1861- Un aiguilleur en cause dans l’accident de Saint-Quentin (02)


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Aisne :
Le Temps du 1er novembre 1861
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k221641r/f3

Nous avons à enregistrer encore aujourd’hui de graves accidents, qui se répètent trop souvent depuis quelque temps sur les chemins de fer pour ne pas appeler les sérieuses investigations de l’autorité et les sévérités de l’opinion publique.

On lit dans le Journal de l’Aisne :
On s’entretient à Laon d’un nouvel et terrible accident arrivé sur le chemin de fer du Nord et sur un point entre Erquelines et Saint-Quentin, qu’on ne nous a pas fixé. On parle de deux morts suivant les uns, d’un seul d’après les autres, et de six ou sept blessés parmi lesquels, dit-on, se trouve une dame anglaise qui aurait eu la jambe brisée. C’est une rencontre de deux trains qui aurait occasionné ce nouveau désastre. Si les détails manquent de précision, le malheur n’en est pas moins certain ; car voici les renseignements que le Glaneur nous apporte :

Dimanche, à huit heures dix minutes du soir, un accident est arrivé à la gare de Saint-Quentin. Le train express n° 21 a tamponné la machine n° 635 du train de marchandises n° 301, qui manœuvrait à l’extrémité de la gare, et qui se trouvait sur la voie transversale à l’aiguille n° 2. L’homme d’équipe, qui commandait les manœuvres, a été tué ; le chef de train grièvement blessé, et deux voyageurs légèrement contusionnés. Les deux machines ont été détériorées et les fourgons brisés.

L’enquête ouverte par l’autorité judiciaire a établi que, dans cet accident, il y avait la faute de l’aiguilleur qui n’avait pas fait jouer le disque, et du mécanicien du train de marchandises qui n’était pas sur sa machine pour la manœuvre. Voici les noms des victimes :
Joseph CATRY, âgé de vingt-trois ans, homme d’équipe, tué.
Félix-Jean-Baptiste VIENNE, âgé de trente-quatre ans, chef de train, demeurant chaussée des Martyrs, 31, à Montmartre.
Blessures graves à la tête ; Mme la comtesse ***, âgée de cinquante ans, de Saint-Pétersbourg, et Mlle Fanny CHÜLLER, sa suivante, contusions.

A ces tristes détails un peu sommaires, un habitant de Laon, qui revenait du Nord quelques heures après l’accident, ajoute ceux-ci : Il était onze heures du soir quand, en approchant de Saint-Quentin, on fit arrêter le train où se trouvait notre compatriote. Tous les voyageurs durent mettre pied à terre pour pénétrer dans la gare encore obstruée, et ils défilèrent un à un devant le théâtre du sinistre. Une masse d’ouvriers travaillaient, à la lueur des torches, à désencombrer la voie et n’avaient encore fait que peu de besogne. Les rails étaient soulevés et tordus en divers endroits, surtout entre les deux locomotives, qui étaient séparées l’une de l’autre par un assez large espace, ayant reculé toutes les deux, après avoir reçu l’épouvantable choc dont les témoignages n’étaient que trop évidents.

Chacune des deux machines avait un peu quitté la voie en se jetant l’une à droite, l’autre à gauche, tandis que leurs roues de derrière et leurs tenders étaient restés sur les rails où ils s’étaient incrustés. Sous la locomotive du train de marchandises gisait écrasé et enfoui le corps du malheureux homme d’équipe qui était occupé à désorganiser le train, et qui, voyant arriver l’express, sauta sans doute du marche-pied sur lequel il eût été en sûreté s’il y fût resté, et fut, en sautant, renversé par le choc sous les roues, qui le broyèrent sous leur poids. Ses pieds seuls sortaient de dessous la lourde machine et avaient été recouverts de ballast pour que ce spectacle fût évité aux travailleurs et aux voyageurs qu’on introduisait en gare.

Cette locomotive portait les traces profondes du choc, encore plus apparentes que sur celle qui conduisait l’express. Le tender de cette machine, serré par la locomotive, qui reculait après la rencontre et par le wagon de bagage que l’impulsion emportait et que chassait l’arrière du train express, était entré violemment dans ce wagon de bagage qui avait été enfoncé, broyé de telle sorte que ses parties antérieures et postérieures s’étaient rapprochées, tandis que sa couverture de métal, en se dessoudant, avait été couvrir le tender et la machine. Telle avait été la violence du heurt, que l’arrière du tender et l’avant du wagon avaient quitté le rail et formaient au-dessus de la voie comme un V renversé. C’est dans ce wagon de bagages que le chef de train avait été serré et atteint de blessures graves.



Journal de la ville de Saint-Quentin et de l’arrondissement, 1 novembre 1861, page 2/4

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