Le Constitutionnel du 11 mars 1871
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k676006t/f2
COLLISION AU CHEMIN DE FER DE PUTEAUX.
L’administration nous communique la note suivante:
Aux termes de la Convention passée entre le gouvernement français et les autorités allemandes, le 28 janvier 1871, la circulation des trains dans la zone occupée, est réglée par les autorités allemandes, et la circulation a lieu aux risques et périls du gouvernement auquel chaque train appartient.
Hier au soir, vers sept heures, un train de blessés allemands, parti du Mans, a été rejoint en gare de Puteaux, par un train de marchandises allemand, parti de Versailles (R. D.) Une collision a eu lieu, dans laquelle il y a à regretter de graves accidents.
La voie de Versailles sera rendue à la circulation dès aujourd’hui, 10 mars.
Voici comment le Figaro rend compte de la catastrophe:
Un convoi de malades et de blessés prussiens, conduit par des employés français appartenant à la compagnie de l’Ouest, se rendait du Mans à Pantin, pour être ensuite dirigé sur l’Allemagne. Ce convoi se composait de trente-deux wagons, chaque wagon contenant à peu près vingt à vingt-cinq hommes.
A sept heures, au moment où le convoi entrait dans la gare de Puteaux, le chef de train s’aperçut qu’un train de banlieue arrivé en retard occupait déjà la voie dans cette gare. Il fit aussitôt stopper et le chef de gare se mit en devoir de faire les signaux indiquant que la voie n’était pas libre.
Au même instant arrivait à toute vapeur un train de marchandises qui suivait le train de blessés. Que se passa-t-il? Les signaux n’étaient-ils pas encore faits, ou le mécanicien ne les aperçut-il pas ? Nous ne savons. Toujours est-il que le train lancé à toute vitesse vint heurter les derniers wagons du convoi prussien.
Le choc fut épouvantable. Sur les 32 wagons, 19 furent broyés avec les malheureux qu’ils contenaient. La locomotive du train de marchandises fut également démolie ainsi que les cinq ou six premiers wagons.
Les employés français qui conduisaient le train allemand n’ont pas été blessés. Le mécanicien et les chauffeurs n’ont eu qu’un choc violent. Quant au serre-freins, qui se trouvait sur la dernière voiture, celle qui la première reçut le choc, il a eu le temps et la présence d’esprit de sauter sur le talus, d’où il a roulé à terre, et en a été quitte pour quelques égratignures.
Malgré l’article du journal, j’ai trouvé le décès d’un des conducteurs français, [Étienne SAUTREAU]
Dès que la nouvelle de cet accident est parvenue à la gare de Paris, le directeur a fait immédiatement chauffer un train de secours, dans lequel il a pris place avec des médecins et plusieurs employés supérieurs de la compagnie de l’Ouest.
Un certain nombre de wagons vides ont été joints à ce train pour ramener ceux des blessés dont l’état permettra le transport.
Ce train est parti de la gare Saint-Lazare à 10 heures 40 minutes du soir.
Le Constitutionnel du 13 mars 1871
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k676008k/f4
Réactions prussiennes :
L’accident survenu à Puteaux sur la ligne de l’Ouest a coûté la vie à vingt personnes. Le nombre des blessés s’élève à plus de cent.
A la suite de cette catastrophe, deux régiments prussiens sont revenus prendre leurs cantonnements d’Asnières qu’ils avaient évacués lundi dernier. A Asnières, comme partout, les Prussiens se sont ignoblement conduits. Ils ont dévalisé la manufacture de pianos de la maison Pape, démontant les machines et les emportant avec tous les outils des ateliers et tous les bois de réserve. M. Pape, vieillard de 80 ans, a été au trois quarts étranglé. Un piano qui avait été enlevé à la pension Tonquerel, n’a pas été emporté; l’officier qui l’avait choisi, l’ayant trouvé trop faux, en a fait cherché un autre par ses soldats, et après en avoir essayé une dizaine, il a jeté son dévolu sur celui de la diva Thérésa.
(L’Ami de la France.)
Aucune trace des soldats prussiens à l’état-civil de Puteaux (Acte de décès de mars 1871)
