1867 – Déraillement sur la Petite-Ceinture à Vincennes (94)

Le Figaro, édition du 23 septembre 1867
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2708767/f3

L’ÉVÉNEMENT
Accident du Chemin de fer de Vincennes
Dimanche, midi.

Hier soir, une foule compacte stationnait sur la place de la Bastille, devant la gare du Chemin de fer de Vincennes. On s’entretenait avec animation de l’accident qui venait d’avoir lieu.
Sur les dix heures, il était déjà question de trente morts ! et pourtant, à 10 heures 20 minutes, la circulation était rétablie sur une voie. Aujourd’hui, à midi, il ne reste plus d’autre trace de l’accident que la locomotive, échouée sur le côté de la tranchée. La circulation est rétablie sur les deux voies,
Voici ce qui s’est passé :
Le train devant arriver à Paris à 5 heures 5 minutes, approchait de la station de Bel-Air, lorsqu’à 200 mètres environ des fortifications, le tender, qui précédait la machine, dérailla. La machine suivit l’impulsion, et se pencha sur le côté, hors des rails, ainsi que le fourgon à bagages, et le premier wagon de deuxième classe. Le train fut, comme on le comprend, arrêté instantanément.

Crédits avec les remerciements au site Petite-Ceinture : http://www.petiteceinture-info.fr/

Le mécanicien a été assez fortement contusionné. Le chef de train en a été quitte pour une bosse au front.
Deux voyageurs ont été blessés légèrement, l’un à la tête, l’autre à l’œil. Une dame a eu le poignet foulé. Mais un voyageur, qui au moment du choc voulut se précipiter hors du wagon, fut très grièvement atteint.
Transporté à l’hôpital Saint-Antoine, ce malheureux, nommé Herpich [Guillaume Frédéric HERPICH] , a péri un quart d’heure après son arrivée. Il est mort d’une contusion cérébrale. Son fils, un tout jeune homme, qui ne savait ce qu’il était devenu et qui l’a cherché toute la nuit, a appris du même coup l’accident et la mort.
A la première nouvelle du déraillement, M. de Sappel, ingénieur de la ligne, le commissaire de surveillance et plusieurs commissaires de police se sont rendus sur le lieu du sinistre. Les mesures les plus sages ont été prises pour éviter, aujourd’hui dimanche, toute interruption du service. La locomotive a été couchée sur le côté de la voie, pour être relevée plus tard.
La cause de l’accident n’est imputable à personne. Le fait s’est produit, parce que le tender, placé en avant, et étant peu chargé d’eau et de charbon, a tressauté dans une courbe. Placé en tête, un tender léger n’a aucune adhérence, et si des accidents nombreux n’ont pas été la conséquence de la déplorable mais récente habitude prise de faire ainsi marcher les trains tender en avant, il est à désirer que la catastrophe d’hier soir serve de leçon.
Signé : Alfred d’Aunay.

Concernant Guillaume Frédéric, il est né en Allemagne, je n’ai donc pas fait de recherches conformément à mon plan de travail, je donne toutes les informations que j’ai pu trouver.
N’hésitez pas à compléter
Pour ceux qui connaissent le monde de l’art : il avait un fils Victor, né le 22/12/1843 à Paris, + le 18/07/1872, sculpteur et ami d’Émile BRUCHON

Des détails supplémentaires sur cet accident,
Le Petit Journal du 24 septembre 1867
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5897781/f2

Nous complétons les renseignements que nous avons donnés hier sur l’accident du chemin de fer de Vincennes :

Le déraillement s’est produit au passage à niveau dit de Lagrange. Le tender, ou fourgon au charbon, la machine et le 1er wagon de 3e classe ont été renversés.
Le chauffeur et le mécanicien, lancés sur la voie, ont été légèrement contusionnés.
Quatre voyageurs du wagon ont été également contusionnés.
Une femme a eu le poignet droit brisé. Le sieur Herpich, ciseleur, âgé de cinquante-cinq ans, demeurant faubourg du Temple, a eu une côte enfoncée qui a attaqué le poumon.
Le chef de gare de Saint-Mandé avec plusieurs employés, et cinq médecins, ont donné des soins aux blessés qui ont été d’abord transportés dans la maison du gardien du passage à niveau. Herpich a été conduit ensuite à l’hôpital Saint-Antoine, où il a bientôt expiré. Les voyageurs des autres voitures, en se bousculant pour sortir rapidement des wagons, ont reçu quelques foulures et égratignures sans importance.
Les commissaires de police Lebrun, de Vincennes, et Gutzwiller, du faubourg Saint-Antoine, Lombard, officier de paix, et un ingénieur de la Compagnie, le chef de gare Deter, ont fait une enquête sur la cause de l’accident. Il n’y a pas eu d’affaissement du terrain, comme on l’avait cru d’abord; on pense qu’un écartement du tender placé en avant a produit le déraillement : entre Bel-Air et Saint-Mandé, le train marche fort lentement, autrement l’accident aurait eu des suites bien plus déplorables.
Les médecins présents, les commissaires de police, le chef de gare Deter et le gardien Lecourtier, ont montré autant de zèle que de dévouement dans cette circonstance.
Les débris des wagons et de la locomotive sont déposés près de la maison du garde.
Hier, toute la journée, une foule de curieux ont constamment stationné près du lieu de l’accident; des sergents de ville ont dû maintenir l’ordre et faciliter la circulation.

 

 

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