts-et-métiers ses aptitudes spéciales l’avaient désigné au choix de l’inspecteur principal de l’exploitation, pour des travaux de bureaux.
Ollivier, le mécanicien, n’a été retiré qu’une heure après; il est méconnaissable et plus maltraité que son camarade.
Les travaux continueront cette nuit, mais malgré tous les efforts déployés, la circulation ne sera rétablie que dans six ou huit jours.
Les causes de l’accident sont faciles à déterminer: le dégel survenu avant-hier a détaché des flancs de la montagne un bloc énorme de roches, depuis longtemps crevassées, et cette masse, subitement ébranlée par le passage du train, s’est effondrée sur la voie.
(Le Nouvelliste de Lyon).

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