Le Républicain du Tarn, édition du 29 septembre 1878
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t535449393/f3
L’ACCIDENT D’AINGERAY
Nous avons annoncé qu’un grave accident de chemin de fer était arrivé près de Toul.
Voici, sur cette catastrophe, les détails les plus complets :
Le train direct no 39, qui part de Paris à huit heures trente-cinq du soir, à déraillé ce matin vers quatre heures, à la hauteur de la commune d’Aingeray, entre la station de Fontenoy et celle de Liverdun. A Commercy, la vérification des bandages des roues avait été faite avec le soin accoutumé. A Toul, le train ne présentait rien d’anormal. IL était remarqué par deux locomotives qui traînaient quatorze wagons. Il marchait à la vitesse réglementaire des trains express, lorsqu’en face du poteau kilométrique 339, le bandage de la septième voiture se rompit. Le wagon, qui est allemand et qui fait le service entre Paris et Vienne, a été aussitôt projeté en dehors de la voie. Il entraîna dans son déraillement cinq autres voitures qui poursuivirent sur le ballast une course folle dans un parcours de quatre à cinq cents mètres, Un des wagons déraillé rencontra un ponceau; il arracha deux mètres du parapet fût projeté, toit en terre et roue en l’air, au fond du remblai. Un autre wagon fut littéralement broyé. Les locomotives et les wagons restés sur la voie s’arrêtèrent alors. Le bruit causé par la rupture et la chute des wagons fut entendu à Aingeray. Tous les habitants se levèrent en sursaut et accoururent, le maire en tête, sur le lieu du sinistre. Ils procédèrent à un premier déblaiement. Ils relevèrent les voyageurs enfouis sous les décombres et leur donnèrent les premiers soins avec un dévouement auquel on ne saurait trop rendra hommage. En même temps, une des locomotives se détachait et venait chercher du secours à Nancy.
La catastrophe été cruelle: deux morts, neuf blessés, tel est le bilan de ce terrible déraillement.
Les deux morts sont MM. Emile SIMON, négociant en cuirs à Barr (Alsace), âgé de 28 ans, et Georges KUEGLER [KUGLER], oncle du précédent, âgé de 61 ans, marié et père de deux enfants.
Les blessés sont au nombre de neuf:
Mme Dreyfus et M. Dreyfus de Strasbourg,
Mme Berger de Munich,
M. Karl Hallmayer de Stuttgard,
M. Charles Simon de Soultzmatt,
M. Sehober de Munich,
M. Gunzenhauser de Farth, député au Reichstag,
Mme Sée de Colmar,
Mme Nathan de Farth.
Presque toutes les blessures sont de simples contusions et ne mettent pas en péril la vie des voyageurs. Les autres personnes assez nombreuses qui étaient dans le train sont revenus à Nancy saines et sauves. La plupart étaient néanmoins dans un état d’émotion facile à comprendre. Le spectacle que présentait la voie après l’accident était sinistre. Ce n’était que débris informes, entassés les uns sur les autres. Grâce à l’activité des agents de la Compagnie, la circulation sur la voie de droite a pu être rétablie dès six heures du matin. Elle n’a été reprise qu’à midi sur la voie de gauche. Un des voyageurs descendus à Nancy nous déclare qu’il est tout étonné d’avoir conservé sa raison. Les secousses qui ont précédé la chute finale ont été formidables. Le train qui a déraillé ne prend pas de voyageurs pour Nancy; ce qui explique pourquoi les victimes sont toutes étrangères à notre département. Il suit à quelques minutes, le train poste qui arrive à Nancy à quatre heures du matin, qui est entré, aujourd’hui, en gare à l’heure ordinaire.
