Le Petit Journal, édition du 20 juin 1864
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k588616m/f3
Le Mémorial de la Loire, du 17 juin, complète les renseignements que nous avons donnés hier(1) sur l’événement de la Fouillouse :
C’est, comme nous l’avons indiqué, vers sept heures vingt-huit minutes que le déraillement a eu lieu, entre la nouvelle gare de Saint-Just et la bifurcation de l’ancienne ligne de Andrézieux, à cent mètres environ avant le pont de la Guerrillère. Nous ne pouvons encore préciser, et peut-être cela ne sera guère possible, par suite de la mort du mécanicien Floris, à quelle cause il convient d’attribuer l’accident. Tout ce que nous pouvons assurer, c’est que le train n’avait quelques minutes de retard à Roanne ; qu’au moment du déraillement, il marchait avec une accélération de vitesse fort sensible.
Le chef de train sonnait, dit-on, pour avertir le mécanicien qu’il eût à aller plus doucement, au moment même où le déraillement s’est produit. À l’endroit de la catastrophe, la courbe est très forte. Toutes ces circonstances réunies concourraient fatalement à jeter la locomotive hors des rails. On a remarqué, et nous tenons de deux aveugles, sur ce détail, qu’au poteau kilométrique 490, l’un des coussinets qui supportent le rail a été arraché et brisé.
Des huit heures du matin, une décuple nombreuse de travailleurs venus tant de la gare de Saint-Étienne que des localités voisines, s’est hâtée de déblayer les deux voies, complètement encombrées par les débris de la locomotive, du tender et des voitures, dont quelques-unes étaient littéralement hachées. L’une des voies n’a pu être livrée à la circulation que vers huit heures et demie du soir, parce qu’on s’est occupé toute la journée de soulever la machine pour dégager le malheureux mécanicien qui se trouvait pressé par elle et enseveli sous une énorme couche de charbon. Le cadavre n’a pu être mis à découvert qu’à sept heures du soir !
Les convois ont été transbordés jusqu’à huit heures et demie. À ce moment, une voie a été libre et le passage des trains, dans les deux sens, a pu s’effectuer régulièrement, conformément aux mesures prescrites pour la circulation sur les parties des voies uniques.
L’enterrement du mécanicien Floris [Marie Joseph FLORIS] a eu lieu ce matin, à onze heures, à la Fouillouse, du consentement et sur la demande de sa veuve, qui, n’étant pas à Roanne, n’a pu désirer que le défunt fût inhumé dans cette ville.
Floris était père de trois enfants ; l’un d’eux est âgé de vingt ans, les deux autres sont plus jeunes.
L’état de Mme Damon est toujours des plus inquiétans ; c’est aujourd’hui seulement, à trois heures, que doit être levé le premier appareil posé par les médecins. Alors seulement il sera décidé si l’amputation doit être opérée. Il est malheureusement trop à craindre qu’on ne soit obligé de recourir à cette cruelle nécessité.
Mme Damon est enceinte, dit-on, de cinq ou six mois. Elle se trouvait, avec son mari, dans le wagon de secondes qui était à l’extrémité du train, comme nous l’avons indiqué hier, lorsque la catastrophe est arrivée. Le choc a disloqué violemment les banquettes, qui se sont réunies en serrant, dans leur étreinte, les jambes de Mme Damon. Mme Damon a eu, du coup, l’une des jambes brisée, l’autre gravement contusionnée, et le visage et la tête rudement atteints. Son mari, couché sur la banquette à côté d’elle, a dû peut-être être à cette position de n’avoir pas été plus grièvement blessé. Il a reçu néanmoins un éclat de bois qui lui a troué la jambe, et il porte à la tête de fortes ecchymoses.
M. Jules Gerin était dans le même wagon ; il a eu le bonheur de sauter par l’une des portières pendant le déraillement ; il n’a pas même été égratigné.
Parmi les blessés, on nous signale un jeune homme, fils du tailleur qui habite précisément la même maison que Mme Damon, rue Saint-Louis, 6. Il a eu quelques dents broyées et la mâchoire fort endommagée. Il est actuellement en traitement à l’hôtel de la Poste.
Nous avons dit que Colmet, chef de train, et Bugget, conducteur bagagiste, – et non Bussières, – avaient été grièvement blessés. Nous avons la satisfaction d’apprendre, ce matin, que leur état n’est pas alarmant. Ils sont l’objet, l’un à la gare et l’autre à l’hôpital de Saint-Étienne, des soins les plus intelligents, et tout fait croire que leur vie ne court aucun danger.
(1) Pour ceux qui voudraient lire l’article de la veille, (attention scan très mauvais) :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5886157/f3
