1872 – Le pont de Brague, s’écroule suite à des pluies diluviennes

Journal de Villefranche, du 27 janvier 1872
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t53820302x/f2

Nouvelles Diverses
ACCIDENT DE CHEMIN DE FER
— La compagnie de Lyon reçoit ce matin la dépêche suivante du chef de gare d’Antibes; elle s’empresse de la communiquer telle quelle aux journaux, et ne manquera pas de publier les renseignements plus précis qui lui parviendront plus ultérieurement :
« Pont de Brague, kilomètre 206, emporté par les eaux. Je suis allé sur les lieux pour arrêter train 492. Impossible de passer et route inondée, placé trois hommes agitant signaux pour prévenir accident. Impossible communiquer par télégraphe. Malgré ces précautions, train arrivé à toute vitesse, tombé dans le torrent; organise secours;vous aviserai du suivi. »
Le pont de Brague est situé tout près d’Antibes. Le train 492 est un train de banlieue, entre Menton et Cannes, qui part de Nice à 5 h. 50 m. du soir, et passe à Antibes à 6 h. 27 minutes. L’événement a donc dû se produire à la tombée de la nuit.
Une dépêche de Nice, 25 janvier, nous donne les détails suivants :
Hier le train n° 492, parti d’ici à cinq heures du soir, a été précipité dans un cours d’eau, par suite de la rupture du pont de Brague, près Antibes. On connaît 6 morts, dont le mécanicien et le chauffeur. Le conducteur du train et dix voyageurs sont blessés. Sept voyageurs n’ont reçu aucune blessure.
Le train contenait 14 voitures et environ trente voyageurs. La machine et 10 voitures ont été brisées, et 4 sont restées sur la voie.

Le Petit Journal, édition du 28 janvier 1872
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5913550/f3

La Catastrophe du Pont de Brague

Le pont de Brague est jeté sur un torrent de ce nom qui n’a, en temps ordinaire, que les proportions d’un ruisseau, mais que la fonte des neiges d’hiver a tout à coup démesurément grossi. Il est bâti sur gravier; aussi, afin de prévenir tout accident, la compagnie avait-elle eu soin de faire multiplier les arches. Sur une longueur de quatorze mètres, ce pont n’en comptait pas moins de quatre. Il était, en outre, précédé et suivi d’un solide remblai de deux kilomètres. Il est probable que des affouillements se seront produits dans le terrain sous l’influence du courant.
La catastrophe, ainsi qu’on vient de le voir, a été causée par l’inondation des plaines côtoyant le torrent, et qui avait déjà ébranlé les talus et les culées du pont. La voie n’était pas atteinte, et la circulation des trains continuait sans paraître compromettre la sécurité. Le train express venait de passer et avait dû donner au pont une certaine secousse. Ce fut trente-cinq minutes après, environ, que l’écroulement fut constaté.
On frémit à la pensée des conséquences de cet accident s’il fût arrivé à un train venant de Paris, qui porte ordinairement de soixante à quatre-vingts personnes.
Le chef de gare d’Antibes, qui avait été prévenu de la destruction du pont, s’était immédiatement porté sur ce point avec tout son personnel, espérant prévenir une catastrophe;mais, séparés du train qui venait de Menton par une plaine de quatre kilomètres de large entièrement inondée, ils firent, au moyen de feux, des signaux inutiles.
Des secours ont été organisés sur les lieux, par le chef de gare d’Antibes et par les habitants de l’autre rive. Plusieurs centaines de travailleurs ont été requis par l’autorité, et on a procédé au sauvetage. Le chef de gare de Marseille, prévenu par le télégraphe, est accouru avec l’inspecteur divisionnaire sur train de secours.
Les corps du mécanicien et du chauffeur ont été retrouvés affreusement mutilés.
Il reste encore neuf personnes qu’on n’a pu retrouver, et qui ont été sans doute englouties dans le torrent.
Hier matin, un train spécial a emporté de Paris l’ingénieur de la voie et l’inspecteur principal de la compagnie.
La plaine qui traverse le torrent de la Brague a, comme nous l’avons dit, une largeur de quatre kilomètres, et se trouve presque au niveau de la mer. Il est donc à craindre que l’évacuation des eaux ne se fasse lentement et n’entraîne une interruption de service de quelque temps. La Compagnie de Lyon a pris toutes les mesures pour qu’il soit procédé aussitôt que le terrain le permettra à la reconstruction d’un pont de service en bois, après quoi on reconstruira le pont de pierre.
Une dépêche de Vence annonce que Mme Damoreau-Cinti, MM. Laussel et Bourri, qu’on avait crus tués, sont sauvés sans avoir reçu la moindre blessure.
D’après cette dépêche, il n’y aurait pas d’autres morts que les six qu’on a déjà retrouvés.
Les trains s’arrêtent momentanément à Cannes, il faudra au moins quinze jours pour rétablir les communications qui se font en ce moment par transbordement.
La compagnie de Paris Lyon Méditerranée nous adresse la communication suivante :
Dépêche arrivée à la compagnie de Lyon dans la journée sur les conséquences de l’accident de la Brague.

Morts :
– Voyageurs :
MM. Lallemand, receveur des douanes à Golfe-Juan [Jean Baptiste Désiré ALLEMAND]
une femme emportée par les eaux, non retrouvée;
deux inconnus (une femme non identifiée) [enregistrée inconnue à l’état-civil de Nice, décédée le 24/01/1872 à Nice (06) – Acte No 185 page 47/498 ]
et [Luc MAZZUCCO]

Concernant Luc Mazzucco, ses racines sont italiennes, je n’ai donc pas fait de recherches conformément à mon plan de travail, je donne toutes les informations que j’ai pu trouver.
N’hésitez pas à compléter. (Commentaires ou message – Merci)

– Agents :
MM. Crevaulin, mécanicien [Désiré Philomène Antoine CREVOULIN]
Labran, chauffeur [Jean Baptiste LIBAUD]

Blessés :
MM. Aussel, d’Antibes;
Pisquini et Carbet, de Nice;
Rebourg et Pandrean, de Cannes;
Mmes Galve et Kyne, de Nice;
Pidat, de Cannes;
Fourgeas, d’Antibes;
M. Piaulan, conducteur chef.

Les quatre arches du pont de la Brague ont été emportées. Le service, suspendu hier, entre Cannes et Nice, doit être rétabli aujourd’hui, au moyen d’un transbordement.
La compagnie s’occupe activement de l’installation d’un pont de service, qui permettra le passage des trains.

Le Guetteur de Saint-Quentin et de l’Aisne
28 janvier 1872
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1852540b/f3

Nice, 25 janvier
Dans la catastrophe du pont de Brague, il y a eu 20 morts; six personnes se sont sauvées miraculeusement par les portières.
La circulation de la ligne, en cet endroit, est interrompue pendant environ trois semaines, et le service se fera par transbordement.
Le général Daudel a visité les blessés apportés à Nice.
Mme Cinti Damoreau et M. Laussel, violoncelliste, qui allaient donner un concert à Cannes, sont parmi les noyés.
Les fils télégraphiques entre Marseille et Nice ont été brisés par la tempête, et la transmission se fait par Turin.

L’Impérial du Nord
28 janvier 1872

Une dépêche annonce que les musiciens sont sains et saufs

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