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Le Mémorial de Loire et de la Haute-Loire, 15 décembre 1870 page 3/4

Riom Journal du 18 décembre 1870 en page 4/4
FAITS DIVERS.
— Voici des détails sur l’accident de chemin de fer survenu mardi dernier, et dont on avait exagéré de beaucoup les conséquences. Nous les trouvons dans l’Avenir de la Haute-Loire : Un grave accident est arrivé mardi dans l’après-midi sur la ligne de Brioude à Alais, entre les stations d’Alleyras et de Chapeauroux, à un kilomètre environ de celle-ci, par suite de la rencontre du train n° 722 venant d’Alais avec un train spécial de soldats malades ou blessés, venant d’Arvant et se dirigeant sur Nîmes. Une seule personne a péri ; son identité n’a pu être encore parfaitement constatée : il y a tout lieu de croire que c’est un garde mobile des environs du Puy. Malheureusement le nombre des blessés est considérable il s’élève à 37, sur lesquels on compte 35 militaires et deux employés de la compagnie, le conducteur du train spécial et un mécanicien.
Nous ne pouvons encore donner de détails précis sur ce lamentable événement ; il est difficile de croire que sur un chemin de fer à une voie, une collision puisse avoir lieu entre deux trains sans une imprudence grave ; l’information commencée immédiatement sur les lieux par l’autorité judiciaire permettra sans doute de découvrir les agents responsables de ce désastre. Voici quant à présent tous les détails qui nous sont parvenus : Le train 722 est arrivé à Chapeauroux avec un retard considérable sur sa marche réglementaire ; à peine était-il reparti de cette station et avait-il dépassé le magnifique viaduc de 28 arches jeté sur le ruisseau de Chapeauroux, qu’il a été heurté par un train spécial également en retard sur l’heure pour laquelle il était annoncé.
Le conducteur du train 722 avait eu le temps de renverser sa vapeur et de ralentir sa marche, ce qui a atténué de beaucoup les conséquences de la collision, et ce qui explique aussi pourquoi les voyageurs du spécial ont seuls été blessés ; il est encore relativement heureux que la rencontre ait eu lieu dans une partie de chemin découverte : un grand nombre de voyageurs se sont élancés sur le talus qui domine en cet endroit l’Allier, tandis que à quelques pas de là, sous un tunnel, le choc eût eu des conséquences épouvantables.
Le théâtre de l’accident présentait un spectacle lamentable ; les deux locomotives s’étaient brisées l’une contre l’autre ; le tender de l’une d’elles l’avait soulevée derrière et la maintenait en partie suspendue ; six wagons avaient été brisés ; on en voyait un que la violence du choc avait transporté au-dessus du tender de la machine, et, qui arrivé à cette hauteur prodigieuse s’était en partie brisé contre les rochers qui dominent le côté droit de la voie.
Aussitôt après l’accident, les blessés ont été transportés en bateau au village du Nouveau-Monde qui se trouve en face. Ils y ont reçu les soins les plus empressés et les plus désintéressés des habitants, qui tous ont mis à leur disposition leurs demeures et leurs lits. Nous ne pouvons tous les nommer, mais nous nous faisons un devoir de citer au moins M. BARREYRE, entrepreneur, dont la vaste et belle maison a été transformée du haut en bas en ambulance, et qui garde encore chez lui quatre blessés.
Les médecins de Langeac et de Langogne, attachés à la compagnie, sont arrivés dans la soirée et ont procédé aux premiers pansements ; malheureusement, et c’est un devoir de le dire, la compagnie ne paraît pas se préoccuper d’organiser véritablement les secours dans de semblables circonstances : la journée du lendemain se passait sans que les blessés reçussent la visite, à chaque instant annoncée, de ses médecins, abandonnés aux soins généreux des habitants, aidés par un jeune pharmacien de la mobile de Bretagne qui s’était trouvé dans le train et avec ses deux infirmiers. Ce n’est que sur la réquisition de M. le Secrétaire-général, arrivé sur les lieux, en remplacement de M. le Préfet, aussitôt après avoir été informé de l’accident, que les médecins ont dû enfin venir pour lever les premiers appareils. La plupart des blessés ont été transportés chez eux dans la matinée du mercredi, quoique deux ou trois eussent été assez grièvement atteints. Trois militaires sont encore chez M. BARREYRE : l’état de deux d’entre eux paraît grave.
Le train qui a été victime de l’accident de Chapeauroux portait plus de cinq cents hommes qui ont été dirigés sur Montpellier.
Une seule personne a péri ; son identité n’a pu être encore parfaitement constatée : il y a tout lieu de croire que c’est un garde mobile des environs du Puy, il ne sera pas possible de reconnaître ce soldat qui sera inscrit comme inconnu sur l’État-Civil de la commune de Saint-Haon (43)

