L’Echo de l’Orne
Edition du 21 août 1879
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t52124476x/f2
La catastrophe de Flers.
Une épouvantable catastrophe a eu lieu, vendredi dernier, sur la ligne d’Argentan à Granville.
Le train nº 51, partant d’Argentan à 5 heures 30 du matin pour Granville, s’est heurté contre un train de marchandises se dirigeant sur Flers. Le choc a eu lieu dans une courbe entre Flers et Monsecret, près la halte de Caligny. Il a été terrible par suite de la vitesse qu’avaient les deux trains. Ce n’est qu’à une distance de quarante à cinquante mètres que les conducteurs se sont aperçus qu’ils étaient lancés l’un sur l’autre; ils ont néanmoins serré les freins, mais la distance séparant les deux trains était trop faible pour que la collision pût être évitée et même la vitesse ralentie. Par une fatalité, le convoi de marchandises était ce jour-là d’une longueur et d’un poids extraordinaires; ayant par conséquent une force de résistance plus considérable que le train de voyageurs, il a broyé complètement les trois premiers wagons de ce dernier. Les locomotives se sont enfoncées l’une dans l’autre, en se soulevant de l’avant, et les chauffeurs et mécaniciens ont été tués sur le coup. La plupart des autres wagons du train de voyageurs ont déraillé ou sont entrés l’un dans l’autre. La violence du choc a même fait sauter les parois latérales de certaines voitures, en même temps qu’elle projetait en avant les voyageurs. Quand cet effrayant mouvement, ce fracas fait de brisures, de cris d’épouvante et de sifflements cessa, la voie était, sur une longueur de 80 mètres, couverte de débris flambants, de morceaux de fers déformés, de wagons crevés, de blessés et de morts. Il y eut vingt minutes d’écrasements, de gémissements et de panique; puis, les survivants se retrouvant sur leurs pieds, se comptèrent, se tâtèrent.
On organisa les secours, on courut au prochain télégraphe, et l’on tira, des voitures fracassées, les mourants et les morts. Presque tous étaient rangés sur le talus de la voie lorsqu’arriva enfin un train de secours précipitamment organisé par le chef de gare de Flers, qui a montré en cette occasion l’intelligence et l’activité les plus louables. Ce train amenait plusieurs médecins de Flers et notamment M. le docteur Amphrey-Métairie, médecin de la compagnie de l’Ouest. On fabriqua des brancards, et morts et blessés furent transportés chez les frères de l’école chrétienne et à l’hospice de la Miséricorde. Tous les blessés de Flers ont été, sur leur demande, reconduits chez eux.
Trois personnes, les sieurs Hamel et Bataille, mécaniciens de la compagnie, et Guesnon, chauffeur du train de voyageurs, ont été tués sur le coup; six autres sont mortes en arrivant à Flers: Fantray (FAUTRAY), conducteur du train de marchandises; Leprince, marchand de beurre à Flers; Dumont, de Bretteville; Mme Gassion, de Rouen; Mme Durand, de l’Oisellerie, et M. Léon Bretonnel, marchand de vins à Alençon.
- ADAM Jean Émile Auguste
- BATAILLE Alexandre Jean
- BRETONNEL Léon
- DURAND Marie Rosalie
- GUESNON Florentin
- HAMEL Jean
- HAUTEMS Hortense Clémentine
- HUSSON Louis Victor Jean Baptiste
- LEFEVRE Achille
- LEPRINCE Michel Auguste
- FAUTRAY (FAUTRÉ) Julien Léonard
Wikipédia a repris ce total de 13 personnes décédées.
Il y a quand même des erreurs :
M. DUMONT s’avère être Jean Emile ADAM dit Dumont, de la commune de Breteville.
Il manque M. Achille LEFEVRE, le mari de Mme GASSION
Mme GASSION épouse LEFEVRE, elle n’est pas décédée dans cet accident, j’ai retrouvé son acte de décès à Rouen quelques années plus tard.
