Le Progrès libéral
édition du 12 octobre 1870
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t51032049v/f3


Accident du chemin de fer de Rouen.
Le Journal de Rouen publie les détails suivants sur le terrible accident du chemin de fer d’Amiens, que le télégraphe nous a signalé :
Un affreux accident est arrivé pendant la nuit de lundi à mardi, vers minuit, sur le chemin de fer d’Amiens, près Critot.
Un train, dans lequel se trouvait 360 chasseurs à pied se rendant de Boulogne à Rennes, a butté contre le talus d’une voie de garage, où la fausse manœuvre d’un aiguilleur l’avait engagé. Il y a eu 12 morts et 103 blessés.
Ce déplorable événement est arrivé peu de temps après le passage devant la gare de Buchy.
Le choc a été épouvantable; les wagons, poussés par la force d’impulsion, montaient les uns sur les autres jusqu’à une grande hauteur, entassant les morts et les blessés.
La chaîne des dernières voitures, auxquelles était attaché le wagon des cartouches, s’est heureusement rompue. Les hommes qui les emplissaient ont été sauvés, et n’ont reçu que de fortes contusions.
Un mouvement opéré par la locomotive, au départ d’Amiens, a prévenu un malheur encore plus grand. Cette locomotive avait jusque-là marché, précédant presqu’immédiatement le wagon des cartouches. Jetées sur la locomotive, elles eussent produit, sans nul doute, une explosion qui pouvait anéantir le convoi tout entier.
Au départ d’Amiens, la tête du convoi était devenue la queue, et la locomotive se trouvait ainsi séparée des cartouches de toute la longueur du train.
Mais, pour n’avoir pas été aussi épouvantable qu’il pouvait être, l’accident n’en a pas moins été terrible.
Rien ne saurait rendre l’effet produit par l’amoncellement de ces wagons remplis de malheureux blessés poussant des cris déchirants. La nuit était profonde; les quelques soldats épargnés étaient sous le coup d’une effrayante commotion. Le chef du train était tué, et personne ne savait où aller chercher du secours.
Les moins maltraités coururent au prochain village, mais, à leurs cris, on crut d’abord à la présence des Prussiens, et ils eurent quelque peine à faire comprendre leur situation. Dès que l’on sut de quoi il s’agissait, on s’empressa de se joindre à eux pour secourir les victimes de l’événement.
La triste nouvelle parvint assez promptement à Rouen. Aussitôt l’administration de l’Hospice-Général prit toutes les dispositions nécessaires.
MM. les docteurs Jules Hellot, Delafosse, Hellot fils et Ballay se rendirent à l’hospice, pendant que MM. les docteurs Gressent et Gaillard, appelés par l’administration du chemin de fer, se dirigeaient sur Critot.
Un train spécial apporta, vers le commencement du jour, 75 blessés et les corps de 11 malheureux qui avaient été tués. Dans la journée, un douzième blessé a succombé.
Les chirurgiens de l’hospice ont prodigué avec le plus grand zèle leurs secours aux malheureux blessés, qui étaient presque tous très-gravement atteints. L’un d’eux avait à la fois une fracture de la cuisse et une luxation de la hanche.
Voici à peu près, sauf les contusions plus ou moins fortes, comment se répartissent les blessures :
10 fractures de cuisse, 7 fractures de jambe, 1 écrasement du pied qui a motivé l’amputation, 3 fractures de bras, 4 des clavicules, 10 plaies de tête.
28 autres blessés ont encore été apportés à l’Hospice-Général hier au soir, vers huit heures.
Pour en savoir plus :
Histoire des Chemins de fer français au temps de la guerre franco-prussienne
par le Baron ERNOUF
Paris 1874
page 133 et suite
Impressions et Souvenirs d’un jeune invalide
La Revues des deux Mondes
Tome XCIII – Mars 1872
page 879 à 901
Signé : F de G (Fernand de Gévrie)

Vingt ans plus tard, un monument sera érigé en mémoire de l’évènement.
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Critot_(Seine_Maritime)._Monument_aux_soldatsvictimes_d%27un_accident_ferroviaire_en_1870.jpg
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Un fascicule de 1890, sera venu 0,50cts au profit du monument. (Disponible sur Internet)
Catastrophe de Critot
nuit du 3 au 4 octobre 1870
Imprimerie Nouvelle Paul LEPRETRE
75 Rue de La Vicomté
Rouen
Nous ne trouverons pas d’acte de décès à Critot pour les soldats. Ils ont été déclarés à l’état-civil de l’hospice de Rouen.
A Critot, figure seulement un acte en marge, qui passe presque inaperçu, constatant le décès du conducteur du train.
La liste des soldats inscrits sur le monument commémoratif
- AUDIBERT Joseph Marius
- CARTRY Pierre Joseph Guislain
- COHU Ambroise
- FRANCOIS Romain
- DURAND Elie
- DURAND Pierre
- GRELOT Prosper Célestin
- HAUTEMULLE Henri Adrien
- HEUZÉ Jean Jacques Alphonse Ferdinand
- LEPICIER Jules
- MOREAU Jean Baptiste
- SAUGON Jules Gustave
- VALANCHON Alfred Joseph
- VIMONT Paul Joseph
Les suites judiciaires *** Cliquez ici ***
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