1876 – Déraillement sur la ligne Alès -> Pouzin (07)

Le Figaro du 10 juin 1876
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k275994v/f2

Télégrammes et Correspondances – Service particulier du FIGARO
DÉRAILLEMENT SUR LA LIGNE D’ALAIS AU POUZIN.

MONTÉLIMAR, 9 juin, 1 h. 35 soir.
Je me suis transporté cette nuit à l’endroit où s’est produit le terrible accident d’hier. C’est un spectacle navrant.
Le train de marchandises se dirigeant sur le Pouzin, composé d’une quarantaine de wagons chargés de rails et de charbons, a déraillé à la descente dite des Combes, dont la rapidité nécessite, de la part des employés de la Compagnie, de grandes précautions. On suppose que la charge considérable des wagons a imprimé à la machine une vitesse contre laquelle les précautions employées ont été impuissantes.
Le mécanicien reconnut le danger après que le train se fut engagé sur la pente fatale, et fit entendre le signal d’alarme. Les serre-freins, fort nombreux, firent tous leurs efforts pour ralentir la vitesse du train qui n’en continua pas moins sa descente vertigineuse vers le Teil.
C’est alors que les employés, au nombre de 15 (ce nombre de 15 serre-freins ne vous étonnera pas, quand vous saurez que les pentes rapides abondent sur cette ligne, inaugurée il y a un mois), se sont vus perdus et, en passant par le petit village de Melas, les habitants ont entendu les malheureux pousser des cris de désespoir.
Dans la traversée de ce village, bien que le mécanicien eût renversé la vapeur, le train laissait après lui une longue traînée lumineuse, provenant du rapide frottement des freins sur les roues.
Au bas de la pente terrible, et sur un point où la voie décrit une courbe très brusque, la machine dérailla et la poussée des wagons fut telle qu’elle fut renversée en travers de la voie sens dessus dessous, les roues en l’air et la cheminée profondément enfoncée dans le sol. Les quarante wagons vinrent s’empiler les uns sur les autres. C’est un amas informe de fers tordus et de bois déchiquetés.
Le mécanicien fut projeté par dessus la locomotive et en fut quitte pour quelques confusions. Le chauffeur fut broyé. On aperçoit encore une partie de son cadavre engagé sous la machine. Il faisait son premier voyage. Un autre, percé de part en part par un éclat de bois, enseveli sous les décombres, demandait à boire d’une voix suppliante. On versait du café sur une planche aboutissant à sa bouche. Puis la voix s’est éteinte. Il était mort. Cinq cadavres ont été retirés de sous ces ruines.
Des quatre blessés transportés à l’hospice de notre ville, un est dans un triste état.
Les parquets de Montélimar et de Privas se sont transportés sur le théâtre de la catastrophe pour ouvrir une enquête. Le déblaiement se poursuit avec activité.

Mise à jour de la page avec une 6ème victime

 

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