Mme Hortense HAUTEMS, belle-mère de M. LEFEVRE
Louis Victor HUSSON, jeune homme de 16 ans.
Le nombre des blessés n’est pas exactement connu; il est toutefois considérable, et, malheureusement, un certain nombre d’entr’eux l’ont été si grièvement qu’ils laissent peu d’espoir — Lire la suite —
MM. Ricquier, Frevey, Chesnel, Chevrier; tous quatre sont de jeunes soldats du 102e de ligne. Les blessures des deux premiers sont mortelles.
MM. Alfred Mauvielle et Alfred Patel, engagés volontaires au 41° de ligne. On espère que tous deux guériront de leurs blessures.
M. Durand, dont la femme figure dans la liste des morts.
M. Lucien Marie.
M. Larome et sa femme, de Flers, grièvement blessés tous les deux aux jambes et au bras.
Mlle Lainé, de Flers.
Mme Dubois, de Flers, jambes brisées.
M. Lefort, pharmacien au Mesle-sur-Sarthe, et sa femme.
Mme Leprince, femme d’un marchand de beurre de Flers, dont le mari a été tué.
M. Vallée, épicier à Alençon, jambe et bras brisés.
M. Coquet, tailleur à Flers, bras cassé.
Mme Gaillard, de Belle-Isle-Regard.
M. Pellouin, forgeron à la Ferté-Macé.
MM. Leduc, Ferréol, Verger, tous trois appartiennent à la compagnie de l’Ouest, le premier comme chauffeur, les deux derniers comme conducteurs de trains.
M. Schaëlzé, neveu du chef de gare de Flers.
M. Barré, Mme Cordier, Mlle Cordier, fille de la précédente, Mlle Aupois, tous quatre de Condé-sur-Noireau.
M. le docteur Lemaitre, de Périers (Manche).
M. Lefèvre, Mme Lefèvre et Mlle Lefèvre, tous trois de Rouen, d’où ils étaient partis la veille.
Le fils de M. Chasselet, chef de gare à Caen, blessé assez grièvement à la tête.
Dimanche ont eu lieu, à Flers, les obsèques de trois victimes, auxquelles ont assisté M. le sous-préfet de Domfront, M. le maire de Flers et ses adjoints, et une grande partie de la population. Tout le monde a rivalisé de zèle pour porter secours aux blessés, et les médecins particulièrement ont montré un zèle admirable. Le sous-chef de gare, M. Vassel, responsable de l’accident, est un excellent employé, sobre et intelligent, et qui a d’excellents états de service. Il est en ce moment écroué à la prison de Domfront et dans un état de prostration absolue, qui fait craindre pour sa raison et même pour sa vie.
Les Conséquences :
Accident de Flers (Ouest. — 15 août 1879).
— Le 15 août 1879, vers 7 heures du matin, entre les gares de Flers et de Monsecret-Tinchebray, le train de voyageurs 51 parti de Flers et le train de marchandises 280 marchant en sens opposé se rencontrèrent sur la voie unique, dans une section en remblai et en courbe, comprise entre deux tranchées et où les conditions de visibilité étaient très mauvaises.
Dix personnes furent tuées et cinquante-deux blessées.
La responsabilité de cet accident incombait tout entière au sous-chef de gare de Flers, qui, après avoir reçu le train 54, avait expédié le train 51 avant l’arrivée du train 280, sans tenir compte de ce que ce dernier train avait dû être garé à Viessoix, pour laisser passer le train 54 qu’il précédait habituellement.
Cet agent fut condamné à deux ans de prison et 300 francs d’amende par un jugement du tribunal correctionnel de Domfront, en date du 13 septembre 1879.
A la suite de la collision de Flers, une décision ministérielle du 26 août 1879 institua une Commission d’enquête sur les moyens de prévenir les accidents de chemins de fer. Cette enquête a abouti à l’importante circulaire ministérielle du 13 septembre 1880, relative à la sécurité.
