Le Temps du 22 juillet 1872
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2250792/f2
— L’Industriel alsacien du 21 juillet publie les renseignements suivants sur un grave accident de chemin de fer survenu à Dannemarie :
Le train-poste quittant Mulhouse pour Paris à 10 h. 50 du matin, a déraillé samedi sur le viaduc de Dannemarie.
Au moment du passage sur la partie du viaduc regardant Dannemarie, la locomotive a brusquement quitté la voie de gauche, a passé par-dessus les rails de droite et s’est précipitée dans l’abîme, n’entraînant dans sa chute que le tender. Par un hasard extraordinaire toutes les autres voitures ont été jetées vers la gauche, tout en restant sur la voie.
Le mécanicien a été tué sur le coup; le chauffeur a été grièvement blessé, il a eu plusieurs côtes brisées, et on désespère de le sauver. Le reste du personnel de service, fourgonnier, garde freins, a eu quelques blessures sans gravité. Quant aux voyageurs, on nous dit qu’ils n’ont eu que quelques légères contusions.
On ignore la cause de l’accident.
La locomotive, assure-t-on, était toute neuve, mais ne devait servir qu’aux trains de marchandises.

Le Petit Journal, édition du 23 juillet 1872
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591532s/f4
Le Moniteur universel donne sur l’accident de Dannemarie les renseignements complémentaires qui suivent:
L’accident est arrivé au delà du viaduc de Dannemarie, entre cette station et la frontière de France. Ce viaduc, superbe œuvre d’art, composé de trente cinq arches, domine la vallée de l’Ill et est distant de 1 kilomètre environ de la station de Montreux-le-Vieux, où se trouve la première douane allemande.
Le train-poste qui avait quitté Mulhouse, à dix heures vingt, avait atteint son maximum de vitesse et déjà dépassé la ligne courbe du viaduc quand le déraillement, dont la cause est encore inconnue, se produisit.
La locomotive, le tender et le fourgon des bagages ont été précipités du haut du talus dans la vallée. Le chauffeur [Edouard KAH], lancé en dehors du tender, où il se tenait, a été tué sur le coup. Le mécanicien [Pierre Ernest BERGER], lancé dans l’espace, a eu les côtes brisées et n’a survécu que pendant quelques minutes.
Les voyageurs n’ont éprouvé qu’un choc violent. Quelques-uns d’entre eux ont été fortement contusionnés. Le wagon de voyageurs qui suivait immédiatement le fourgon des bagages, s’est trouvé détaché par la violence du choc, les chaînes se sont brisées, et il a été renversé sur le bord du talus, du côté opposé à celui où la machine a été projetée.
Dans les autres voitures du train, la secousse a été brutale, mais les voyageurs n’en ont que peu souffert.
A peine le malheur était-il arrivé que l’administration faisait télégraphier à Mulhouse et à Belfort pour avoir des secours. L’émotion était grande dans ces deux villes. Le chef de gare de Belfort expédia un train sur le lieu du sinistre, et aussitôt des escouades d’ouvriers se mirent à déblayer la voie. Deux heures après les voyageurs arrivaient à Belfort.
Une enquête est ouverte par les autorités allemandes, qui gardent le secret le plus absolu sur les résultats de leurs premières investigations.
