1899 – Tamponnement entre un Express et un train de marchandises à Laluque (40)


Le Soleil, 3 septembre 1899, page 3/4




La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, 8 sept. 1899, p. 2/4
Le tamponnement de Laluque.


Dans la matinée de samedi, le bruit se répandait en ville qu’un grave accident de chemin de fer s’était produit sur la ligne de Bordeaux à Bayonne, entre les stations de Laluque et de Rion ; on parlait de plusieurs morts. Le cas était moins sérieux, mais il y a eu cependant à déplorer la mort d’un homme et les dégâts matériels sont importants. La victime de l’accident est le serre-frein M. Jean DUSSIN, âgé de 49 ans, demeurant à Dax avec sa fille, et qui était sur le point d’avoir sa retraite. Le chauffeur BELLOCQ a été contusionné sur diverses parties du corps.
Le Sud-Express avait quitté la gare de Bordeaux Saint-Jean le matin à trois heures quinze. À quatre heures quarante-deux, il dépassait la station de Rion (Landes). Ce train, qui marche ordinairement à la vitesse de 90 kilomètres, donnait à ce moment son maximum de vitesse. À cet endroit, la voie décrit une courbe très accentuée. Le Sud-Express, qui était conduit par le mécanicien BAQUÉ et le chauffeur Joseph BELLOCQ, venait de parcourir la moitié de cette courbe — il se trouvait par conséquent à trois kilomètres environ de Laluque — quand un feu rouge vint attirer l’attention des deux hommes. Un train était devant eux et une collision était inévitable.
Un bruit terrible se produisit alors, en même temps qu’une forte secousse soulevait la machine. La locomotive du Sud-Express venait de heurter le wagon de queue du train de marchandises à une allure aussi modérée que possible. Quatre wagons de ce convoi — ceux précédant le wagon de queue — furent télescopés et projetés sur la voie impair (les deux trains suivaient la voie pair). Le wagon de queue fut brisé et réduit en morceaux. Quant au Sud-Express, sa locomotive avait fait un véritable bond, et elle était sortie des rails, faisant dérailler, avec le tender, le wagon fourgon dans lequel se tenait M. BARRE, et le wagon restaurant venant après, mais dans lequel, par bonheur, personne n’était, vu l’heure matinale. La machine et ces voitures parcoururent en dehors des rails une longueur de 100 à 125 mètres, après quoi la machine se renversa, jetant à terre le tender et alla s’enfoncer d’un mètre dans le talus surplombant la voie.
Par un hasard vraiment miraculeux, le mécanicien du Sud-Express, M. BAQUÉ, qui n’avait pas lâché la barre à laquelle il s’était cramponné après avoir bloqué, toucha terre sans le moindre mal. Son chauffeur BELLOCQ ne fut point aussi heureux ; par l’effet du choc en retour, toute la cargaison de charbon que portait la machine fut projetée sur lui, l’obligeant à cesser d’étreindre la barre et le recouvrant complètement. BAQUÉ courut à lui, et, avec l’aide de personnes venues à ses appels, il se mit en devoir de dégager le chauffeur qu’un moment il crut mort.
Au milieu des débris informes du wagon-queue du train de marchandises, un buste d’homme se détachait. C’était celui de l’infortuné garde-frein du convoi, nommé DUSSIN [Philippe DUSSIN] qui avait eu la partie inférieure du corps littéralement broyée. Son ventre avait été défoncé et ouvert par une des tringles de la guérite de la locomotive. Cet employé sommeillait sans doute dans sa guérite au moment où la collision s’est produite, car on ne s’explique pas, autrement, qu’il n’est pas sauté à terre. Son train marchait à une allure très modérée, et, fatalement, de la position élevée qu’il occupait, DUSSIN devait apercevoir — s’il n’eût fermé les yeux — le Sud-Express arrivant droit sur lui. En admettant qu’il n’eût pas eu le temps de couvrir le convoi, il avait certainement celui de se sauver.
La Compagnie du Midi à Bordeaux, prévenue par télégramme de la collision et de ses conséquences, fit constituer immédiatement un train de secours qui se rendit avec des hommes et du matériel à l’endroit où l’accident s’était produit. On put ainsi procéder assez rapidement au déblaiement de la ligne et au transbordement des voyageurs du Sud-Express qui n’avait heureusement éprouvé dans le choc que des contusions sans gravité.



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