La Presse du 27 juillet 1873
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k514390c/f3
Affreux accident.
On lit dans le Journal d’Indre-et-Loire :
Un affreux accident a eu lieu avant-hier à Saint-Lazare, à deux kilomètres de Chinon, sur la ligne du chemin de fer en construction, de cette ville à Bressuire.
Vers sept heures et demie du soir, un train de ballast, qui venait de faire son chargement, s’est rencontré avec un autre train ramenant de Loudun un assez grand nombre d’ouvriers employés sur la ligne.
La collision a été terrible. Les ouvriers, précipités sur la voie, sont tombés au milieu des débris de plusieurs wagons broyés par le choc des deux trains.
Aux cris des victimes, on accourut de Saint-Lazare, et bientôt la nouvelle du sinistre ayant été portée à Chinon, un grand nombre d’habitants parmi lesquels on remarquait M. Germau, le nouveau sous-préfet, les autorités municipales, les magistrats, des médecins et des pharmaciens, se rendirent sur le lieu de l’accident.
Au milieu des débris on trouva le corps du nommé Landry, affreusement mutilé. [René LANDRY] Ce malheureux avait été tué sur le coup.
Un second ouvrier avait une jambe fracturée de telle sorte que l’amputation était indispensable.
Quatre autres étaient également blessés grièvement. Quatorze avaient des contusions sans gravité.
Les blessés, après avoir reçu les premiers secours sur le lieu même, ont été transportés à l’hospice de Chinon, où les attendaient les soins les plus dévoués.
On dit que l’un d’eux a succombé quelques heures après. [on dit que … pas trouvé de 3ème décès à Chinon]
Un fait déplorable est venu ajouter encore aux douloureuses impressions produites par cet affreux événement.
Au moment de l’accident, M. Ernest Villemain, [Joseph Ernest VUILLEMIN] ingénieur civil, attaché comme chef d’exploitation au service de M. Duleau, entrepreneur des travaux de la ligne, était monté sur la locomotive remorquant le train chargé de matériaux. Il ne fut pas blessé dans la rencontre des deux trains, mais la vue de l’horrible spectacle qui s’offrit à ses yeux après la collision lui fit perdre complètement la tête. Le désastre était sans doute terrible, mais M. Villemain le crut plus grand encore; il se figura que tous les ouvriers montés dans le train avaient péri.
Etant rentré presqu’aussitôt dans sa maison, qui est située près de la gare provisoire, il éloigna sa domestique sous un prétexte quelconque, et se donna la mort d’un coup de revolver.

Le Petit Journal du 28 juillet 1873
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5919020/f3
DÉPARTEMENTS
On nous écrit de Chinon.
Hier a eu lieu l’enterrement des victimes de l’accident de Chinon.
Une grande partie de la population de Chinon, les autorités en tête s’étaient joints au convoi.
Tout le monde s’associait au deuil de la famille de M. Willermon, (VUILLEMIN) jeune et excellent sujet estimé dans le pays, qui, s’exagérant encore les conséquences de l’accident, s’est suicidé dans le moment d’exaltation
que lui avait causé l’événement.
L’état des blessés est satisfaisant, à part une amputation qui est à craindre chez l’un d’eux. Quelques jours de soins et de repos remettront les autres.
Aujourd’hui, les travaux ont repris leur cours, la commission de réception qui devait se réunir le 29, se réunira seulement le 4, et l’ouverture de la section aura lieu le 10 août.
