1872 – La locomotive du train-poste No 12 explose près d’Angerville.

Le Temps, édition du 24 juin 1872
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k225050z/f2

FAITS DIVERS
La Compagnie d’Orléans nous adresse les renseignements suivants:
« Ce matin 22 juin, la chaudière de la machine qui traînait le train-poste no 12 venant de Nantes et de la Rochelle, et se dirigeant vers Paris, a fait explosion au poteau 75, près Angerville.
Le chauffeur a été tué [Jean Auguste Félix CHABOT] , et le machiniste légèrement blessé.
Le train a déraillé; les voyageurs n’ont éprouvé heureusement qu’une forte secousse, et sont arrivés à Paris avec quatre heures de retard. »
Il résulte de nos renseignements particuliers que le sinistre inexplicable qui a eu lieu sur le chemin de fer d’Orléans à Paris, est dû à l’explosion de la chaudière, accident très rare, surtout en France où notre matériel est plus qu’ailleurs établi avec soin et avec du métal méticuleusement contrôlé. La machine qui a fait explosion avait été tout dernièrement remise à neuf. Rien donc jusqu’ici ne motive l’accident et les causes en sont encore ignorées.
C’est à trois heures et demie du matin que l’explosion a eu lieu. Le train poste no 12, venant de Nantes et de la Rochelle, arrivait sur Paris et traversait à l’heure réglementaire, 3 h. 30 m. la station de Toury à Angerville, lorsque l’effroyable détonation s’est fait entendre, à la hauteur du poteau télégraphique 75, entre le village de Boisseaux et à 1,500 mètres d’Angerville. – Clic –

La locomotive a sauté avec le tender. La locomotive éventrée, est retombée sur la voie les roues en l’air, et le tender a été jeté de côté pendante sur le talus. A leur place respective, l’un a gauche, l’autre à droite, renversés, l’un tue sur le coup, l’autre vivant encore, ont été trouvés le chauffeur et le machiniste. On creusait le sol pour dégager le tender, lorsqu’à apparu la tête ballante du chauffeur. Il avait un énorme trou à la joue, la tête était presque détachée; il doit avoir été frappé par un éclat. Le machiniste vivait encore; on l’a retiré avec beaucoup de peine. Il a été sauvé par le siégé en bois qui était près de lui sur la locomotive.
On a cru d’abord qu’il avait les jambes brisées. Son cas paraît être plus grave, et l’on croit maintenant qu’il a eu l’estomac et le ventre écrasés. On l’a lavé avec soin, et dès qu’il a été touché par l’eau à la poitrine, sa sensibilité s’est réveillée, et il a jeté un cri terrible. C’est alors qu’on s’est aperçu de l’affaissement des parties médiaires du corps. On l’a transporté à la station d’Angerville, et il a été aussitôt réclamé par un de ses parents dans le voisinage.
L’explosion a été très violente et a rappelé les détonations d’obus de grande dimension auxquelles le bombardement nous a accoutumés à Paris. Les éclats ont été projetés à plus de cent mètres des deux côtés de la voie qui, sur ce point, est élevée sur un talus très haut, c’est ce qui a évité les retours de débris et les chocs par réfraction. Les poteaux télégraphiques ont été ébranlés et les fils ont été brisés, les godets jetés au loin. Le train a déraillé, les rails, les traverses ont été rejetés du sol, le terrain fouillé profondément, tous les environs sont labourés par les éclats et les débris.
Le wagon-poste a eu ses vitres brisées et sa partie de devant a été grièvement écornée et défoncée; un des coussinets de l’avant a été démonté. Les voyageurs, la secousse à part, et elle a été formidable, n’ont reçu que des contusions. Nous n’avons vu que trois blessés, notamment une jeune fille qui a été atteinte en deux endroits du front.
Le sauvetage s’est opéré sans difficulté. MM. Solacroup, directeur de la compagnie d’Orléans, Didion administrateur délégué, Lauras, secrétaire général, ainsi que l’inspecteur général du mouvement, sont bientôt arrivés. Ils ont été presque immédiatement suivis par les membres du parquet, reconnaissables à leur tenue officielle et à leur cravate blanche. Ces messieurs sont rentrés à Paris par le train de cinq heures du soir, arrivé à Paris avec un retard de deux heures.
Les premiers trains ont éprouvé un retard plus considérable, et ils n’ont pu se réorganiser qu’après plus de quatre heures; ceux de la fin de la journée ont eu un retard de moitié moindre. C’est à midi que les dépêches du train poste ont été remises au train qui lui a succédé. Tout dès lors a marché à peu près régulièrement.
On a immédiatement opéré le déblaiement; on s’est occupé a jeter de côté la locomotive soulevée avec des crics, et on a réparé à mesure la voie, replacé les traverses et les rails; on a redressé les poteaux, installé les godets et joint les fils télégraphiques.
Pendant ce temps, le service s’est aussi organisé. Les trains venant d’Orléans s’arrêtaient au delà de Boisseaux; on transbordait les effets; les voyageurs traversaient le talus, à côté du lieu du sinistre, et retrouvaient, au delà, des trains qui marchaient d’Angerville à Paris, et vice versa, en faisant la navette.
M. Jules Simon, qui allait à Blois, a dû s’arrêter et traverser tout le terrain bouleversé par la catastrophe.
De tous les environs sont arrivés des travailleurs, des vivandiers, et, à midi, on eût dit une foire. En travers des deux voies, la locomotive sur le flanc, ses roues en l’air et soulevée par des crics, étalait ses innombrables tuyaux et ressemblait à un mastodonte éventré. Sur le sol traînaient encore les morceaux de la blouse du chauffeur et son chapeau. Sur quelques débris de charbon, près du tender brisé, on apercevait le sang du malheureux mutilé.
Le service depuis hier s’est rétabli et doit
être entièrement régularisé aujourd’hui.
En passant à Juvisy, sur notre train démesurément allongé, nous avons pu voir les travailleurs occupés à réparer le déplorable accident qui a précédé à si peu de distance la catastrophe d’Angerville. Sur les côtés de la voie on aperçoit à droite et à gauche, sur divers emplacements, les fers, les bois, les roues, tous les débris des wagons et des locomotives qui ont été entièrement brisés dans le dernier désastre.
Les travailleurs complètent la réparation à peu près terminée en ce moment. Le sinistre d’Angerville a été bien moins considérable.

 

Le Petit Journal, édition du 24 juin 1872
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5915034/f3
NOUVEL ACCIDENT SUR LA LIGNE D’ORLÉANS – Clic –

La Compagnie du chemin de fer d’Orléans vient d’être affligée d’un nouveau sinistre. Hier matin, le train-poste n° 12 était lancé à toute vapeur entre Toury et Étampes. Au moment d’arriver à la station d’Angerville, la chaudière a fait explosion. Le mécanicien et le chauffeur ont été tués; le chef de train a été précipité sur la voie et n’a pas tardé à expirer. Quatre voyageurs ont reçu des contusions plus ou moins graves. Le train poste n° 12 part de Poitiers à onze heures du soir et arrive d’habitude à Paris à cinq heures du matin; il passe à Étampes à quatre heures et demie. C’est donc vers quatre heures que ce terrible accident est survenu. Le train n’est arrivé à Paris qu’hier après midi. A demain les détails.

D’après Wikipédia, le mécanicien serait décédé, pour le moment rien ne permet de le confirmer. Dans un article de journal, il est écrit qu’un membre de sa famille du voisinage à demander à l’emmener.
Pas très clair de savoir si on parlait de la personne ou du corps.
Rien n’a été enregistré à l’EC d’Angerville

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