Mise à jour du 20/07/2026 – Ajout de la liste des blessés
Courrier de Rennes, édition du 10 mars 1877
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k83566865/f2
Un terrible accident est arrivé lundi soir sur ligne de l’Est, à la station de Gagny, située à 14 kilomètres de Paris.
Le train-poste n° 37, partant de Paris à sept heures cinquante, en arrivant à la gare de Gagny, est venu heurter un train de marchandises. Par suite d’une erreur d’aiguille, ce train, qui manœuvrait à reculons, avait changé de voie et se trouvait sur une ligne d’évitement lorsque le train-poste l’a pris en écharpe. Le choc a été épouvantable. La locomotive, complètement défoncée, a été rejetée sur le côté; tous les wagons se heurtant, se refoulant les uns les autres, se brisèrent avec fracas. En quelques instants, le train tout entier n’était plus qu’un amas de débris.
Des cris déchirants partaient de tous les wagons. Le chef de gare de Gagny, aussitôt prévenu, organisa les secours Le médecin de Gagny fut appelé en toute hâte; d’autres médecins ne tardèrent pas à arriver de Paris, et, aidés des habitants du village, ils procédèrent au sauvetage des infortunés voyageurs.
On retira des décombres dix sept blessés. Dix d’entre eux, les plus maltraités, furent transportés chez le sieur Renaud, restaurateur, dont la fille soigna ces malheureux avec le dévouement d’une Sœur de Charité.
Deux de ces infortunés sont morts dans ses bras au milieu d’atroces souffrances. L’un d’eux, grièvement blessé à la tête, n’expira qu’à quatre heures du matin. L’autre, un jeune homme d’une trentaine d’années, tout plein de force et de santé, avait la jambe écrasée ; le tibia, complètement arraché, était horrible à voir. De cette plaie béante le sang s’échappait à flots; évidemment plusieurs artères avaient été déchirées, car on ne parvint pas à arrêter l’hémorragie. Le malheureux, la figure crispée, les yeux. hagards, se cramponnait au cou de la courageuse jeune fille, qui pansait sans faiblir ses plaies atroces.
— Ma petite dame! ma petite dame! ayez pitié de moi! ayez pitié de moi! criait la pauvre victime.
Ce ne fut qu’après douze heures de la plus épouvantable agonie que cet infortuné rendit le dernier soupir.
Nous avons vu les corps de ces pauvres gens étendus chacun sur un matelas dans la salle de billard. Leurs visages portaient l’empreinte des horribles souffrances qu’ils avaient subies. Sur leur poitrine reposait an crucifix placé là par quelques mains pieuses ; près d’eux, deux bougies allumées éclairaient d’une lumière lugubre ce navrant tableau.
Ce ne sont pas malheureusement les seuls morts que nous ayons à déplorer. On a trouvé deux autres cadavres encore. L’un d’eux n’a été découvert que dans l’après-midi d’hier. C’était celui d’une pauvre femme d’une soixantaine d’années, qui avait été littéralement enfouie dans le sable.
La tête et tout le haut du corps étaient ensevelis sous les décombres. Les jambes seulement sortaient de terre.
Quand on parvint à retirer ce corps mutilé, il n’avait plus forme humaine ; ce n’étaient que d’horribles débris qu’on enveloppa dans un morceau de toile pour les placer dans un fourgon.
Les autres voyageurs ont été plus ou moins grièvement blessés.
Par un véritable miracle, le chauffeur et le mécanicien du train-poste n’ont été nullement atteints. Le chef de train a été sérieusement contusionné, mais son état n’inspire aucune inquiétude.
Les victimes :
Liste des blessés :
HELLOT, coupeur chemisier, rue Birette, à Reims — blessé grièvement à la tête.
LEVALLEY (Jacques), chapelier, rue Saint-Thomas, à Reims — forte contusion au côté.
RENAUDEAU, caporal au 91ᵉ de ligne.
NOËL, à Villiers-la-Chèvre, près Comps-la-Grand’Ville.
Mme SAYÉ, à Maugrème, près Longuyon.
Mme VIGNON, à Brouesne-Bretonnois.
BENIN, soldat au 45ᵉ de ligne.
CHENIER, 177, rue du Temple, à Paris.
Mlle Léonie MIVOIS, place Couture, à Reims.
Mme DANGEVILLE, à Coupalon, près Fontoy (Meurthe). (+)
NINGRES, négociant à Toulouse.
Mère de NINGRES (Mme NINGRES).
FESSIER, à Reims, rue de l’Esplanade. (+)
POULAIN, à Rouen, rue des Charrettes. (+)
H. MARTIN, 15, rue du Cointre, à Reims.
Mlle Léontine MARTIN, sa fille.
