Le Petit Journal, édition du 19 septembre 1871
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5912248/f1
L’ACCIDENT DE PONT-SUR-YONNE
La compagnie du chemin de fer de Paris Lyon-Méditerranée nous transmet la note complémentaire qui suit :
Paris, 17 septembre 1871.
La compagnie de Lyon a reçu ce matin les nouvelles suivantes touchant les résultats du déraillement de Pont-sur-Yonne à Champigny.
Onze personnes sont mortes. — Il y a une vingtaine de blessés dont un très grièvement. — Quatorze blessés ont pu arriver à Paris, les autres sont soignés à Champigny et à Sens.
On n’a pas encore le nom des victimes.
L’accident a bien été causé par la rupture d’un essieu.
Notre collaborateur, M. Marc Constantin, qui est allé sur les lieux, nous adresse la dépêche suivante :
Pont-sur-Yonne, 17 septembre, 8 h, soir.
Le terrible accident a eu lieu entre Sens et Montereau, à treize kilomètres de Sens, près de Pont-sur-Yonne.
Le wagon dont l’essieu s’est brisé était un wagon chargé de fonte, placé entre deux wagons de voyageurs.
Lorsque l’accident s’est produit, les voitures se sont amoncelées et ont été projetées des deux côtés de la voie.
Le choc a été tellement subit et terrible que onze personnes ont été pour ainsi dire foudroyées, et que le nombre des blessés est évalué de trente à trente-deux.
Des secours ont été organisés sur-le-champ.
On a transporté les morts dans l’église du hameau la Chapelle-Champigny.
Voici les noms des victimes :
Desprès, capitaine au 35e de ligne [Emiland DESPRES]
Jules Guérin, voyageur de commerce [Jules GUERIN]
Mariani, gendarme [Grégoire MARIANI]
Julien Bene, employé à la gare de Villefranche [Jules Emant BENE]
Une dame, âgée d’environ 25 ans, inconnue, dont le linge était marqué F V. (identifiée comme étant Françoise VAIRET)
Pierre Barret, garde-magasin à la gare de Valence [Pierre BARRET]
Isabelle Lécuyer, âgée de onze ans, née dans la Seine-et-Oise [Isabelle LESCUYER]
Un gendarme [Guillaume Emile ZILLHARDT]
Eugénie Cuvilier [Eugénie CUVILLIER]
Une jeune femme enceinte, sûrement la sœur d’Emilans Despres [Mariette DESPRES]
Une jeune fille de dix-huit ans (non trouvée à EC de Champigny)
Les obsèques de ces malheureuses victimes ont eu lieu ce soir, à cinq heures. Les cadavres ont été provisoirement enterrés dans le cimetière de la Chapelle-Champigny.
Les blessés sont : l’abbé Marcilly, de Paris ; Possart et Chouvet, gendarmes ; Vaulindem, soldat de la légion étrangère ; Mollard ; Mouchotte ; Pierre Perrotti ; Sigeau ; Nicolas Conté ; André Casouil ; Guillaume Zillhart, brigadier de gendarmerie ; le père, la mère et la sœur d’Eugénie Cuvillier ; Pierre Barbier, militaire ; Mme Pinchaud, de Paris ; Mme Chaillot, de Paris ; Guillet, de Paris.
Je rentre à Paris, vous apportant les détails les plus circonstanciés.
Signé : MARC CONSTANTIN.
Le Messager du Midi, 22 septembre 1871
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7371213p/f2
L’ACCIDENT DE PONT-SUR-YONNE.
Un terrible accident de chemin de fer est arrivé sur la ligne de Paris à Lyon, près la station de Pont-sur-Yonne.
Le Petit-Journal publié sur cet accident les détails suivants, qui sont de nature à douloureusement intéresser nos lecteurs, — Lire la suite —
Le train direct n° 21 était lancé à toute vitesse entre Sens et Montereau, dépassant sans s’y arrêter les stations intermédiaires.
Un peu avant d’arriver à Pont-sur-Yonne, la voie ferrée suit une ligne droite, sur un remblai d’un mètre cinquante d’élévation.
Vers neuf heures et demie, à la hauteur du poteau kilométrique 96, le train éprouve une secousse ; un épais nuage de poussière s’élève de la voie; un grand nombre de voyageurs mettent la tête aux portières.
Fatale curiosité !… On ne s’était pas encore rendu compte de ce qui arrivait, quand les wagons se heurtent, s’amoncellent, se brisent dans un horrible fracas; le train, qui ne forme plus qu’un inextricable monceau de débris et de cadavres, est jeté dans le fossé.
Des cris de détresse se font entendre; les voyageurs assez heureux pour n’avoir reçu que des contusions se précipitent au secours des victimes.
Avant d’aller plus loin dans notre lamentable récit, disons que l’essieu d’un wagon surchargé de fonte s’était brisé.
La vitesse acquise du train l’avait entraîné; les barres de fer ont labouré le sol, soulevant la poussière, jusqu’à ce qu’un obstacle ait amené l’amoncellement des voitures.
Par malheur, ce wagon était au milieu des wagons de voyageurs, au lieu de se trouver à la suite du train, comme cela se pratique d’habitude. C’est ce qui a rendu l’accident aussi meurtrier.
Les cris de détresse des voyageurs ont été entendus par les habitants de Champigny, de Pont-sur-Yonne et de la Chapelle-Champigny, petit hameau situé à deux kilomètres de la voie.
Ils sont accourus au plus vite et ont apporté une aide puissante aux voyageurs valides qui avaient entrepris le sauvetage.
Quand les habitants des pays voisins sont arrivés, plusieurs blessés avaient été retirés des voitures; des cadavres défigurés étaient déjà étendus sur la voie, et toujours des cris arrachés par la douleur se faisaient entendre de dessous les décombres.
Les médecins de Combon, de Pont-sur-Yonne, de Villeneuve-la-Guiare, des médecins de la Compagnie sont arrivés et ont prodigué leurs soins aux blessés, qui, presque tous, ont souffert à la figure par suite de leur position aux portières au moment du choc.
Des nez emportés, des fronts dénudés, des yeux déchirés, des machoires fracassées…, c’est horrible.
Les sœurs de charité, avec la touchante sollicitude qui est le caractère propre de leur saint ministère, veillaient à l’installation des blessés sur les charrettes, sur les brancards.
Mme la comtesse Vigier (née de Salignac), dont le château est près du lieu du sinistre, avait fait apporter une grande quantité de linge qu’elle a distribué elle-même avec un empressement et une ardeur de charité dont tout le monde a été touché.
Les personnes gravement blessées ont été transportées dans la salle de l’école communale de la Chapelle-Champigny.
Les cadavres ont été déposés dans l’église du même village, dont le maire s’est fait remarquer par son zèle à secourir les malheureuses victimes.
Les blessés :
L’abbé Marcilly, de Paris
Possart et Chouvet, gendarmes
Vaulindem, soldat de la légion étrangère
Mollard
Mouchotte
Pierre Perrotti
Sigeau
Nicolas Conté
André Casouil
le père, la mère et la sœur d’Eugénie Cuvillier
Pierre Barbier, militaire
Mme Pinchaud, de Paris
Mme Chaillot, de Paris
Guillet, de Paris
Lors du procès le nombres de victimes a été revu : 10 décès et 23 blessés
