1881 – Catastrophe de Trayas



La Petite Presse, édition du 2 septembre 1881
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4714647g/f3

LA CATASTROPHE DE TRAYAS

De nouveaux renseignements au sujet de l’accident de chemin de fer arrivé sur la ligne Paris-Lyon-Méditerranée, près d’Agay-Trayas.

Dimanche soir, à 8 h.15,le conducteur de queue du train 487, parti de Marseille 1 h. 20, se dirigeant sur Nice, arrivait tout bouleversé à la gare d’Agay, annonçant qu’une terrible catastrophe venait d’arriver, et racontait ce qui suit : ” À 7 kilomètres de Trayas, en face du poteau kilométrique, un rail de droite, partant de Marseille, avait été enlevé par des malfaiteurs. On a retrouvé à quelques pas du lieu de l’accident, dans un buisson, les boulons d’éclisse et les crampons qui servent à fixer les rails sur les traverses. On a également retrouvé, à peu de distance, les outils qui ont dû servir à commettre cet acte de malveillance. Le rail enlevé, situé à environ 100 mètres de la culée du viaduc d’Antéar, élevé de 20 mètres au-dessus du niveau de la mer, était placé à 40 centimètres sur le côté de la voie. La machine, le tender, trois fourgons et deux voitures de 3° classe ont été précipitées à la mer. Sur les douze wagons qui composaient le train, onze ont déraillé et ont parcour encore 80 mètres. Seul, le wagon de queue est resté sur la voie. Mais heureusement les trois dernières voitures ne sont pas tombées à la mer.”
A cette nouvelle, le chef de gare d’Agay fit mettre en route vers le lieu de l’accident la machine du train n° 2,404 et se porta sur les lieu du sinistre avec la boîte de secours. Un horrible spectacle l’attendait. Quatre wagons brisés étaient suspendus pêle-mêle et brisés sur le talus; la machine, qui avait roulé jusqu’auprès d’une maison en ruines suce au bas du talus, était en pièces. On entendait des cris de terreur et des cris de douleur. Le mécanicien, DELOULE, était étendu à terre, la tête à demi broyée; il était couvert de sang. Le malheureux demande quelques gouttes d’eau fraîche, puis il expire. Le chauffeur, TEISSERE, gisait près de là; la tête horriblement broyée et calcinée par le feu. Ces deux victimes du devoir sont mortes à leur poste.
On extrait aussitôt, avec les plus grandes difficultés, les voyageurs de leurs voitures renversées, Le chef de gare d’Agay dit aux blessés de venir à lui, il s’en présente six seulement heureusement, et ils reçoivent les premiers pansements. Mais, par miracle, tous les autres voyageurs sont sains et saufs, à l’exception des victimes dont nous venons de parler, et qui sont:

  • DELOULE (Henri), mécanicien, tué
  • TEISSERE (Joseph), chauffeur, tué
  • Charton-Pelliqueux, contusion à la cuisse gauche;
  • Georges et Paul Pommereau, contusions aux mains et aux bras;
  • Blanc, contusions aux mains et aux bras;
  • Bouvarel conducteur-chef, contusions;
  • Cayol, bagagiste, contusions.
    Les voyageurs ont dû rester sur place et sont arrivés à Cannes seulement à dix heures du matin, la voie n’étant devenue libre qu’à sept heures vingt minutes.
    Le juge de paix de Fréjus s’est transporté dès hier matin sur les lieux, suivi de près par M. le procureur de la République de Draguignan et le capitaine de gendarmerie. D’autres recherches sont commencées pour découvrir les coupables inconnus jusqu’à présent.

Les suites judiciaires de cet accident, on peut lire dans La Marseillaise, édition du 6 septembre 1881 :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5728923q/f3

DRAGUIGNAN.
La justice vient d’arrêter un individu de nationalité italienne qu’on suppose être un des auteurs de la catastrophe de Trayas. C’est l’homme qui s’écriait dans une auberge, au moment de l’accident : « Sept heures un quart !… Le coup doit être fait ! ». Le parquet suppose que plusieurs malfaiteurs, qui seraient complices de l’attentat, se cachent actuellement dans les ravins qui descendent vers la mer, à proximité de la voie ferrée. Un fait justifierait cette hypothèse : hier un voyageur, M. Auzias, qui se trouvait dans le train a reçu, à 400 mètres d’Agay, une pierre qui l’a grièvement atteint au front. Une battue paraît nécessaire ; elle est déjà organisée.

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