
La Presse, édition du 13 septembre 1894
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k547470j/f1
Accident de Chemin de fer
Panique indescriptible. — Un mort. — Nombreux blessés.
(De notre correspondant particulier)
Béziers, 12 septembre. — Le train léger n° 857, qui part de Béziers à cinq heures trente-trois du soir, venait de quitter la station de Montpaon, quand, après quelques kilomètres de route, non loin de Fondamente, au bas d’une descente, une conduite du frein à air comprimé s’étant rompue, le convoi se trouva bloqué.
Malheureusement, le train de marchandises 2861, remorqué par une puissante machine, avait quitté Montpaon cinq minutes après le train léger. Les signaux réglementaires n’avaient-ils pas été faits par le train bloqué, ou bien le mécanicien du train de marchandises ne les a-t-il pas aperçus ? C’est ce que l’enquête établira.
Quoi qu’il en soit, le train de marchandises est venu tamponner le train de voyageurs. Il était exactement 8 h. 34 du soir.
Le choc fut épouvantable. La locomotive du train de marchandises vint broyer quatre wagons.
Fort heureusement, les voyageurs du train 857 avaient mis la tête à la portière pour savoir d’où provenait l’arrêt prolongé du train.
Ils purent ainsi apercevoir les feux de la locomotive qui arrivait sur eux. Ce fut immédiatement un sauve-qui-peut général. Les voyageurs sautèrent à bas des compartiments, essayant de gagner le large, s’embarrassant dans les fils qui longent la voie, trébuchant contre les haies.
Tous ne purent échapper à la catastrophe.
Le premier moment de confusion passé, on dut relever plusieurs blessés : c’était d’abord le chef du train de marchandises, un nommé PALAS, [Laurent PALLAS] habitant Sainte-Affrique, qui avait bien sauté de son fourgon, mais si malheureusement qu’il a eu les deux jambes broyées.
Il est mort trente-cinq minutes après.
PALAS laisse une veuve et plusieurs enfants.
Huit autres voyageurs étaient plus ou moins grièvement atteints, aux jambes ou à la figure.
Parmi ces derniers on cite :
M. et Mme MARION, dentistes, venant de Marseille
M. BONTOUX, voyageur
M. FAGES, négociant à Montpellier
M. D’ESTIENNE, voyageur de commerce, de Rouen
M. TARASCON, négociant à Pezenas
Au premier bruit de l’accident, le maire et le curé de Fondamente se sont transportés sur les lieux.
Les autres blessés sont transportés à un hôtel de Fondamente, où ils reçoivent les soins nécessaires.
La voie n’est pas encore déblayée.
