1899 – Déraillement de Saint-Marcellin-en-Forez (42)



Le Figaro du 28 octobre 1899
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k284942b/f4


Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 28 octobre 1899 page 3/4
L’accident de chemin de fer de Saint-Marcellin

Nous avons donné hier les premiers renseignements qui étaient parvenus à Saint-Étienne et relatifs à l’accident de chemin de fer survenu à quelque distance de Saint-Marcellin.
Voici des renseignements nouveaux et complets sur ce triste événement.
Avant-hier soir, à 8 heures et quart, un train de marchandises, venant de Craponne, arrivait à quelque 200 mètres de la gare de Saint-Marcellin. Soudain, le mécanicien sentit une violente secousse et aussitôt la locomotive accéléra sa vitesse.
À l’autre bout du convoi, le chef de train ressentit, lui aussi, le contre-coup ; mais constata, au contraire, que le train venait de stopper.
Le mécanicien stoppa et sauta à terre, le chef de train bondit sur la voie et tous deux se précipitèrent vers le milieu du train pour voir ce qui s’était passé.
Bientôt, du reste, une plainte arriva à eux et leur prouva que le mal était plus grand qu’ils ne l’avaient supposé.
D’abord ils virent des wagons déraillés, brisés, enchevêtrés, et des quantités de morceaux de bois entassés, puis, se guidant aux cris de douleurs qu’ils avaient perçus, ils cherchèrent le blessé probable qui les avait poussés.
À la lueur de leurs lanternes, ils virent un vagonnier, le nommé ROUSSEL, qui gisait étendu, sans mouvement, apparemment évanoui.
Le malheureux ne reprit ses sens que pour réclamer son camarade, un vagonnier aussi, qui devait être tombé sur la voie, et sans doute, était blessé grièvement, mort peut-être.
Le mécanicien et le chef de train, après quelques recherches inutiles, prévinrent le personnel restreint de la gare de Saint-Marcellin et bientôt la laconique dépêche, dont nous avons hier donné le texte, fut envoyée à la gare de Châteaucreux :
« Envoyez machine de secours et boîtes à médicaments ».
À Saint-Étienne, le train fut formé, des ingénieurs et les docteurs FLEURY et DUJOL y prirent place et arrivèrent sur les lieux de l’accident.

DÉCOUVERTE D’UN CADAVRE — Lire la suite —

Entre temps on avait organisé quelques secours et on s’était occupé à rechercher le malheureux vagonnier disparu.
Les débris formaient un entassement énorme ; ils avaient la vague apparence d’une S gigantesque et des quantités de buttes s’étaient amoncelées dans de bizarres enchevêtrements.
On déblaya et on fit une triste découverte.
Sous les pièces de bois se trouvait le corps de l’homme.
On réussit assez rapidement à l’exhumer et à la lueur triste des lanternes on put voir un effroyable spectacle :
Le malheureux vagonnier avait la poitrine ouverte ainsi qu’un livre, le thorax avait été replié à gauche, comme un simple feuillet.
On découvrait les viscères, le cœur, les poumons, le foie à nu.
Autour du cadavre le sang avait coulé et la terre ne l’avait pas encore tout bu !
Des pièces de bois étaient rougies, d’ici de là… Les sauveteurs reculèrent terrifiés à cette hideuse vue !
Enfin on enleva les funèbres débris humains et les médecins arrivés de Saint-Étienne prodiguèrent leurs soins au survivant, à ROUSSEL qui était lui aussi dans un triste état.
Il avait une jambe cassée et à moitié détachée, une blessure à la tête et une autre au bras.
Chose singulière : on ramassa un soulier du blessé à quelque distance de lui, la semelle avait été coupée par le contact d’une roue comme par un tranchet et la chaussure de ROUSSEL s’était détachée du pied.
C’est dire de combien peu il s’en était fallu qu’on ne retirât de dessous les pièces de bois, au lieu d’un, deux cadavres horriblement mutilés !

LES CAUSES DU DÉRAILLEMENT — Lire la suite —

Voici, au dire de mécaniciens de la Compagnie, quel a été l’accident et comment il s’est produit.
Un vagon du milieu du train aurait chassé sur les rails et aurait quitté la voie depuis le lieu dit la Bergerie, où la ligne montre une courbe très accentuée. Il aurait ainsi fait un parcours de 500 mètres environ sans qu’on se fut aperçu de ce fait anormal. Ce n’est qu’à l’arrivée de l’aiguille que le malheur s’est produit.
L’aiguille, décrochée par les roues du vagon déraillé fut complètement arrachée, ce qui occasionna alors la culbute de 6 autres vagons chargés de buttes qui furent réduits en morceaux vu la vitesse avec laquelle le train montait la rampe.
Du reste, hier matin, M. CARRIER, procureur de la République à Montbrison, s’est transporté sur les lieux, accompagné de M. MARION, juge d’instruction, et M. FOURNIER, greffier, pour procéder à une enquête, afin d’établir les responsabilités et voir — chose bien improbable, du reste, — s’il n’y aurait pas eu tentative criminelle.

LES VICTIMES — Lire la suite —

Les victimes du déraillement de Saint-Marcellin ont été menées à Saint-Étienne par le train de secours.
Le mort est un nommé LAGREVOL, 5, rue NEYRON, à Saint-Étienne, père de trois enfants.
[ Jean Marie Claudin LAGREVOL ]
Il a été mené à son domicile où une scène affligeante a eu lieu à l’arrivée du cadavre.
C’était pitié de voir le désespoir des siens et de ceux qui l’avaient vu partir plein de forces et le voyaient revenir inanimé et hideusement mutilé.
ROUSSEL, qui est de Bonson, a été amené à l’hôpital de Saint-Étienne.



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