1871 – Face à face mortel à Fougeray-Langon

Journal des débats politiques et littéraires
6 mars 1871 – page 3/4
L’accident de Fougeray-Langon

— On lit dans le Journal de Redon :
Dimanche dernier a eu lieu, à environ douze cents mètres de la gare de Fougeray-Langon, une collision entre le train 3 venant de Rennes et le train 28 parti de Redon. L’accident est arrivé vers six heures du soir, au milieu d’une courbe, en face des dernières maisons de Langon.
La rencontre a été terrible; les deux locomotives se sont brisées; celle du train de Redon est le plus endommagée; le tender est venu se placer sous le foyer, brisant, cassant toutes les parties essentielles, en se détruisant lui-même. L’autre machine semble s’être relevée de l’avant pour se reployer sur elle-même.
Le train de Redon a le plus souffert; on compte 6 morts et 24 blessés. Le train de Rennes avait en tête plusieurs wagons de chevaux; les premiers wagons ont été broyés, et les autres, suivant leur impulsion, sont venus s’entasser jusque sur les machines. On a vu un de ces wagons au sommet de ces informes débris; il ne restait guère que le plancher, mais les chevaux n’avaient aucun mal et on a pu les sauver.

La cause de l’accident, on la connaît. Le chef de gare de Langon a oublié dans un instant fatal, court comme un éclair, qu’il devait attendre le train de Redon. Il avait lui-même télégraphié : « Expédiez train 28; je garde train 3. »
Mais une préoccupation quelconque, une question relative à l’armistice, dit-on, vient distraire son attention, et il donne le signal du départ !… et quelques minutes après un malheur venait déjouer les précautions les plus prudentes.
Nous avons vu le lieu de l’accident, c’est un triste spectacle. Huit voitures ont été broyées, amoncelées sur la voie et sur le talus, avec leur chargement, quantité de barils de beurre, des paniers de poissons, des caisses éventrées, des cadavres de chevaux, des ballots divers.

Listes des victimes — Clic —

Maret, mécanicien [Michel Émile MARAIS]
Deloffre, conducteur [Modeste François DELOFFRE]
Charles Verdelet-Lamarre, au 1er régiment de marche du Calvados [Charles Adolphe VERDELET-LAMARE]
Louis Lesourd, mobilisé de la Sarthe [Louis François LESOURD]
Désiré Lefebvre, au 15e d’artillerie [Désiré François LEFEBVRE]
Jean Martin, artificier au 15e d’artillerie [Jean MARTIN]

Liste des personnes blessées — Clic —

Auguste Bernard, 5e chasseurs à pied, contusions peu graves.
Barthélemy Deschavanet, 1er régiment d’infanterie de marine.
Mme Joséphine Poitier, de Melun, plaie contuse à l’œil gauche et contusion à la jambe. Peu grave.
Anna Bonno, fille de la précédente, plaie à la joue gauche, mais sans gravité.
François Yon, mobile des Côtes-du-Nord, 3e bat., 5e comp., contusion grave du bassin.
Adolphe Gisal, chauffeur, plaies contuses multiples, brûlures graves.
Xavier Lagarde, 8e chasseurs à pied, contusions peu graves.
François Burlat, 26e de ligne, contusions.
François-Marie Marcadec, 30e de marche, contusions à la jambe et à la figure.
Joseph Esnaud, mobilisé du canton de La Gacilly. Plaie au menton, sans aucune gravité.
Louis Berthet, compagnie du génie des Ardennes de Vitré. Peu de gravité.
Jean Bol, 75e de ligne. Plaie à la jambe droite, sans gravité.
Bailly, chauffeur, fracture de la jambe gauche et de la clavicule droite.
Eugène Leté, mobilisé de la Manche, contusions sans gravité.
Pierre Muller, 23e de ligne, contusion à la jambe gauche, plaie à la tête, sans gravité.
Louisinière Ergot, négociant à Rennes, brûlures très étendues, mais peu profondes.
Henri Broux, 5e chasseurs à pied, plaies au genou et à la jambe gauche, peu graves.
Alexandre Bellache, 7e d’artillerie, contusions sans gravité.
Julien Landreux, 5e chasseurs à pied, contusions, plaie à la lèvre, sans gravité.
Francis Demay, mécanicien, contusions. Ruche, conducteur, contusions.
Serre, chef de train, fracture du bras gauche.
Mme Huë, femme du chef de gare de Bourgtherould (Eure), contusions à la joue sans gravité.
Bideau, aérostier militaire, peu de chose.

Dernières nouvelles de l’accident, La France, édition du 10 mars 1871 (page 5/5) — Clic —

— Voici de nouveaux détails sur l’accident du chemin de fer de Redon, près la station de Fougeray-Langon.
Le chef de gare, avait été averti que le croisement des trains, qui devait se faire d’abord à Avessac, aurait lieu à la station de Fougeray-Langon. Cet oubli fatal a déterminé l’arrestation de cet employé.
Voici les noms des employés tués ou blessés :
Train n° 28, venant de Redon : MM. Demé, mécanicien, blessé légèrement à la tête et contusionné; Gissalin, chauffeur, contusionné; Ruch, agent de dédoublement des trains, contusionné; Serre, conducteur, chef de trains, bras droit fracturé.
Train n° 3, venant de Rennes : MM. Marais, mécanicien, tué; Bailly, chauffeur, deux jambes broyées; Deloffre, conducteur chef de train, tué.
Trois employés seulement, MM. Corbin, conducteur d’arrière du train 20, Dauvergne et Fallet, conducteur du train n° 3, ont eu le bonheur d’échapper au danger. Aussitôt après la collision, dans un moment où la panique était effroyable, ils ont eu la présence d’esprit d’empêcher les voyageurs placés dans les voitures épargnées de se précipiter par les portières et pour dégager des décombres amoncelés les blessés et les morts.
Un des militaires tués a eu la tête coupée diagonalement par le milieu; la moitié supérieure du crâne n’a pu être retrouvée.
Un négociant de Rennes, M. Hergault-Losinière a été jeté sous une des locomotives et brûlé assez gravement par la vapeur.
Le train venant de Redon compte le plus de victimes; dans le train de Rennes, composé de 18 voitures, ce sont la locomotive et les premiers wagons chargés de chevaux qui ont été écrasés.

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