1879 – Accident provoqué par la neige à Bondy (93)

Le Petit Journal, édition du 7 décembre 1879
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k594223q/f1

LA CATASTROPHE DE BONDY

Dès midi, le bruit se répandait à Paris qu’un accident épouvantable était arrivé sur la ligne de l’Est, près de Bondy. On parlait d’un grand nombre de morts et de blessés: En quelques heures cette nouvelle, exagérée par toutes les personnes qui la colportaient, ne tardait pas à atteindre des proportions extraordinaires. Nous avons envoyé, dès que la nouvelle nous est parvenue, un reporter sur les lieux du sinistre, et, avec la plus grande peine, nous avons obtenu les renseignements les plus précis et les plus circonstanciés.

Le théâtre de la catastrophe

A cent cinquante mètres environ au delà de là gare de Bondy se trouve une sorte de plateau assez peu-étendu; à droite et à gauche s’étendent à perte de vue d’immenses prairies couvertes, d’une nappe de monotone blancheur. Point d’arbres, point de monticules, un désert de neige.
A ce point commence une côte assez rapide qui est le commencement de la ligne d’Aulnay à Bondy qui joint la ligne de l’Est à celle du Nord.
C’est là qu’est arrivé l’accident.
On voit en dehors des voies, quatre wagons défoncés, brisés, sans roues, à moitié cachés par la neige qui, à cet endroit a près de 70 centimètres d’élévation. Puis, amoncelés en tas, les débris de la voiture qui a le plus souffert : une voiture de seconde classe, dont il ne reste plus une planche debout, ses roues sont placées debout contre de tas, les cloisons et les draperies qui les couvrent, en lambeaux, sont adossées l’une contre l’autre. C’est navrant. Tout autour de ces trophées terribles de vastes piétinements dans la neige. On reconnaît les traces de nombreux pas qui s’entrecroisent dans tous les sens et qui tracent un chemin battu depuis la gare de Bondy.
Çà et là, on voit encore quelques traces très étroites, comme si l’on y avait planté des piquets; c’est là qu’on a posé les brancards.

La Catastrophe

Le train n° 44, qui doit passer à Chelles à 2 heures du matin pour arriver à Paris à 3 heures 15, est entré en gare de Bondy à 9 heures du matin; les neiges accumulées, sur certains points, à des hauteurs prodigieuses, avaient causé ce retard.
Bientôt est arrivé le train n° 36 qui doit se trouver à Paris à 5 heures. Le chef de gare commençait à être très perplexe,ne sachant au juste quelle conduite il devait tenir. Les télégrammes annonçaient que la voie était presque interceptée à Pantin. Comme chaque train était conduit par deux machines, on détacha celles qui étaient en tête du 36 et on les plaça en queue du 44 afin de le tirer de ce pas difficile. Juste à ce moment, les employés de la gare virent arriver avec stupéfaction le train express n° 38 qui vint heurter le 36. Un choc épouvantable se produisit et les cinq premières voitures du train, prises ainsi entre deux, furent projetées violemment contre le convoi d’avant. Ces cinq voitures sont un fourgon, une de seconde classe et trois de première classe. La voiture de seconde classe fut tamponnée avec une telle violence, qu’elle fut soulevée au-dessus des autres wagons et mise en morceaux. Les autres ne furent qu’endommagées et défoncées.

Premiers secours — Les victimes

M. le docteur Dufourny, qui se trouvait dans le train express, se présenta aussitôt et s’offrit pour donner les premiers secours. Toutes les personnes valides se précipitèrent. On releva les blessés et on les transporta tant bien que mal, sur des brancards ou sur les chariots à bagages à la gare de Bondy.
Mais là, point de feu; on fut obligé de prendre du charbon des chaudières pour chauffer la salle où furent placés les blessés. On ne constata tout d’abord qu’une mort, celle de M. E. GENDRE [Alexandre Léon GENDRE], employé aux réclamations à Thorigny-Lagny; il à été tué sur le coup. Il se trouvait dans le wagon de 2e classe, ainsi qu’un jeune soldat du 9e chasseurs à pied, qui a eu les deux jambes brisées. Cinq autres personnes ont été blessées assez grièvement, MM. Eugène Crépin, de Mériel, Brouillard, de la Ferté-sous-Jouarre; Jules Cahen, de Nancy; Fortin, de Villenais, et Chichi, soldat au 7e dragons. Ceux-ci ont été ramenés à Paris dans la soirée. Trois autres personnes, atteintes seulement de contusions, sont restées à Bondy ou au Raincy. Donc, en tout jusqu’à présent un mort et neuf blessés. On craint qu’un ou deux blessés ne survivent pas à ce terrible malheur.

Les Responsabilités

Deux trains étaient en gare de Bondy, donc, d’après -le règlement, le cher de gare seul est responsable c’était à lui de veiller à ce que toutes les mesures fussent prises pour éviter un accident. L’aiguilleur, chargé du disque placé à cinq cents mètres de la station, devait aussi s’assurer de la mobilité du disque, à cause du mauvais temps. Enfin le chef dû train express en marche et celui du dernier train détresse devaient couvrir leurs trains, c’est-à-dire envoyer en avait un homme et une machine muni d’un drapeau rouge pour avertir les convois en marche. Enfin on se demande comment étant donnée à ligne strictement droite de la voie, à un kilomètre en deçà de Bondy, de conducteur de l’express 38 n’a pas vu les trains en détresse.

La justice

Le procureur de la République Delise, accompagné de M. Clément, commissaire de police aux délégations, s’est rendu sur les lieux, à trois heures, par un train spécial formé d’une machine, d’une voiture de première, de deux fourgons et deux wagons de secours. Ils ont ouvert immédiatement une enquête dont le résultat a été transmis dès le soir au procureur général et au Préfet de police. M. Bresselles, juge d’instruction, est chargé de cette affaire.

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