1886 – Deux trains se fracassent l’un contre l’autre dans un face à face mortel à Monté-Carlo

1886, le 13 mars – Courrier de Saône-et-Loire p. 2/4

CATASTROPHE DE MONTE-CARLO
Monte Carlo, 11 mars.
Le train 483 partant de Nice à 3h.50, et le train 502 partant de Menton, se sont rencontrés, hier, vers huit heures du soir, entre Cabbé-Roquebrune et Monte-Carlo, à deux kilomètres de cette dernière station ; ils étaient lancés à toute vapeur. Il en est résulté un choc effroyable, qui a produit, dans un périmètre de plusieurs kilomètres, l’effet d’un coup de canon. Impossible de voir un spectacle plus horrible et plus saisissant que celui auquel ont assisté les habitants de ce pays.
La rencontre s’est produite sur une voie unique, à un tournant et dans un endroit où le vide vient immédiatement après le rocher. A la commotion, qui a été épouvantable, a succédé un broiement dont il est difficile de se faire une idée.
Les locomotives sont entrées l’une dans l’autre. Les wagons, après être montés les uns sur les autres, se sont écrasés avec violence. Trois wagons, franchissant le parapet, sont tombés dans la mer d’une hauteur de soixante-quinze mètres. On les a retrouvés à l’état de véritable hachis. Ceux qui sont restés sur la voie forment une montagne de débris absolument informes. Des roues de wagons, des portières, des tampons, des chaînes, pendent le long du parapet au-dessus du gouffre, d’où l’on a retiré un mort, FERRERO Giovanni, et plusieurs blessés.
Chose incroyable ! Un voyageur, tombé de la voie dans la mer, en a été quitte avec un bras cassé. Un enfant de treize ans, précipité dans les mêmes conditions, a eu les deux bras brisés.
Au lieu de songer à lui, le pauvre enfant s’en allait appelant : « Papa ! papa ! » et son père, moins heureux que lui, était mort.
Le mécanicien et le chauffeur du train de Nice ont aperçu le train de Vintimille, lancé à toute vapeur, à une courbe qu’on voit de la terrasse, ils ont sauté par terre et sont saufs.
Le mécanicien et le chauffeur du train de Vintimille sont restés près d’une heure engagés sous la machine renversée. Ils ont été retirés, l’un mort, l’autre mourant.
A la nouvelle de l’accident, l’administration des bains de mer a immédiatement envoyé sur les lieux de la catastrophe tout son personnel de gardes, de surveillants, auxquels se sont joints les pompiers. On a transporté à l’hôtel de Paris les blessés au fur et à mesure qu’on les retirait de dessous les décombres.
Les salons de l’annexe de l’hôtel ont été transformés en ambulance provisoire. Dix blessés y ont été installés parmi lesquels Mme et Mlle TESSEYRE, femme et fille de l’ancien gérant de la Liberté.
Au nombre des autres blessés se trouvent Mme veuve BECK, le directeur de la taverne alsacienne de Monaco et la famille Prieur, de Paris, qui était allée en excursion dans la montagne. Elle à pris le train à Roquebrune pour rentrer à Monaco, Tous sont grièvement blessés : La grand-mère, âgée de soixante-quatorze ans, le père, la mère et la fille. Mme Prieur va subir l’amputation des deux jambes. M. VERHOLVEN a recueilli un enfant de quatre ans, tombé dans la mer, et qui en sera quitte pour des contusions sans gravité.
Les fils télégraphiques sont coupés entre Monaco et Menton.
Toute la nuit, des hommes armés de torches ont travaillé au déblaiement de la voie.
Maintenant, quel est l’auteur responsable de cette catastrophe. Les trains devaient se croiser à Cabbé-Roquebrune : au lieu de cela on les a fait partir, la voie n’étant pas libre. A qui la faute ? Est-ce au chef de gare de Monte-Carlo ou à son collègue de Cabbé-Roquebrune ?
C’est ce que l’enquête apprendra certainement.

Monte-Carlo, 11 mars.
Une foule énorme se presse aux abords du lieu de l’accident.
On procède au déblaiement de la voie pour retrouver le corps de FÉRAUD, conducteur du train.
Le transbordement se fait, de la gare de Monte-Carlo à Menton, par omnibus.
Plusieurs blessés vont mieux.
Une petite fille de deux ans, qui est tombée dans la mer d’une hauteur de 30 mètres, a été retirée miraculeusement avec une simple égratignure.
Dix wagons sont amoncelés.
Mme Prieur a subi l’amputation des deux jambes.
L’entrepreneur FERRERO laisse cinq enfants.

Monte-Carlo, 11 mars, 4h. du soir.
On croit que la rencontre des trains est due à un faux signal donné par le chef de gare de Roquebrune ; celui-ci, ignorant sans doute que le train venant de Nice avait été dédoublé, avait laissé passer le train partant pour Nice.

Note de la Compagnie P.-L.-M.
Paris, 11 mars.
Une note communiquée par la Compagnie Paris-Lyon dit que, dans la collision un voyageur et un mécanicien ont été tués, un conducteur a disparu, une vingtaine de voyageurs ont été blessés plus ou moins grièvement. La Compagnie n’a pas encore d’autres détails. Le directeur est sur les lieux.
Dernière heure il y a sept morts : Domergue [Jean DOUMERGUE] mécanicien du train de Vintimille, et Feraud [Joseph Justin FERAUD] conducteur ; Ferrero [Jean FERRERO] entrepreneur ; une artiste italienne et sa fille (Mme TOSSEYN, une jambe brisée et Melle TOSSEYN, les deux jambes brisées du genou au talon, ne figurent pas comme personnes décédées) , et deux inconnus.
On compte douze personnes grièvement blessées.
Une pauvre femme de Nice est morte en apprenant que son mari était dans le train.
Dans les listes d’état-civil on trouve :
[Ferdinand Louis LAURENT], chauffeur;
[Jacques NOVARO], un vieux monsieur âgé de 85 ans;
[Jacques PREVE], sans autre renseignement.

Le Petit Marseillais
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4901385d/f2
Nous donne une liste des blessés


Jean FERRERO, Jacques NOVARO et Jacques PREVE, sont d’origine italienne.
Je n’ai donc pas fait de recherches conformément à mon plan de travail, je donne toutes les informations que j’ai pu trouver.
N’hésitez pas à compléter. (Commentaires ou message – Merci)



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