1888 – Catastrophe du tunnel de Lépine, Chambéry (73)

(73)Le Figaro, 5 octobre 1888
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k280538x/f2


Chambéry, 4 octobre.
Un triste accident est survenu vers huit heures, ce matin, près la halte de la Cascade de Couz, à huit kilomètres de Chambéry, sur la ligne de Chambéry à Lyon par Saint-André-le-Gaz.
Le train qui part de Chambéry à 5 h. 30 du matin pour Lyon était en détresse à Pressins. Une locomotive de secours avait été expédiée de Chambéry vers sept heures; mais le train, ayant pu se dégager, avait continué sa route sans attendre ni prévenir la locomotive de secours.
Pendant ce temps, le train qui était parti de Lyon pour Chambéry à 4 h. 50 du matin avait continué sa route sans interruption vers Chambéry. Mais à la sortie du tunnel près de la halte de la cascade de Couz, le train, lancé à toute vitesse par suite de la rampe assez forte à cet endroit, est venu heurter de toutes ses forces la locomotive de secours.
Le choc fut terrible. Le train était composé de deux locomotives attachées dos à dos, d’un wagon mixte de 1re classe, d’un wagon de 2e classe, de plusieurs wagons de 3e, de wagons de marchandises et de fourgons. Les deux locomotives ont été littéralement broyées en morceaux ; le fourgon qui suivait la locomotive a enfoncé, dans sa partie antérieure, le wagon de 3e classe; le wagon de 2e classe est complètement détérioré, son chariot est resté sur la voie, mais sa caisse détachée est montée sur la voiture suivante. Le wagon de 1re classe a eu son coupé aplati.
Le reste du train qui n’a pas été endommagé contenait le feu d’artifice adressé au maire d’Annecy pour les fêtes présidentielles.
Malheureusement, il y a deux morts : les mécaniciens Larue [Jean Marie LARUE] et Vignon [Charles Louis VIGNON], tués sur le coup. Six autres employés de la Compagnie sont blessés.
Le général ZÉDÉ, commandant la brigade de Chambéry, qui se trouvait dans le wagon de 1re classe, a reçu une contusion sans importance à la joue. Il a organisé, avec un dévouement et un sang-froid remarquables, les secours, prodiguant ses soins aux blessés. Sa conduite est digne des plus grands éloges.
Le préfet de la Savoie, M. CLERET, le juge d’instruction, le procureur de la République, le commandant et le capitaine de gendarmerie, les chefs d’administration P.-L.-M., plusieurs médecins et une foule d’habitants de Chambéry se sont transportés sur les lieux.
La circulation, momentanément interrompue, sera rétablie demain. L’accident, que la rumeur publique avait exagéré au premier abord et qui survenait après la catastrophe de Velars, avait causé une pénible impression à Chambéry.


L’Écho rochelais, 10 octobre 1888, page 3/4

La Catastrophe du tunnel de Lépine.
— Voici des renseignements sur la catastrophe qui s’est produite jeudi matin sur la ligne à voie unique de Saint-André-le-Gaz à Chambéry :
Le train 1392, parti de Chambéry à cinq heures trente du matin pour Saint-André-le-Gaz, restait en détresse à la gare de Pressins, par suite d’une avarie survenue à la machine. La gare de Pressins demandait à celle de Chambéry une machine de secours. Le sous-chef de gare de Chambéry, nommé CHAPOT, donna l’ordre au dépôt de préparer une machine, et il demanda en même temps à la gare de Pressins si la voie était libre.
Ce malheureux, qui était harcelé à ce moment par une quantité considérable de voyageurs lui demandant des renseignements relatifs aux modifications apportées à la marche des trains en raison des inondations, laissa partir la machine de secours sans attendre la réponse à sa demande au sujet de la voie, et cette réponse, dont il prit connaissance un quart d’heure plus tard, disait que la voie n’était pas libre, car le train de voyageurs 1391 était parti de Saint-André-le-Gaz pour Chambéry à six heures. A la lecture de cette dépêche, l’infortuné sous-chef se précipita comme un fou sur le quai de la gare de Chambéry en criant :
« J’attends le malheur ! J’attends le malheur ! Tout est perdu ! »
Et, en effet, à sept heures cinquante, la machine de secours, lancée à toute vitesse, rencontrait le train 1391 à 500 mètres de la station de la cascade de Couz et presque à l’entrée du tunnel de Lépine. Ce train était remorqué par deux machines, ce qui explique l’importance du malheur qui a frappé le personnel de la Compagnie.
Voici la liste des victimes :


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