1866 – Déraillement du train-poste à Saint-Maixent (79)

Saint-Maixent
Le Petit Journal édition du 7 septembre 1866

Les journaux d’hier soir ont publié la note suivante qui leur était communiquée par l’administration de la Compagnie des Chemins de fer d’Orléans :
« Hier au soir, vers huit heures, le train de la poste, allant à Paris, a déraillé entre la Brèche et Saint-Maixent (Ligne de Poitiers à Niort.) Six personnes ont été tuées et huit personnes blessées plus ou moins grièvement. »

Il n’est arrivé encore aucun renseignement, ni sur la cause de cet accident, ni sur les noms des victimes.
Nous avons voulu recueillir des renseignements plus circonstanciés sur cet accident avant d’en parler, afin de ne pas effrayer toutes les personnes qui pouvaient avoir des parents ou des amis dans le train qui a déraillé.
Nous lisons dans le Mémorial des Deux-Sèvres :
Une épouvantable catastrophe vient de plonger notre pays dans la consternation. Cinq des wagons qui composaient le train express parti de Niort le mardi 4 septembre, à 8 h. 40 m. du soir, ont déraillé entre la Crèche et Saint-Maixent, au lieu dit Moulin de Pissay, et sont tombés d’une profondeur de trois mètres environ, la locomotive restant seule sur la voie avec le fourgon aux bagages, le wagon-poste et une voiture de première classe.
Le premier et le quatrième wagons étaient à peu près intacts, mais le second et le troisième ont été presque entièrement broyés ; aussi le nombre des victimes est-il relativement considérable. Six personnes, en effet, ont été tuées, quinze ont été blessées.
Les habitants de Saint-Maixent et les officiers et soldats composant la garnison de cette ville, aussitôt informés de cette lugubre nouvelle, sont accourus en toute hâte sur le théâtre de l’accident, et ont prêté un actif concours aux autorités. Deux médecins, MM. Rondeau et Pelé, se sont signalés par les soins empressés qu’ils ont donnés aux blessés, qui ont été transportés, ainsi que les morts, à l’hôpital de Saint-Maixent.
M. Quéveillon, inspecteur principal du chemin de fer d’Orléans, était parti immédiatement pour juger des mesures à prendre et ramener à Poitiers les voyageurs en état de continuer leur route.
Dans la nuit, M. le préfet des Deux-Sèvres et M. le procureur impérial, accompagnés du greffier du tribunal, se sont rendus sur les lieux du sinistre, et ne sont revenus que par le train de onze heures.
Les visites étaient nombreuses dans la matinée du 5, à la gare de Niort, et les préoccupations des familles et de la population étaient grandes, car plusieurs personnes de la ville faisaient partie du convoi malheureux de la veille.
Mme M…, M. et Mme C… sur le sort desquels on avait de vives inquiétudes, sont rentrés fort heureusement à peu près sains et saufs à Niort ; Mme M… seule a près de l’œil une contusion qui ne présente aucun caractère de gravité.
M. B…, huissier à Niort, est arrivé également par le train de mercredi matin ; il se trouvait dans le wagon qui a eu le plus à souffrir, car six de ses compagnons de voyage ont été tués à ses côtés. Par un hasard providentiel, il a échappé à la mort ; mais il porte les traces de plusieurs contusions.
Les personnes tuées par suite de cet accident, sont un gendarme de la Rochelle, un brigadier de douanes à Rochefort, un prêtre, une jeune fille de dix-huit ans qui était avec ses parents et une de ses sœurs ; un jeune homme et un autre voyageur resté inconnu.
Les personnes blessées le sont légèrement, une seule d’entre elles a une fracture à la jambe.
La mort, pour ceux qui ont succombé, a dû être instantanée, et être le résultat soit d’une commotion violente ne laissant aucune trace, soit l’asphyxie, car on a remarqué cette particularité que l’un d’eux avait un côté de la figure entièrement noir tandis que l’autre portion du visage était blanche.
Le théâtre de la catastrophe présentait mercredi matin un spectacle navrant. Un grand nombre de curieux étaient groupés, dans une morne contemplation, autour des wagons qui gisaient au bas du remblai dans un désordre inexprimable et ne présentaient plus qu’une masse informe de débris de toute sorte.
M. Quévillon, inspecteur principal, accompagné de M. Azavan, ingénieur de la voie, et d’un médecin de Poitiers, a visité de nouveau, mercredi matin, les lieux témoins de l’accident si regrettable du 4.
Une enquête a été commencée le 5 par M. le juge d’instruction.
Jusqu’à ce moment on n’a pu découvrir la cause de ce sinistre qui, comme la plupart des événements malheureux, s’est produit en dehors de toute prévision humaine.
Parmi les personnes tuées, quatre sont nominativement connues. Ce sont :

M. Pascalini, gendarme à Tours ; [Antoine Mathieu PASQUALINI]
Mlle Beuille, de Talmont (Vendée) ;[Rose Mathilde BIAILLE de LANGIBAUDIERE]
Mme Lafargue, de Ruffec ; [Marie Victorire LAFARGUE]
M. le curé de Nanteuil.
[André DESPAILLET]
On n’a pu encore constater l’identité d’un brigadier de douane [Gabriel Benoit LAFFITTE] et de la sixième victime, âgée d’une soixantaine d’années. [Isaac François PREVOST]

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