1894 – Un rocher se détache de la montagne à Camps-Saint-Mathurin (19)


La Presse, édition du 16 novembre 1894
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5475327/f1


L’ACCIDENT D’AURILLAC
NOTRE ENQUÊTE
A Aurillac. – Sur le lieu de l’accident. – Un éboulement. – Deux victimes.

Nous avons annoncé hier, en reproduisant une dépêche reçue dans la nuit, l’accident de chemin de fer qui s’était produit à Aurillac, où un train avait été précipité, disait-on, dans un cours d’eau. La dépêche ajoutait que de nombreux voyageurs avaient été noyés et emportés par le courant.
Les faits sont beaucoup moins graves, heureusement, et maintenant que l’enquête la plus sévère a été faite sur l’accident qui s’est produit et sur ses causes, on sait qu’il n’y a eu que deux victimes : le mécanicien et le chauffeur.
Voici l’explication véritable de l’accident, contre laquelle ne saurait s’inscrire en faux aucun de ceux qui ont visité les lieux après l’accident.
Cette ligne de Brive à Aurillac par Laroquebrou, est une des plus accidentées qui soient. La voie est encaissée entre des collines abruptes hérissées de rochers énormes, suspendues sur les passants comme une perpétuelle menace.
Avec la pluie qui détrempe le sol et déchausse leurs bases, surtout avec le dégel, ces rochers se détachent fréquemment, roulant vers l’abîme avec une violence et une impétuosité inouïes.
Précisément, samedi dernier, un de ces blocs s’était précipité sur la voie pour, de là, bondir ensuite dans la rivière. Ce n’est point une hypothèse, mais un fait dont la constatation est rendue facile par le sillage d’herbes fraîches, de branches cassées, d’arbustes arrachés qu’a laissé le bloc derrière lui. Comme bien on pense, sa chute sur la voie avait produit une dépression considérable et c’est à cause de cette dépression qu’il faut rapporter le déraillement.

La catastrophe
Il était environ neuf heures vingt lorsque l’accident a eu lieu; le train de Saint-Denis venait de franchir Laval-de-Cère. Tandis qu’à l’endroit même où s’était produite la dépression il décrivait une courbe sur sa droite, le long de la Cère, la locomotive échappant aux rails se jeta sur l’accotement, parcourut encore une quarantaine de mètres et finalement s’écroula dans la rivière.
Le tender et le premier wagon l’y suivirent.
Derrière ce premier wagon, la communication fut brusquement rompue, d’où le fonctionnement instantané du frein automoteur, qui maintint les derniers voitures sur la voie, sans toutefois empêcher le heurt formidable de ces voitures contre le second wagon, lequel fut à peu près mis en pièces.
Dans le premier wagon, celui-là même qui fut jeté dans la Cère, se trouvaient M. le capitaine Garon, M. Tellier, chef de district, et M. Paucot, postier convoyeur. Une vingtaine de voyageurs occupaient les quatre autres voitures.
Grâce à l’intelligence et à l’intrépidité de M. le capitaine Garon, auquel on ne saurait adresser trop de félicitations, tous ces voyageurs furent sauvés. Seuls le mécanicien, M. Marty, [Théodore MARTY] et le chauffeur, M. Bar, [Pierre BAR] deux ouvriers estimés, pères de famille, avaient été tués au coup.
Au moment de la catastrophe, M. Mouret, le chef de train, qui, lui aussi, a fait preuve d’un grand dévouement pour opérer le sauvetage de certains voyageurs tenus suspendus au-dessus de l’abîme, se trouvait à son poste dans la voiture de queue. Les freins fonctionnèrent sans doute avec une régularité parfaite, car c’est à peine s’il éprouva une légère commotion. Le train lui parut seulement s’être arrêté pour une raison qu’il ignorait. Il descendit, et c’est alors seulement qu’il comprit ce qui se passait.
Les secours furent organisés aussi rapidement que possible et sur les lieux la Compagnie envoyait bientôt MM. le docteur Girou, Reboul, Fualdés, etc.
Les ouvriers habilement dirigés opéraient le déblayage et retiraient les corps des deux seules victimes qui ont été inhumées hier à Aurillac au milieu d’une foule considérable. Ce sont de nobles victimes du travail et la Compagnie d’Orléans, à laquelle ce déplorable accident ne peut être reproché, a déjà assuré le sort des orphelins et des veuves.


