1867, le train semi-direct, qui part de Mulhouse pour Bâle à neuf heures trois minutes du matin, a déraillé à cent cinquante mètres environ avant d’arriver à la gare de Sierentz. Il s’est jeté dans un champ situé sur la gauche et à trois ou quatre mètres plus bas que la voie. Le chauffeur a été tué sur le coup [Joseph Dominique FIX] et l’on compte une vingtaine de blessés : le chef de train, une dame anglaise, plusieurs Italiens, etc…

La gare de Sierentz dans les années 1920
Carte Postale ancienne, tiré du site Wikipédia.
Je dis une vingtaine, parce qu’il serait fort difficile d’être plus précis, les voyageurs les moins grièvement atteints étant allés se faire soigner à Bâle. Les plus éprouvés ont été recueillis dans les auberges qui avoisinent la station.
Comme de raison, la justice s’est immédiatement transportée sur les lieux pour ouvrir une enquête.
Le mécanicien, grâce à une rare présence d’esprit, n’a pas eu la plus légère égratignure. On me l’a du moins affirmé. Quand il a vu qu’il lui était impossible de rien faire pour le salut commun, il s’est précipité hors de la machine et est allé tomber dans un champ de tabac d’où il s’est relevé sain et sauf.
Il est quatre heures. Des convois arrivent encore de Mulhouse à Sierentz, amenant des ouvriers pour procéder au sauvetage du matériel.
Vous ne sauriez vous faire une idée de l’aspect qu’offre en ce moment le champ dans lequel est tombé le train. La machine est couchée sur le côté droit. On voit entre ses roues un énorme buisson de ronces qu’elle a, en passant, arraché à la haie qui borde la voie. Sa cheminée gît à dix pas plus loin, à côté d’un fil télégraphique qu’elle a brisé. Le tender est sens dessus dessous. Les voitures – ou plutôt celles de leurs planches restées intactes – sont enchevêtrées les unes dans les autres, à tel point qu’on s’explique difficilement que quelqu’un ait pu échapper à la mort. C’est navrant.
Ajoutez à cela une foule considérable et sans cesse renouvelée, venue de Bâle, de Mulhouse et des localités environnantes, des gendarmes, parcourant en tous sens le théâtre du sinistre, et vous aurez une image de ce petit coin de terre où s’est accompli la terrible catastrophe.
