
L’accident du Bourget.
Le Matin, (derniers télégrammes de la nuit) du 21 août 1892
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k554941v/f3
L’accident du Bourget.
Nous avons à enregistrer aujourd’hui un grave accident de chemin de fer qui s’est produit hier sur la ligne du Nord, à quelques mètres de la station du Bourget.
Le train de marchandises nº 1028 a déraillé, à quatre heures cinquante de l’après-midi ; le mécanicien et le chauffeur ont été tués.
Voici quelques détails sur cet accident :
Le train 1028 était arrivé au poteau marquant 10 k. 540, c’est-à-dire à l’entrée de la gare du Bourget-Triage, lorsque, par suite du mauvais entretien de la voie (un rail s’était soulevé sur une longueur de 35 centimètres) il dérailla.
La voie de garage, sur laquelle le convoi était engagée, forme un cul-de-sac ; la courbe de ce tronçon de ligne est très prononcée, à dix mètres environ après avoir dépassé le croisement des aiguilles 8 et 10.
La machine portant le nº 3482, le tender et deux fourgons furent culbutés et complètement brisés.
Le mécanicien, nommé TRIBOULLAY [Alexis Iréné TRIBOUILLOY] , et le chauffeur, un sieur CARTIER [Adrien Alexandre CARLIER] avaient en vain tenté de renverser la vapeur ; n’ayant pu y réussir, ils cherchèrent à échapper à la mort en sautant sur la voie. C’est alors que la machine, poussée par le fourgon de tête, se renversa sur le côté.
Les deux malheureux furent ensevelis sous les débris du fourgon et de la locomotive. Ils eurent les jambes brisées à la hauteur du bassin et succombèrent quelques instants après.
Le garde-frein, PERDIER, a également été blessé assez sérieusement. Il a eu le poignet droit brisé et a reçu des contusions graves sur diverses parties du corps. Sur sa demande, il a été reconduit à son domicile.
TRIBOULLAY est père de famille ; il laisse une veuve et un enfant en bas âge. Le chauffeur CARTIER laisse également une veuve et deux enfants.