Version du journal L’Avenir édition du 15 novembre 1894

Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4556792w/f3
L’accident ferroviaire sur la ligne accidentée de Brive à Aurillac, près de Laval-de-Cère, s’est produit aux environs de 9h20 du matin lorsqu’un train en provenance de Saint-Denis a déraillé. Un éboulement, causé par la chute d’un bloc de pierre sur la voie, a provoqué une dépression qui a désaxé la locomotive, la précipitant avec le premier wagon dans la rivière Cère.
Le mécanicien, M. MARTY, et le chauffeur, M. BAR, ont tragiquement perdu la vie lors de l’impact. Le freinage d’urgence a séparé les wagons arrière, causant un heurt violent contre le second wagon, qui a été fortement endommagé.
Le capitaine Garon a joué un rôle déterminant dans le sauvetage des passagers du premier wagon, tombé dans la rivière. M. Tellier, chef de district, et M. Paucot, postier convoyeur, se trouvaient également dans ce wagon. De plus, M. Mouret, le chef de train, qui se trouvait dans la voiture de queue, a fait preuve d’un grand dévouement en participant au sauvetage des voyageurs, certains étant suspendus au-dessus du vide. Les secours ont été organisés rapidement, avec l’arrivée de professionnels tels que le docteur Girou et MM. Reboul et Fualdés.
La compagnie de chemin de fer a rapidement pris des mesures pour soutenir les familles des victimes, reconnaissant le dévouement de ses employés. L’enquête a confirmé que l’accident était le résultat d’un éboulement imprévisible, soulignant les défis posés par le terrain accidenté de cette ligne ferroviaire.

