1896 – Le tamponnement d’Albert (80)


Le Temps du 6 mai 1896
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k234850d/f2

Le tamponnement d’Albert
Notre correspondant d’Amiens nous écrit :
La catastrophe que je vous ai signalée hier, par dépêche, s’est produite dimanche soir, à dix heures cinq, au moment du départ du petit train spécial hebdomadaire, partant chaque dimanche d’Albert pour Amiens et desservant les gares intermédiaires. Ce train est ordinairement bondé de voyageurs, mais, hier, en raison des élections municipales, le mouvement des voyageurs a été fort restreint ; à peine comptait-on une vingtaine de personnes et, parmi elles, un certain nombre de militaires de la région regagnant leur garnison à Amiens.
A dix heures, le surveillant de nuit, M. BRUCKMANN, se trouvait seul sur le quai. Quelques retardataires prenaient place dans les voitures du train et le signal du départ allait être donné. Tout à coup, M. BRUCKMANN aperçut, débouchant sous le pont de la direction d’Arras et arrivant à toute vitesse, le train de marchandises 5002. Il avertit, par un coup de sifflet, le mécanicien du train 330 qui se mit en marche ; mais à peine avait-il parcouru une dizaine de mètres que la machine du train 5002, lancée comme une trombe, tamponna la queue du train de voyageurs.
Les deux dernières voitures de 3e classe furent réduites en miettes. La dernière était heureusement vide ; dans l’autre se trouvaient une dizaine de voyageurs dont trois ont été tués net.
Voici leurs noms : 
POUTREL, [Henri Charles Fulgence POUTREL] soldat au 8e bataillon de chasseurs à pied, natif de Bouzincourt.
L’infortuné a eu la tête broyée et la poitrine défoncée.
CORNET, [Louis Arséne CORNET] du même régiment, natif de Paris (la Chapelle)
fracture des cuisses, fortes contusions au thorax.
AUBERT, [Emile Joseph AUBERT] trente-huit ans, mouleur à Amiens
fracture des jambes. 
Une dizaine d’autres voyageurs, les conducteurs et le garde-frein ont été sérieusement contusionnés.
La violence du choc a été telle qu’à deux cents mètres les habitants et les consommateurs des cafés et hôtels ressentirent une secousse pareille à un tremblement de terre.
La voie a été labourée, défoncée sur une longueur de cinquante mètres ; la bordure du quai de la gare a été éraflée et le mur en briques des bureaux de la petite vitesse, situé à cinq ou six mètres de la voie, a été défoncé. Derrière le fourgon du train 5002 était accroché un wagon rempli de paquets de chicorée ; ce wagon a été mis en miettes et les paquets projetés en tous sens. Toute la gare était jonchée de débris de planches, de plaques de fer, de boulons et de roues brisées. Le spectacle était terrifiant. Une plate-forme chargée de « gueuses » (pièces de fer et de fonte) était debout. Les « gueuses », projetées en l’air à plus de dix mètres de hauteur, étaient retombées de tous les côtés. Au milieu de cet amas de débris informes s’élevaient des plaintes lugubres. Un quart d’heure après l’accident, plus de 500 personnes avaient envahi la gare. Par la barrière du passage à niveau, on sortit les morts et les blessés, qui furent transportés à l’hospice. Ce soir, les blessés paraissaient tout à fait hors de danger.
A quoi attribuer cette catastrophe ? Le mécanicien du 5002 soutient que les signaux indiquaient le passage libre. En tout cas, l’entrée de la gare d’Albert est très dangereuse, et tous les employés du Nord, mécaniciens et chauffeurs sont unanimes à le constater. A quelques centaines de mètres de la gare la voie décrit une courbe très prononcée ; de plus, d’Achiet à Albert la pente est assez rapide, et il arrive souvent que les mécaniciens ne peuvent se rendre maîtres de leur machine. L’enquête à laquelle il est procédé établira sans doute à qui incombe les responsabilités de cette catastrophe.

Le Progrès de la Somme, 6 mai 1896, page 2/4
des extrait de l’article :

Arrestation du coupable :

Les blessés :

Les Obsèques :


Pour la personne belge :


Pour les deux militaires :

Concernant Emile AUBERT , il est né en Belgique; je n’ai donc pas fait de recherches conformément à mon plan de travail, je donne toutes les informations que j’ai pu trouver.N’hésitez pas à compléter. (Commentaires ou message – Merci)

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