
1862
La cause de l’accident de Thiviers sera donnée dans le livre : Accidents de chemin de fer, par G. BISSON, édition de 1865.
Au changement d’aiguillage le convoi se trouva coupé en deux, et l’arrière du train dévala la pente de 10 millimètre en direction du tunnel où il rencontra le train de voyageurs.
Nous trouvons dans l’Union de Nontron des détails très-circonstanciés au sujet de l’accident arrivé le 15 sur le chemin de fer de Limoges à Périgueux, sous le tunnel de Thiviers. Ce sont les plus complets qui nous soient parvenus; nos lecteurs les liront avec le douloureux intérêt qu’a partout soulevé ce funeste événement. Clic
«Le train de marchandises no 278 se trouvait en retard de 30 minutes, lorsque le train mixte de voyageurs, no 14, l’atteignit par derrière avant qu’il fût sorti du tunnel de Thiviers, à une minute de la gare. Le choc fut terrible. Les derniers wagons du train no 278 furent broyés.
Des deux locomotives dont était armé le no 14, la première se dressa jusqu’à la voûte, comme un cheval qui se cabre, et retomba sur l’autre côté de la voie, les roues en l’air; l’autre machine fut tellement endommagée qu’il ne fut plus possible de la faire avancer ni reculer. Deux wagons à bœufs furent également broyés et les animaux lancés dans les débris.
Décrire la confusion qui régna alors dans le souterrain est chose difficile. Mais qu’on se transporte par l’imagination sur le théâtre du sinistre, qu’on se figure au milieu des ténèbres, les cris d’épouvante des voyageurs, se précipitant par les portières, se heurtant, se bousculant et courant éperdus, les mugissements des bœufs rendus furieux par le tumulte et les sifflements de la vapeur, les plaintes des blessés, le chaos de tout ce mélange d’êtres humains, d’animaux, de ballots, de futailles, et on aura une idée de cette scène de désolation.
Les cris furent entendus de la gare et de la ville; les secours arrivèrent aussitôt en masse. C’était jour de marché; plus de mille personnes furent en peu d’instants sur le lieu de l’accident; un service de sauvetage fut immédiatement organisé. Les employés du chemin de fer le dirigèrent et exécutèrent tout ce qui était humainement possible de faire pour arrêter les progrès de cette catastrophe et éviter de nouveaux malheurs; il n’y en avait déjà que trop à déplorer.
Le mécanicien de la première locomotive du train n° 14 eut le pied coupé. Son chauffeur fut pris aux cuisses, entre la machine et le tender, sans qu’il fut possible de le sortir de cet étau gigantesque. — Il est mort dans cette affreuse position, après une agonie de trois heures. M. le curé de Thiviers l’a assisté et a adouci les derniers moments de son supplice par les secours spirituels de la religion.
Le lendemain, lorsqu’il a été possible de dégager son cadavre, nulle trace de ses jambes n’a été trouvée: elles avaient disparu dans la configuration; le mécanicien et le chauffeur de la deuxième machine ont été légèrement contusionnés. Un conducteur serre frein a été lancé avec tant de violence sur les débris, qu’on désespère de le sauver; il est à l’hospice de Thiviers.
Aucun voyageur n’a été blessé, grâce à la double traction et aux bestiaux qui les séparaient du point de rencontre. Des rails provisoires ont été aussitôt établis du côté de la voie restée libre; la circulation a été rétablie à sept heures du soir. Il a fallu trois jours pour remettre sur ses roues la locomotive renversée; pendant ce temps une cinquantaine d’ouvriers ont travaillé jour et nuit à cette opération et au dégagement du chemin. »