L’Écho de la Montagne, édition du 15 novembre 1894

Terrible accident de Chemin de Fer, dans la Corrèze
Samedi soir, vers huit heures et demie, le train 1052, venant de Brive et de Saint-Denis, qui doit arriver à Aurillac à neuf heures quarante-cinq,a déraillé entre les stations de Laval-sur-Serre [Cère] et Lamativie, au point kilométrique 666,600, à l’entrée du département. À cet endroit, la voie est creusée dans le roc à douze mètres environ au-dessus du niveau de la rivière La Cère, qui coule dans le ravin. Le déraillement est dû à la chute d’un bloc détaché du flanc des montagnes. La machine. son tender et deux wagons de voyageurs ont été précipités dans la rivière, considérablement grossie heureusement par la pluie qui n’a cessé de tomber abondamment ces jours-ci Dans cette terrible chute, le mécanicien, le nommé Théodore MARTY, marié sans enfants, à eu la cage thoracique broyée et a dû mourir sur le coup; le chauffeur, le nommé BAR, père de trois enfants, a également trouvé la mort; MM. Mouret, chef de train et Paucot. convoyeur des postes, ont été blessés. Le courant étant très rapide à l’endroit où l’accident s’est produit, on ignore s’il n’y à pas eu d’autres victimes entraînées par les eaux. Il y avait une trentaine de voyageurs dans le train. Par bonheur, les wagons de queue sont restés sur la voie. M. Paviot, capitaine au 139°, A Aurillac, et Mme Numa, femme d’un employé de chemin de fer, qui se trouvaient dans un wagon broyé, ont été sauvés miraculeusement. Une machine de secours est partie d’Aurillac; elle était de retour,amenant les voyageurs, à trois heures du matin seulement. Sur les lieux, le spectacle était horrible, tout d’abord après la catastrophe. Voici des rectifications et des détails complémentaires :; La machine, son tender et les deux wagons de tête,. un, de première et seconde classes et un de troisième ont été précipités dans la Cère d’une hauteur de douze mètres. Tout ce matériel est encore dans l’eau, éventré ou sur la berge; on travaille à le sortir. Le mécanicien Théodore MARTY a été retrouvé écrasé entré les roues du milieu de la locomotive, dans l’eau : il laisse une veuve sans enfants;le chauffeur BAR, qui laisse une veuve et trois enfants, a été broyé entre la locomotive et son tender: son corps flottait sur l’eau; Mouret. chef de train, n’a été que contusionné ainsi que Paucot,convoyeur des postes et Teillier, chef de district à Laroquebrou. Le capitaine Garou, et non pas Paviot du 139°, à té contusionné également. C’est à lui qu’on doit le sauvetage de la dame Nuc, et non Numa.Il a aussi aidé, à la lueur d’une lanterne, le convoyeur Paucot à sauver le sac des dépêches que le courant emportait; sa conduite a été très courageuse. Le parquet s’est transporté sur les lieux. De l’enquête il résulte que la catastrophe a été produite par un bloc énorme de rochers que la pluie a détaché de la tranchée à-pic et qui a défoncé la voie, puis roulé dans la Cère en laissant des éclats sur les rails. La machine, qui marchait à la vitesse normale, est allée, avec le tender, le fourgon et les deux premiers wagons, s’abîmer dans la gorge, tandis que le reste du convoi est reste.sur les rails, grâce à la rupture des attelages. C’est hier matin qu’ont eu lieu, à neuf heures et demie, les obsèques des deux malheureuses victimes de la catastrophe de Laval-de-Cère. Les dépouilles mortelles du mécanicien Théodore MARTY et du chauffeur BAR étaient placées dans deux corbillards, traînés par des chevaux caparaçonnés de noir. Les, cercueils étaient couverts de. couronnes en fleurs naturelles au milieu desquelles on remarquait deux magnifiques gerbes. offertes par le préfet du Cantal. Un concours sympathique de personnes s’échelonnait dans les rues suivies par le convoi, se découvrant respectueusement à son passage. Les cordons des poêles étaient tenus par des collègues des défunts, des vaillants comme eux qui, chaque jour, risquent leur vie et peuvent tomber demain victimes du devoir. Dans le cortège avaient pris place de nombreuses personnalités de tout rang et de tout ordre; nous avons remarqué la présence de MM. Bluzet, préfet du Cantal; le général de brigade Tanchot, accompagné de son officier d’ordonnance, M. le capitaine Mary; Canal, secrétaire général; le docteur Fesq, maire d’Aurillac; Abel et Delrieu, adjoints; Cambecédès, procureur de la République. Remarqué également plusieurs ingénieurs et fonctionnaires de la compagnie d’Orléans, M. Reboul, chef de gare; les représentants de là magistrature, de l’armée, et, de la presse locale et régionale; des conducteurs et employés des ponts et chaussées; des délégations ouvrières en grand nombre, etc. On peut évaluer à deux mille personnes environ le nombre des assistants. On peut évaluer à deux mille personnes environ le nombre des assistants. Parmi les couronnes, méritent d’être spécialement mentionnées celles offertes par les dépôts d’Aurillac, celle fort belle en perles noires et blanches, de Capdenac, deux fort belles aussi, de Saint-Denis, de Murat, de Périgueux. Ces couronnes sont portées par des délégués de divers dépôts. Devant la tombe du chauffeur, M. le préfet prend la parole : « Les deux héros du devoir, dit-il, que nous pleurons aujourd’hui n’étaient pas originaires de la cité et leur profession les en tenait constamment éloignés. Néanmoins, une foule énorme leur a fait cortège jusqu’ici : c’est que la voix de la solidarité humaine s’est fait entendre. » Le mécanicien MARTY et le chauffeur BAR, que nous pleurons, ont été frappés comme des soldats d’avant-garde. D’autres les remplacent aujourd’hui. animés du même courage, au même poste, insoucieux du péril noble émulation dans le dévouement. A » Qu’il me soit permis d’associer à cette manifestation imposante l’hommage douloureux de la République française qui veut honorer, dans ce deuil, le travail, le courage et le dévouement ! ». Ce discours écouté avec recueillement, la foule s’écoule de nouveau, silencieuse. Elle suit le convoi du malheureux MARTY dont les restes vont être transportés à Périgueux et qui ont été amenés jusque-là pour qu’ils aient leur part de la manifestation de sympathie qui s’est faite spontanément dans le public, en faveur des deux victimes du travail.


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