1883 – Accident à Orchies


Le Figaron, édition du 6 juillet 1883
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2786216/f3


LILLE, 5 juillet.
Un accident de chemin de fer est arrivé ce matin, à dix heures, au moment où le train venant de Valenciennes, passait à hauteur de l’aiguille de jonction des lignes de Valenciennes, Tournai et Somain.
Un déraillement s’étant produit, un rail s’est dressé en l’air, traversant la paroi de la voiture de première classe qui suivait le fourgon.
Le train, continuant sa marche, a soulevé le rail sur une longueur de plus de cinquante mètres.
Voici les noms des victimes :
M. Volpierre, [Jacques Henry VOLPELIERE] agent réceptionnaire de la compagnie du Nord, a été tué. — Crâne fracturé.
M. Tournier, ingénieur: fracture.
M. Péronne de Soubeyran, ingénieur du contrôle de la compagnie, blessé légèrement.
M. Delannoy, mécanicien, fracture grave a la cuisse, qui nécessitera probablement l’amputation.
M. Hannedoucke, chauffeur, contusions graves.
M. Peslin, ingénieur, contusions à la jambe.
Mme Peslin, contusions à la joue.
M. Sirot, conseiller général, blessures aux jambes.
Plusieurs autres voyageurs ont, en outre, reçu des contusions sans gravité.
À la première nouvelle de l’accident, le préfet du Nord a envoyé son chef de cabinet sur le lieu du sinistre.
Les premiers soins ont été donnés aux blessés par M. le docteur Sturne, d’Orchies.
Le parquet de Douai s’est transporté sur le théâtre de l’accident et a commencé une enquête.

La Démocratie du Cher
08 juillet 1883


FAITS DIVERS – L’ACCIDENT D’ORCHIES.

Un terrible accident s’est produit, hier matin, sur la ligne de chemin de fer de Valenciennes a Lille.
A neuf heures vingt, un train qui conduisait la commission d’études du railway à voie étroite de Lens a St-Amand, allait s’arrêter à la gare d’Orchies.
Soudain, à la jonction des lignes de Valenciennes et de Tournai, la machine a déraillé et s’est renversée en travers de la voie.
Des clameurs sortirent de tous les wagons.
Le mécanicien, Delannoy, avait la jambe brisée et le chauffeur Hannedoucke était gravement contusionné.
Le déraillement de la machine avait occasionné la rupture d’un fragment considérable de rail.
Voici comment l’accident a dû se produire :
La voie à l’entrée de la gare d’Orchies prend deux directions, l’une pour les trains de marchandises, l’autre pour les trains de voyageurs. Soit que la pointe de l’aiguille n’ait pas été poussée à fond contre le rail, soit que l’aiguilleur l’ait manœuvrée trop tard, alors que la locomotive était déjà engagée, soit par suite de l’instabilité de la voie ou de quelque irrégularité dans le fonctionnement du mécanisme, le bandage de la roue de la machine a dû donner sur la pointe de l’aiguille; un des essieux de la locomotive s’est engagé à faux entre les voies, et le déraillement s’est produit.
L’accident n’aurait eu aucune gravité si, par une funeste coïncidence, le rail dont nous parlons plus haut ne s’était détaché et enlevé dans une direction si malheureuse.
M. Sirot, frère du conseiller général, avait cédé sa place à M. Volpierre, qui ainsi a été blessé à sa place.
Le parquet de Douai s’est transporté sur le théâtre de l’accident et a commencé une enquête.

Derniers renseignements : — Lire la suire —

Dès la nouvelle de l’accident, un train spécial est parti pour Orchies, emportant MM. Léchelle, inspecteur ; Olry, ingénieur des ponts et chaussées, chargés du contrôle ; Coirson, conseiller général ; Raguet, chef du cabinet du préfet; Mathias, ingénieur en chef de la traction; Dubousquet, ingénieur de la compagnie, et le docteur Wartel.
Des mesures ont été prises pour donner les meilleurs soins aux blessés.
M. Tournier a une fracture du péroné.
M. Delannoy a une fracture de la jambe qui entraînera peut-être l’amputation, mais on ne craint pour sa vie.
Le chauffeur, M. Hannedouche, n’a que des contusions sans gravité.
Tous les autres voyageurs n’ont que de très légères contusions et ont pu regagner leur domicile.
Le train, continuant sa marche, a soulevé le rail sur une longueur de plus de cinquante mètres. Ce rail, soulevé, a traversé l’arbre de couche sous la machine, la paroi du fourgon, et successively les trois compartiments d’un wagon de première classe.
Dans le premier compartiment, il a pénétré en passant sous les jambes des voyageurs. M. Tournier, ingénieur des tramways, a eu le péroné fracturé ; M. Sirot, conseiller général, et son frère ont été contusionnés.
Dans le second compartiment était couché M. Volpierre, agent de la compagnie. Le rail lui a traversé le pantalon, lui a brisé le bras sur lequel il dormait, puis l’a frappé à la tête de telle façon que la calotte du crâne a sauté comme si on l’avait trépané et a laissé la cervelle à découvert.
À côté de ce malheureux se trouvaient M. Peslin, ingénieur en chef des mines, et sa femme : tous deux ont été contusionnés.
Dans le troisième compartiment, on n’a pas eu à déplorer d’accident.
Le rail est allé tomber sur la toiture du wagon suivant, dans lequel se trouvait M. de Soubeyran, ingénieur de la compagnie, qui a été légèrement blessé.
Plusieurs voitures ont été brisées. L’accident a eu pour témoins les voyageurs qui descendaient en gare d’Orchies.
Les premiers soins ont été donnés aux blessés par M. le docteur Sturne, d’Orchies.




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