Un horrible accident est arrivé dans la soirée de dimanche dernier, entre Ribécourt et Thourotte. Voici le rapport de M. le maréchal des logis de gendarmerie de Compiègne, sur cette catastrophe, où quatre personnes ont trouvé la mort :
« Le 9 février, vers quatre heures de l’après-midi, la machine d’un train de ballast, qu’il venait remorquer des wagons vides, a déraillé entre Ribécourt et Thourotte, borne kilométrique 111,600, au lieu dit la Carrière de Gamaches. L’accident se bornait à des dégâts matériels ; mais, les deux voies étant obstruées par cette machine, tous les trains ont éprouvé un retard de plusieurs heures. À dix heures dix minutes du soir, les cantonniers employés sur ces voies, après avoir terminé leurs travaux, retournaient chez eux, en suivant la voie gauche, arrivés au poteau kilométrique 109,700, à environ 200 mètres de la gare de Thourotte, le train 38 qui revenait à contre voie de Ribécourt en Compiègne, mesure qui avait dû être prise par suite du déraillement, les prit par derrière et les renversa ; quatre d’entre eux furent tués sur le coup ; un autre fut blessé grièvement, et un sixième légèrement contusionné.
Les victimes de ce triste accident sont : 1° Eugène Picard, chef d’équipe ; son fils, Joseph Picard, vingt et un ans ; 3° Émile Olivier, vingt-neuf ans, ce dernier, père de trois enfants en bas âge, habitait la commune de Longueil-Annel ; 4° Alphonse Bernard, trente-cinq ans, célibataire, habitant Le Plessis-Brion, tous quatre affreusement mutilés, défigurés et morts immédiatement.
Les deux autres blessés sont : 1° Désiré Monlant, quarante-deux ans, du Plessis-Brion ; 2° Philibert Bonnard, vingt-sept ans, de Thourotte, ce dernier, qui a une contusion légère à la tête, a été transporté à Monlant, il a des blessures graves sur différentes parties du corps. Ces deux hommes ont été transportés à leur domicile.
Les quatre tués sont été transportés à la station de Thourotte, ils gisaient là, tous quatre, affreusement mutilés, dans une mare de sang.
À ce récit, si dramatique dans son laconisme officiel, nous devons joindre, dit le Journal de l’Oise, quelques détails que nous avons pu recueillir nous-même. Vers dix heures du soir, la ligne était tout à fait libre. Les neuf hommes d’équipe s’en revenaient à Thourotte en suivant la voie du chemin de fer. Ils étaient à cent cinquante mètres à peine de la gare, quand un coup de sifflet retentit à leurs oreilles, et, au même instant, et sans qu’ils aient eu le temps de se retourner, le train n° 38 les renversait et les écrasait. Les malheureux n’avaient pas songé qu’en raison du déraillement qu’ils venaient de réparer, le service se faisait en contre-voie entre Ribécourt et Thourotte. D’ordinaire, les trains venant de Paris roulent sur la voie de gauche, ceux du Nord sur celle de droite.
En entendant le sifflet, les cantonniers marchaient irrégulièrement sur la voie, sans une fatale inspiration. Le mécanicien du train 38 avait entendu un cri. Il fit arrêter la machine, et les employés de Thourotte accoururent. Un affreux spectacle s’offrit à leurs yeux. Une victime, ayant été traînée par le chasse-pierre de la locomotive, n’était plus qu’une épouvantable bouillie humaine. On courut à cent mètres en arrière, et l’on y trouva trois cadavres et deux blessés. On juge de l’inquiétude des voyageurs qui se trouvaient dans le train, en voyant les allées et venues des employés. Ils voulaient descendre dans l’obscurité sur la voie, où l’on avait toutes les peines du monde à les faire rentrer dans les wagons. Enfin, le train repartit et marcha sur Compiègne, pendant que les cadavres et les blessés étaient rapportés à Thourotte. Une enquête est ouverte pour connaître les causes et les responsabilités de cette catastrophe. Le procureur de la République, le juge d’instruction de Compiègne, l’inspecteur en chef de la Compagnie du Nord, se sont rendus sur le théâtre de l’accident, le lendemain matin.
Les obsèques des victimes de l’accident de Thourotte, Picard père et fils, et Olivier, Émile, ont eu lieu mercredi matin, à dix heures, à Longueil-Annel. Le service a été dit par M. l’abbé Bernard, curé, qui ont été déposés dans la même fosse. La quatrième victime, Bernard, a été inhumée à Thourotte. Les deux blessés, Monlant et Bonnard, sont hors de danger. Une souscription en faveur des victimes et de leurs familles est ouverte dans les bureaux des deux journaux de Compiègne.
La Charente édition du 16/02/1879
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4644490c/f3
- BERNARD Alphonse Ambroise François
- OLIVIER Louis Pierre Ernest
- PICART Baptiste Augustin
- PICART Joseph François
