1864 – Suites judiciaires de l’accident de Pierrefitte (93)

Sources :
Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires
Éditions des 30 et 31 janvier 1864

Séance
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k68216217/f2

Plaidoiries
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6821622n/f2

Suites Judiciaires, compte-rendu des audiences du Tribunal correctionnel de Paris (janvier 1864) concernant la catastrophe ferroviaire de Pierrefitte, survenue le 5 janvier 1864.

Le 5 janvier 1864, à 17h48, une collision s’est produite à la gare de Pierrefitte sur la ligne du Nord. Le train 24, venant d’Amiens, était à l’arrêt forcé en gare suite à la rupture d’une bielle d’accouplement de sa locomotive. En raison de ce retard, le train 26, venant de Maubeuge et circulant à une vitesse d’environ 60 km/h pour regagner son propre retard, a percuté violemment l’arrière du train immobile.
Sous la violence du choc, les wagons ont été broyés et la locomotive du train 26 s’est renversée, mettant le feu aux débris. Le bilan fait état de 6 morts et d’environ 60 blessés, dont 25 graves.
Quatre employés de la Cie du Nord ont été traduits en justice pour homicides et blessures par imprudence :

1 / Marcel Dombrowski (mécanicien du train 26) : Il a affirmé n’avoir vu le signal d’arrêt (le disque rouge) qu’à 300 mètres de la gare, distance insuffisante pour stopper le train. Sa défense a invoqué la fatalité, la mauvaise visibilité due au crépuscule, au brouillard et à la fumée, ainsi qu’un froid intense qui aurait perturbé ses facultés. Il a également mentionné que son levier de vapeur s’était cassé lors de la manœuvre d’urgence.
2 / Antoine Haussay (conducteur-chef du train 26) : Il s’est défendu en expliquant que ses fonctions de comptabilité et de gestion des bagages l’empêchaient de surveiller constamment la voie depuis son fourgon. Il a précisé que la corde de communication avec le mécanicien ne fonctionnait pas ce jour-là.
3 / Nicolas Neufsel (chauffeur du train 26) : Il a soutenu que sa mission première était l’entretien de la machine et qu’il ne faisait qu’obéir aux ordres du mécanicien sans avoir à s’occuper de la marche du train.
4 / Pierre Louis Audoin (chef de station à Pierrefitte) : Accusé d’imprévoyance, il a maintenu avoir fait son devoir en faisant tourner le disque au rouge dès l’arrivée du train 24 et en ordonnant aux voyageurs de descendre dès qu’il a perçu le danger.
Le Tribunal a jugé que l’accident était imputable à une négligence grave et à l’inobservation des règlements, soulignant que plusieurs signaux de ralentissement avaient été ignorés avant l’arrivée à Pierrefitte.

Marcel Dombrowski : Condamné à 3 ans d'emprisonnement et 300 francs d'amende.
Antoine Haussay : Condamné à 6 mois d'emprisonnement et 300 francs d'amende.
Nicolas Neufsel : Condamné à 6 mois d'emprisonnement et 300 francs d'amende.
Pierre Louis Audoin (Chef de station) : Acquitté. Le tribunal a estimé qu'il avait respecté les règlements et qu'on ne pouvait lui reprocher de ne pas avoir pris de mesures exceptionnelles dans le court délai de 4 minutes séparant les deux trains.

La Compagnie du chemin de fer du Nord a été déclarée civilement responsable des actes de ses agents. Elle a été condamnée solidairement à payer des rentes viagères aux familles des victimes, notamment à la veuve Dubois et à ses enfants.

De plus une sixième victime a été confirmée à l’ouverte du procés :
Joseph ou Jean Jacques JOUNNEVILLE

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