Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire,
Publication entre le 10 août et le 13 août 1898
TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE BRIOUDE
La catastrophe de St-Georges-d’Aurac
Brioude, 9 août
Aujourd’hui ont commencé devant le tribunal correctionnel de Brioude les débats du procès qui sera l’épilogue du déraillement de Saint-Georges-d’Aurac, le 13 juillet 1896, dans lequel 4 voyageurs furent tués et 15 blessés.
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I. L’accident et ses causes
Le 13 juillet 1896, aux environs de 18 heures, le train n° 2582 effectuant la liaison entre Le Puy et Arvant a déraillé à proximité de la gare de Saint-Georges-d’Aurac. L’accident s’est produit au point kilométrique 3,700, dans une pente très rapide et une courbe prononcée après la gare de Rougeac. Sur les quatorze voitures que comptait le convoi, neuf ont été complètement brisées suite à une rupture d’attache survenue à partir du sixième wagon.
Les causes de la catastrophe sont directement liées au délabrement manifeste de la voie ferrée. L’enquête et les expertises ont révélé que :
La portion de voie, datant de 1874, était construite en fer et non en acier, ce qui la rendait incapable de supporter la vitesse réglementaire de 65 km/h.
Les traverses en bois étaient pourries, crevées ou rongées par des "microbes du bois", au point que les crampons fixant les rails pouvaient être arrachés à la main ou avec une simple canne.
Le matériel de remplacement (traverses) était totalement épuisé, empêchant tout entretien efficace par les brigades locales.
II. Les personnes impliquées
La catastrophe a fait quatre morts et une quinzaine de blessés. Les victimes décédées identifiées sont Marie Charlotte Alexandre, André Barthelemy, Vital Boulanger et Charles Géraud Germain Deconquans. Parmi les nombreux blessés figurent notamment Émile Davin, dont l’épouse a péri dans l’accident, ainsi que des soldats et des habitants de la région.
Six agents et responsables de la compagnie de chemin de fer ont été traduits en justice :
M. Denis : Ingénieur en chef de la voie.
M. Mosser : Ingénieur.
M. Cellerier : Chef de section.
M. Cluzel : Conducteur de la voie.
M. Olivain : Brigadier-poseur.
M. Boyer : Mécanicien du train.
III. Le tribunal et le jugement
Le procès s’est tenu devant le tribunal correctionnel de Brioude du 9 au 12 août 1898. Le ministère public, représenté par le procureur de la République M. de Mourgues, a souligné les graves négligences dans l’entretien de la voie et le défaut de transmission des alertes concernant son usure.
Le jugement rendu le 12 août 1898 a établi les responsabilités suivantes :
Condamnations : Olivain, Cluzel, Cellerier et l'ingénieur Mosser ont été condamnés chacun à 8 jours de prison et 100 francs d'amende (avec sursis via la loi Bérenger) pour négligence et défaut d'entretien. Il a été reproché à Mosser de ne pas avoir transmis à sa hiérarchie les rapports alarmants de ses subordonnés sur l'état de la voie.
Acquittements : Le mécanicien Boyer a été acquitté, car il a été prouvé qu'il n'avait pas dépassé la vitesse autorisée. L'ingénieur en chef Denis a également été acquitté, le tribunal estimant qu'il avait été maintenu dans une "ignorance absolue" de l'état réel de la ligne par ses subordonnés.
Conclusion
La catastrophe de Saint-Georges-d’Aurac est un exemple tragique de défaillance systémique et hiérarchique au sein des chemins de fer de l’époque. Bien que la vitesse du train fût réglementaire, la fragilité extrême d’une infrastructure vieillissante et mal entretenue a rendu l’accident inévitable. Le jugement a mis en lumière une rupture dans la chaîne de transmission des alertes de sécurité, où les avertissements des agents de terrain n’ont pas été suivis d’effets par la direction intermédiaire.
Si le tribunal a “vraiment” désigné les cadres intermédiaires et les agents de terrain comme coupables d’un défaut de transmission de l’alerte, les sources révèlent une rupture dans la chaîne de sécurité matérielle qui dépassait les capacités d’action des simples exécutants
s judiciaires
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