
Le Guetteur de Saint-Quentin et de l’Aisne, 9 février 1894, page 3/4
TERRIBLE ACCIDENT de chemin de fer près de Compiègne. 3 morts. — 9 blessés.
Un terrible accident de chemin de fer s’est produit dans la nuit de mardi à mercredi, à quatre kilomètres de Compiègne, sur la ligne du Nord. Le train semi-direct nº 131, parti de Paris mardi soir à onze heures pour Charleroi, a heurté au kilomètre 87.600, entre les stations de Compiègne et de Longueil-Annel, une énorme caisse tombée probablement d’un convoi précédent, et qui a fait dérailler la machine et plusieurs voitures. Cet accident eût été de peu d’importance si, par suite d’une déplorable fatalité, un train de marchandises se dirigeant sur Paris ne se fût trouvé à passer juste au moment où le déraillement s’est produit. Plusieurs voitures de voyageurs ont alors été tamponnés et broyés par la machine du train de marchandises. A la Compagnie du Nord, au secrétariat de l’exploitation, on a donné les détails suivants : Le déraillement du train nº 131 s’est produit à minuit un quart, à trois kilomètres de Compiègne. Le train s’est heurté contre une caisse de verres à vitre, de 1 mètre de long environ sur 30 centimètres d’épaisseur qui se trouvait sur la voie. On ne croit pas qu’elle ait été placée là par malveillance. On pense qu’elle est tombée d’un chargement de train de marchandises. L’enquête ouverte par l’inspecteur principal de Saint-Quentin, permettra de retrouver le chargement auquel appartient cette caisse, de se rendre compte de la façon dont elle a glissé du fourgon et d’établir les responsabilités. Un malheureux hasard a voulu que le train au lieu de dérailler à gauche, c’est-à-dire du côté de l’accotement, ce qui n’aurait pas amené d’accident, ait déraillé sur la voie des trains venant de Belgique.

Au même moment arrivait, de ce côté un train de marchandises, qui prit en écharpe le train de voyageurs. La locomotive entra dans un wagon ; elle fut culbutée ainsi que le tender et deux autres wagons de voyageurs. Un certain nombre de personnes se trouvaient dans ces voitures ; trois furent tuées sur le coup et dix autres blessés. L’un des morts est un palefrenier allemand qui venait, avec un de ses collègues de conduire des chevaux à Paris et qui regagnait Berlin par la Belgique. L’identité de l’autre victime n’est pas encore connue. On écrit de Compiègne : La caisse de glaces, cause de l’accident que nous relatons plus haut, provient, ainsi que nous le laissions supposer, d’un train de marchandises d’où elle était tombée sans que personne l’eût remarqué. Une scène indescriptible de désordre s’est produite parmi les voyageurs, dont les clameurs s’entendaient de très loin, mais la plus grande partie du convoi n’ayant pas quitté les rails, l’accident se serait probablement réduit à des dégâts matériels si l’arrivée presque immédiate d’un nouveau train de marchandises n’avait pas déterminé une terrible catastrophe. Le convoi dont on n’avait pas eu le temps d’arrêter la marche, venait du Nord ; il prit en écharpe le train express, coupant un wagon en deux, et produisant un choc terrible dans tous les autres. A onze heures du matin, la physionomie du lieu de l’accident est effrayante.Les blessés, au nombre de dix, viennent d’être transportés par chemin de fer à l’Hôtel-Dieu de Compiègne.Trois sont en danger de mort, ce sont le conducteur du train, un capitaine du 45e de ligne, et un voyageur inconnu. Les corps des morts sont absolument déchiquetés ; leurs corps viennent d’être mis en bière ; la petite fille voyageait avec sa mère. L’enfant est restée ensevelie sous un wagon. La mère s’est réfugiée dans une maison de Janville, où elle pleure en attendant qu’on ait retrouvé le cadavre de sa fille.
A la suite de cet accident, les trains ont subi des retards importants. Celui qui arrive à Compiègne à 2 heures du matin, n’est entré en gare qu’à sept heures. Une équipe de 50 ouvriers a déblayé complètement la voie. Trois personnes, dont une petite fille de 5 ans, ont été tuées.
La gare de Compiègne, immédiatement prévenue, a envoyé sur les lieux de la catastrophe un train de secours emmenant plusieurs médecins de la ville. Les blessés ont été soignés sur place ; les moins grièvement atteints ont été transportés à Compiègne. Le médecin en chef de la Compagnie du Nord est parti de Paris hier matin ainsi que plusieurs ingénieurs. La voie entre Compiègne et Longueil n’a pu être partiellement rendue à la circulation que dans la matinée d’hier. Les dégâts matériels sont très importants. L’identité des morts n’est pas encore établie. Dès que la dépêche annonçant la catastrophe est parvenue à la gare de Compiègne, le service de secours a été promptement organisé. Le maire, accompagné d’un commissaire de surveillance administrative, se sont transportés sur les lieux. Le juge d’instruction est arrivé pour procéder à l’enquête.

La fillette n’est pas décédée dans l’accident :
La Lanterne édition du 9 février 1894 page 1/4
Finalement et confirmé par l’état civil de la commune de Janville, le bilan sera de 2 morts et 9 blessés.
L’état-civil de Janville a inscrit dans ses registres :
Itzko FRIEDA, habitant Berlin et né en Russie
Jacob MEER, habitant Berlin et né en Autriche
Concernant Itzko et Jacob, ils sont nés à l’étranger (Russie et Autriche) je n’ai donc pas fait de recherches conformément à mon plan de travail, je donne toutes les informations que j’ai pu trouver.
N’hésitez pas à compléter. (Commentaires ou message – Merci)
Les blessés sont au nombre de neuf. Ce sont :
MM. G. REIMER, 41 ans, dessinateur à New York, fracture du poignet gauche,
Salomon UNIKOSWISKI, de Kalisch (Russie Polonaise) 18 ans, deux jambes cassées, contusions graves,
Alexandre LEMARCHAND, 46 ans, plâtrier à Charleroi, pieds broyés et trous à la tête,
Thomas DORSCH, 25 ans, sommelier à Munich, cuisse cassée, graves contusions,
MUZELLE, chef de train, 40 ans, poitrine défoncée,
GREFSFENBERG, scieur de long, 32 ans, autrichien, blessures à la jambe gauche,
DERAMÉ, brigadier d’artillerie au 29ème Régiment d’Artillerie à La Fère, fracture de la jambe droite,
Mme DEBREUCKER, 34 ans, cuisinière, contusions multiples,
Le Capitaine BASON du 87ème de ligne,fracture cuisse droite.
