— Samedi dernier (le 13 décembre 1845), un accident déplorable est arrivé sur le chemin de fer de Paris à Orléans. Un convoi de marchandises était parti à midi; comme il se trouvait dans les magasins beaucoup de marchandises qui n’avaient pu être expédiées, on jugea convenable de faire partir, une heure après, un convoi extraordinaire; la conduite de la locomotive fut confiée à un chauffeur dont l’inexpérience n’inspirait pas de sécurité; c’était, assure-t-on, son premier voyage sur la ligne. Afin de se prémunir contre toute crainte d’accident, un inspecteur, M. CLAUSEL, était chargé de diriger le convoi. Le devoir de cet employé était de modérer la vitesse, de telle sorte qu’un intervalle toujours égal existât entre les deux convois; malheureusement l’inspecteur ne comprit pas sa mission, et laissa le chauffeur activer le feu outre mesure.
Arrivé à Saint-Michel (Saint-Michel-sur-Orge), le premier convoi s’arrêta pour prendre de l’eau; quelques minutes après, le second convoi, marchant à grande vitesse, arriva au même lieu, et la locomotive vint heurter contre le dernier wagon du convoi stationnaire. Il en résulta un choc violent par suite duquel le chauffeur et son aide furent précipités sur la voie. Ils en furent quittes pour quelques contusions. Malheureusement l’inspecteur voulant éviter le danger, avant la rencontre, sauta à terre, et le contre-coup le jeta sur les rails..La locomotive lui passa, sur le corps et le coupa en deux. Ce triste accident interrompit le service pendant plusieurs heures; le convoi des-messageries, parti de Paris à sept heures du soir, dut attendre que la voie fût complètement débarrassée avant de poursuivre sa route jusqu’à Orléans.
Le Voyageur, édition du 1er janvier 1846
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6218863q/f5
