Le Figaro, du 30 octobre 1899
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2849443/f4

Le Phare de la Loire, 1 nov. 1899, p. 2/4
LE DERAILLEMENT DE TOURS
L’express du matin Nantes-Paris. — En gare de Saint-Pierre-des-Corps. — Les Nantais blessés.
Nos lecteurs ont lu hier les détails du déraillement qui s’est produit, en gare de Saint-Pierre-des-Corps, à Tours, sur la ligne Nantes-Paris (Orléans).
Le train qui a déraillé est l’express de Paris qui part de Nantes à 8 heures 36 du matin.
Hier, le nombre des voyageurs était grand ; au départ de Nantes, ils étaient environ 200.
Jusqu’à Angers, c’est le train 94 qui fait le service. A Angers, le train 14 prend les voyageurs du 1398, parti de Nantes à 6 h. 11 du matin et ceux du 94 partis à 8 h. 36.
C’est la machine 196, mécanicien RELET, chauffeur ROBERT, tous deux d’Angers, qui, hier matin, remorquait le train 94. A Angers, le train change de machine et de personnel pour devenir train 14.
De même que le mécanicien et le chauffeur du 94, le conducteur, M. BOUTIN, demeurant à la Ville-en-Pierre, à Doulon, et le garde-frein, M. CASSARD, demeurant 32, rue de Coulmiers, à Nantes, ont passé leur service à leurs collègues d’Angers.
Le mécanicien du train 14 était M. JARNO, de Tours. Le train comportait onze voitures de voyageurs. Il doit arriver à midi 25 en gare de Saint-Pierre-des-Corps.
C’est à l’entrée même de cette gare que la locomotive dérailla, entraînant le tender et le fourgon et obstruant les quatre voies en un lamentable amoncellement.
Les wagons se heurtèrent violemment les uns contre les autres et les voyageurs ressentirent une violente commotion.
Quand fut passée la première minute d’émotion, les voyageurs descendirent et quelques-uns aidèrent aussitôt à secourir les blessés.
M. JARNOT [ René Marie JARNO ]nous l’avons dit par ailleurs, avait été tué, tandis que le chauffeur, qui avait réussi à sauter à temps de la machine, était sain et sauf ; quelques voyageurs sont blessés légèrement d’ailleurs.
L’accident aurait pu avoir des conséquences encore plus graves, car le train 7, parti de Saint-Pierre-des-Corps, sortait de la gare comme le 14 y arrivait en retard. Heureusement, le mécanicien du 7, M. BINDER, put bloquer les freins à temps et éviter une terrible catastrophe. La voie était, en effet, complètement obstruée, et le train serait venu s’abîmer sur les débris amoncelés.
Les voyageurs du train 7 vinrent aider aussi au déblaiement.
La machine déraillée était complètement renversée et retournée vers la queue du train. Sous le tender, était le cadavre, affreusement mutilé, du mécanicien JARNOT. La poitrine et le ventre sont littéralement déchiquetées, la tête à moitié écrasée.
M. MEIGNEN, maréchal-des-logis-fourrier au 28e d’artillerie, à Vannes, pourtant blessé lui-même, retire le cadavre de dessous les décombres ; puis il aide le conducteur, M. HAUDIL à sortir du fourgon qui est littéralement broyé et où, comme par miracle, il a eu la chance de ne pas être écrasé.
C’est grâce à une malle qui s’est trouvée entre lui et la paroi du fourgon qu’il n’a pas eu la tête fracassée.
Le chauffeur a des douleurs internes qui le font beaucoup souffrir.
Deux employés des postes ont été légèrement contusionnés.
Du côté des voyageurs, on signale notamment parmi les blessés, M. JOSSO, marchand de meubles, 11, rue Contrescarpe, à Nantes, atteint assez gravement à la jambe.
Cet accident a causé des retards nombreux dans le service des voyageurs et de la correspondance.
Le rapide a dû être supprimé et joint au train qui arrive habituellement à Nantes à 6 h. 45, lequel a eu trois heures de retard.
Il y avait seulement dans ce train trois voyageurs pour la Bretagne ; bien qu’il n’y eût plus de train pour la Bretagne à cette heure, ils ont été conduits à destination.
Si l’on en croit le récit d’un voyageur, les retards seraient fréquents depuis quelques jours.
Il est parti, dit-il, vendredi de Paris pour Chateaudun, par le train no 251, à onze heures et demie, au lieu de onze heures; il est parti samedi matin de Châteaudun pour Tours, par le train no 209, avec vingt-huit minutes de retard, et il est arrivé à Tours à une heure cinquante au lieu d’une heure dix-neuf — de quoi il a consigné plainte sur le registre de Châteaudun, avant le départ; il est parti de Tours pour Angers, par le train no 9, le même jour, il a attendu le train du Mans à Saint-Pierre-des-Corps durant vingt-huit minutes, et il est arrivé à Angers à cinq heures vingt au lieu de quatre heures cinquante — ce dont il a consigné plainte sur le registre d’Angers.
Il est reparti d’Angers pour Cholet, le même jour, par le train no 489, vingt minutes après l’heure fixée, et il est arrivé à Cholet à onze heures vingt-cinq, au lieu de onze heures sept ; hier, dimanche, il est reparti de Cholet pour Angers, par le train no 482, à huit heures cinquante-huit du matin, et il est arrivé à Angers avec une dizaine de minutes de retard, à dix heures trente-quatre au lieu de dix heures vingt-quatre ; enfin, d’Angers, d’où il aurait dû pouvoir repartir à dix heures trente-trois, par le train no 14, il est reparti, en effet, par le dit train no 14, avec un retard qu’il n’a plus pris soin de noter ; en route pour la catastrophe !
Durant trois jours, il avait voyagé pour ses affaires — sans arriver une seule fois à l’heure ! Et cela finissait par un déraillement !
C’est de l’Inspection de Tours que dépend la gare de Saint-Pierre-des-Corps, et c’est l’Administration de Tours qui fait l’enquête.
Jusqu’à présent, il est difficile d’établir d’une façon précise les causes du déraillement.
